Ibid,, V. 895 sqq
d’elle. Ses compagnons d’armes, qui le connaissent, lui ont, dit-il, 'donné tout pouvoir sur la captive, même celui de ne pas la tuer». 11 a si peu compris l’ironie de leur permission, qu’il déclare sans malice vouloir en user. Il ramènera sa femme dans sa patrie. Plus tard, il songera à la punir. On le voit, par cette déclaration débonnaire, il tient à nous rassurer d’avance. Si jamais nous avions eu des craintes sur le résultat de l’entrevue, — qui, après tout, n’était pas sans péril pour la coupable, surtout dans les premiers instants, — nous ne pouvons plus en avoir. Nous sommes tranquilles. Tout ira en douceur. Le mari ne fera pas d’esclandre.
Des esclaves ont amené Hélène sur la scène. Ménélas leur avait ordonné de la traîner par les cheveux. Ils ont préféré la porter doucement dans leurs bras. Et pour plusieurs raisons ils ont bien fait d’agir ainsi. D’abord, la chevelure d’Hélène était une parure de sa beauté, et elle y tenait fort. Euripide a eu soin de nous le dire ailleurs 2. Ensuite, en de telles circonstances, il est toujours prudent pour des serviteurs de ménager l’avenir. L’être faible et inquiet (Hélène était-elle inquiète?) qu’ils tenaient dans leurs bras, ils sentaient bien sa force infinie. Ils n’avaient qu’à regarder son visage. Ils se disaient que leur vie de demain était à la merci du moindre des caprices de la captive. Ce n’était pas le moment d’être brutal.
Déposée à terre, Hélène, au milieu de tous ces gens en armes, joue d’abord la frayeur. Elle se dit épouvantée par ce qu’elle voit. Mais, toujours adroite, elle veut savoir ce que Ménélas pense d’elle. Pour le lui demander, elle se fait humble, presque suppliante : u Je suis à peu près sûre que tu me détestes, » dit-elle; « laisse-moi cependant te questionner : toi et les Grecs, quel sort me réservez-vous 3? »
Un peu déconcerté par la précision de la demande, flatté de voir la coupable à ses genoux, le mari hésite à répondre. H ne sait pas luimême ce qu’il va faire : tout dépend de sa femme H tient cependant à lui paraître redoutable. Il sent qu’il est maître d’elle, qu’il a sa vie dans ses mains, que cela lui donne l’avantage. Bien qu’il aspire à être clément, il ne veut pas lui pardonner trop vite. Il répond donc que rien n’est encore décidé à son sujet, et, sans doute, sur un