‹ Euripide et ses idéesChapitre 222 sur 388 · Philoctète, v. 81 sqq., v, io8 sq., v. m · texte numérisé non relu

Philoctète, v. 81 sqq., v, io8 sq., v. m

que tous les gens madrés des temps modernes puissent penser à lui avec tendresse et le regarder comme un ancêtre.

A côté de ces trois hommes, dans la conception desquels Euripide s’écarte tant des idées traditionnelles, quelle femme serait mieux à sa place que cette Hélène dont il a si souvent parlé, et pour laquelle il a éprouvé les sentiments les plus contraires de sympathie, de défiancé et de haine? Il nous la montre souriante, inquiète, effrayée dans VOreste et dans les Troyennes. Ailleurs elle apparaît encore, toujours diverse. Il a même écrit une pièce entière dont elle est le personnage principal, et son Hélène est la tragédie la plus curieuse de son théâtre et peut-être de tout le théâtre antique. Sans doute, il est peu probable qu’elle ait réussi*. Mais, puisqu’il est naturel d’attribuer cet insuccès à la métamorphose surprenante qu’y subit la femme de Ménélas, aucune pièce ne mérite plus que celle-ci d’attirer notre attention. Elle déconcerta les Athéniens. Tâchons, nous, modernes, qui n’avons ni leurs idées ni leurs préjugés, de la bien comprendre.

Les êtres créés par les légendes finissent par devenir immuables. Le peuple s’habitue à eux et ne veut pas qu’on y touche. Il les comprend d’une certaine façon; il les voit sous un certain angle : il ne les reconnaît plus, si on les en déplace. Ainsi, chez nous, Jeanne d’Arc sera toujours l’héroïne inspirée, l’être frêle et impérieux, tel que l’a ressuscité la vision de Michelet. Cet être est-il conforme à la vérité? Aux historiens à le dire, s’ils la savent. Mais toute altération du type consacré sera fatale à qui l’osera. Schiller a été un sot de faire de

I. Ce qui le fait supposer, c’est que quatre ans plus tard, dans VOreste, il revint à l’Hélène homérique et oublia celle de Stésichore. Cependant, quelques esprits déliés n’ont-ils pas pris du plaisir à ce drame singulier? Aristophane ne critique pas plus V Hélène qu’aucune autre tragédie de son adversaire. 11 semble même, si l’on regarde de près les choses (cf. Thesmophories, v. 912 sqq., et Hélène, v. 626 sqq.) qu’il ne l’ait pas lue sans intérêt. Elle convenait assez bien à son humeur gamine.

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