HÉLÈNE, TYPE DE FEMME VERTUEUSE ET FIDELE
Jeanne d’Arc une mélancolique amoureuse u II est vrai qu’il était Allemand. C’est pourquoi le cas de Voltaire est si grave. Cependant, chose étrange, si l’auteur de la Pucelle, en salissant le visage de san héroïne, a commis une mauvaise action, Euripide, en réhabilitant la femme la plus compromise de l’Antiquité, ne paraît pas en avoir fait une bien meilleure, puisque les Athéniens lui donnèrent tort.
Hélène a commis un adultère qui a eu des conséquenses presque infinies. Dans les poèmes homériques, et surtout dans ïlliade, qui n’est qu’un long récit des malheurs qu’a causés sa faute, elle est un personnage énigmatique, que l’on ne comprend guère. Elle se laisse enlever à son mari, qu’elle regrette très vite, pour suivre Pâris dont elle ne paraît guère éprise. Du moins, si elle a été dans les premiers temps éblouie par le luxe barbare du fils de Priam, son illusion s’est vite dissipée. Aux heures de fièvre et d’amour ont succédé les récriminations et même les comparaisons désobligeantes. Ils se sont dit sans doute toutes les choses passionnées qu’ils avaient à se dire. Comme ils ne peuvent rester muets, ils se disent maintenant autre chose: ils passent leur temps à se quereller. On entend Hélène faire des reproches très durs à Pâris sur sa couardise, quand il revient au palais, vaincu par Ménélas. Elle regrette même qu’il n’ait pas succombé sous les coups de son premier maria. Pour l’amant le plus débonnaire, ces paroles-là sont dures à entendre. Celui-ci, qui ne se révolte point, fait assez piteuse figure. La scène aboutit d’ailleurs à une conclusion inattendue. Car, en cet instant où Pâris vaincu n’a rien de séduisant, — et l’impétuosité du désir dont il ose parler est plutôt répugnante 3, — Hélène se livre à lui, presque sous nos yeux, avec le sourire figé d’une Orientale. L’intervention directe de Cypris n^’explique rien, ni un tel abaissement, ni une docilité aussi humiliante.