‹ Euripide et ses idéesChapitre 224 sur 388 · Ibid., V. 442 sqq · texte numérisé non relu

Ibid., V. 442 sqq

Dans la confusion indécise des sentiments de cette femme, on n’en distingue qu’un seul, assez inquiétant : c’est une admiration respectueuse, presque tendre, pour Hector. Il est brave, il est fort, il est victorieux : bref, elle remarque trop en lui ce qui manque justement à Pârisi. Mais Hector est marié avec Andromaque. Paris devrait prendre garde à l’inclination d’Hélène. Le passé agité qu’elle a eu, et qu’il connaît mieux que personne, n’est pas une garantie pour lui. 11 n’a aucune appréhension. L’amant a déjà la placidité un peu lasse du mari. Chose remarquable, il n’a pas la même infortune. Mais si elle ne lui avait pas été épargnée plus qu’à l’autre, en serait-il vraiment affligé? On ne sait.

Si l’âme d’Hélène est si incertaine, si fugitive, si vacillante, c’est que les aèdes ne surent pas la comprendre. Ils ne purent pas mieux la peindre pour deux raisons. D’abord, ils ne prêtaient à la mentalité féminine qu’une attention distraite. Ensuite, s’il devaient commencer par un sujet facile, on accordera sans doute qu’Hélène, qui n’a rien d’une Nausicaa, ne leur en offrait pas un. Gomment auraient -ils fait une étude un peu fine de cette femme, qui a des regrets, des remords, autant à cause de sa faute que pour les suites sanglantes qu’elle a eues, qui reste à la cour de Priam parce qu’elle ne peut en sortir, et aussi parce que le charme de sa beauté y est invincible, mais qui n’a pas perdu le souvenir du passé, de son enfant et de tous les êtres chers qu’elle a laissés derrière elle en Laconie? Toute l’attention pénétrante de nos psychologues, ordinairement tournée vers des choses plus ténues, ne suffirait pas à expliquer les contradictions et les incertitudes d’Hélène : elle est le mythe de la faiblesse et de l’inconstance de son sexe. Mais, au temps lointain où on l’imagina, quand on avait des regards curieux, surtout pour la vie extérieure, il était plus facile d’accumuler sur son nom les aventures que d’en donner les raisons. On admirait plus le corps des femmes qu’on n’étudiait leur âme. C’est pourquoi celle d’Hélène nous est inconnue. Elle a le vague et l’incohérence d’une figure de rêve.

Dans VOdyssée, l’épouse de Ménélas réconciliée avec lui a repris sa place au foyer domestique. Si nous la voyons un peu mieux que dans

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