I. Hélène, v. iGG, v. 17G, v. lyG
EURIPIDE Eï SES IDEES
a reculé. Sans doute il ne donne pas à son visage ce teint de rose avec lequel elle nous sourit dans Théocritei. Depuis longtemps, les brunes baconiennes ont chanté sur elle Fépithalame. Elles se sont enfuies, les heures charmantes où Ménélas et Hélène dormaient, en respirant dans le sein l’un de l’autre la tendresse et le désir : heures si brèves qu’ils oubliaient de se réveiller à l’aurore 2. Le malheur est venu. Hélène est mélancolique, presque sombre. Elle n’en reste pas moins attirante. Car Euripide la couvre toujours de vêtements éclatants 3 dont la blancheur rayonne dans Y Iliade^. Il couronne toujours sa tête de cheveux blonds 5. Et même il note d’un trait, comme un moderne, la grâce de son allure, quand elle monte à l’échelle du navire sidonien, et que sa chlamyde, un instant soulevée, laisse apercevoir sa svelte cheville 6. Pourtant Hélène ne devait plus être très jeune, quand elle s’embarquait pour retourner en Grèce, mais dans ce drame les années n’ont pas de prise sur elle, et contre leurs injures elle n’a même pas besoin de se défendre.
Si son corps a conservé sa beauté, il lui arrive quelquefois de la maudire 7, car ce qui fait le bonheur des autres femmes, est ce qui l’a perdue et couverte de honte 8. Elle voudrait donc être laide. Elle souhaite que les traits de son visage s’effacent comme les couleurs d’un tableau 9. Les dieux qui songent à tout, et même au plaisir que nous avons à penser à elle, n’écoutent pas sa prière.
Son corps est toujours le même, mais que son âme est transfigurée! Elle a maintenant toutes les vertus, surtout, on le devine, celle qui lui manquait le plus. Pendant dix-sept années, elle a attendu Ménélas, et pendant dix-sept années, elle est restée chaste: cela la change. Si elle ne peut appartenir de nouveau à son mari, plutôt que