‹ Euripide et ses idéesChapitre 259 sur 388 · HéracUdea, v · texte numérisé non relu

HéracUdea, v

'i. Ibid., V. 72().

— U A travers leurs boucliers, je transpercerai les ennemis, n — « Si nous arrivons jusqu’à eux, mais j’en doutei. »

Comme si le spectacle d’une seule décrépitude ne suffisait pas, Euripide a pris soin une fois de la doubler. Dans les Bacchantes, il nous montre Cadmos et Tirésias qui ont hâte d’aller au Githéron, pour y rejoindre Dionysosa. Tirésias est aveugle. 11 s’avance à tâtons, ne sait où poser le pied, réclame l’aide de son compagnon. Celui-ci, qui y voit encore, le guide par la main comme un enfant. Tous deux ont la tête branlante, la démarche incertaine, le dos voûté 3 : ce sont deux ruines humaines, deux débris^. Ils veulent cependant aller danser. Dans ce dessein, ils se sont couronnés de lierre, ils tiennent à la main le thyrse des Bacchantes et portent sur l’épaule la peau tachetée d’un faon.

Ce couple est assez déconcertant. Est-il comique? Est-il seulement pitoyable? Quelle impression le poète a-t-il voulu produire en l’imaginant? On hésite à répondre. Notons toutefois qu’on ne peut qu’approuver l’indignation de Penthée, quand il aperçoit les deux surprenants danseurs. Il les trouve ridicules et ne se gêne pas pour le dire 5. Il a honte de voir son aïeul affublé d’oripeaux inconvenants. 11 accuse Tirésias d’avoir poussé par intérêts Cadmos à cette folie. Or, comme Euripide a l’habitude, dans les cas embarrassants 7' de nous souffler l’opinion dont il souhaite nous voir animés, il est probable qu’il se sert de Penthée pour fixer notre incertitude. Car il n’aime pas les orgies du dieu : elles bouleversent l’ordre des cités et sont périlleuses pour la vertu des femmes. Il ne leur manquait plus que de rendre ridicules les gens à qui leur âge et leurs cheveux blancs doivent assurer le respect.

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