Aeolos, l'i’agm. ao
P. MASQUEUAY.
aSo EURIPIDE Et ses idées
voix, une ombre, la vieillesse est-elle autre choses? On ne désirerait jamais l’atteindre, puisqu’on la maudit aussitôt qu’elle arrives.
Vieillir n’est pas si regrettable, répliquerait Phérès, puisque c’est encore le seul moyen qu’on ait trouvé de vivre longtemps. — Les vieillards, en effet, devraient plus que d’autres se résoudre bénévolement à mourir. Ils ont eu le temps d’apprendre ce qu’est l’existence. Ils savent qu’elle n’est qu’une lutte incessante de petites passions, de petits intérêts, de choses médiocres, dont on ne peut déplorer la perte. Cependant, au lieu de disparaître sans résistance, ils disent tous que le temps à passer sous la terre est interminable, et que la vie est aussi précieuse qu’elle est courte 3. Si quelque naïf essaie de leur persuader qu’ils feraient bien de céder leur place à d’autres, ils ne veulent rien entendre. Quand on se donne le malin plaisir de noter leur involontaire parole intérieure, on écrit, comme l’a fait Euripide, la scène atroce et si profondément humaine entre Admète et son père.
Phérès admire qu’ Alceste soit morte pour son fils. Il la trouve héroïque de le lui avoir conservé. Il vient l’en remercier, très ému de son dévouement Mais il entend ne pas l’imiter. 11 ne comprend même pas qu’on ait l’idée de lui reprocher son abstention. A-t-il jamais demandé à son fils de mourir pour lui 5.1) Chacun pour soi, c’est la règle. L’égoïsme est la rançon même de la vieillesse, et jamais il n’a été peint avec des couleurs plus crues. Notre hypocrisie s’accommode mal d’une telle franchise. Phérès a peur de mourir : nous l’accusons de ressembler beaucoup à un lâche. Faisons-y attention. Avant de le condamner, nous sommes -nous demandés si nous saluerons notre dernier jour avec plus de résignation que lui.^
On éprouve toujours un plaisir de curiosité attristée à rechercher ce que les anciens ont pensé de la mort, car si sur bien des points