SES REGRETS QUAND IL SE SENT VIEILLIR
Héraclès en ses vers. Et pourquoi cette ferveur à l’égard de ce fils de Zeus? C’est qu’il a été bon pour les hommes, puisqu’il leur a assuré une vie tranquille, en détruisant les monstres qui les effrayaien 1 1 .
Élargissons la pensée. Nous aurons la raison qui consolait l’écrivain de vieillir. Les rêveurs se plaisent en leur rêve et les poètes en leur œuvre. Ils la trouvent belle, bienfaisante, humaine. Euripide, qui n’a pas cessé de chercher le vrai, afin de dissiper les fantômes imaginaires qui faisaient peur aux hommes, pouvait juger qu’il leur était utile, comme Héraclès, et trouver dans cette conviction un réconfort. Puisqu’il avait conscience d’avoir rempli sa vie, il n’avait pas à la regretter quand il la voyait s’enfuir. Car si Ton ne veut pas trop souffrir, quand elle s’en va, on n’a qu’une chose à faire, c’est de la bien vivre.
D’autant plus qu’au temps où il écrivait son Héraclès^ il ne devait guère avoir beaucoup dépassé la soixantaine. A cet âge, les longs espoirs ne sont pas encore interdits. Rien ne permet de supporter plus allègrement le poids des années vécues que de se sentir des forces pour en vivre d’autres. Il n’en était pas ainsi pour Sophocle. Quand il composait son second OEdipe, il était au bout même de la vie, et n’avait plus qu’à prendre congé d’elle. De tous les adieux, c’est celui que l’on dit le moins souvent d’un cœur léger.
Nous n’avons pas celui d’Euripide, du moins ses dernières tragédies, les Bacchantes et V Iphigénie à Aulis, n’en contiennent aucun. Gela ne signifie pas qu’il n’aimait pas la vie. Quand Agavé affirme que la vieillesse est chagrine et renfrognée 2, sa déclaration concorde avec celles que l’on rencontre ailleurs. Le poète hait donc la vieillesse, non pas tant parce qu’Aphrodite la fuit 3, que parce qu’elle est faible et morose. On se dit pour se consoler qu’on a enfin de l’expérience, qu’on est à l’abri de toutes les folies^, et quand on vante tant sa tardive sagesse, on est cependant arrivé à l’âge où elle s’éteint 5. Une