‹ Euripide et ses idéesChapitre 294 sur 388 · LA CRITIQUE DES FEMMES · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE DES FEMMES

terre ne soit pas dépeuplée, et il est indifférent qu’une pièce de théâtre ait du succès.

On objectera que le goût instinctif de la femme pour la toilette peut être perverti, et que si la jeune Glaucé prend un innocent plaisir à orner sa gicice de fiancée i, Hélène, au milieu de ses femmes et de ses eunuques, mène une vie oisive et coûteuse, dont le moins exigeant époux a le droit de se déclarer mécontent 2. Ce n’est pourtant pas l’avis de Ménélas, que la chose regarde seul. Tout est relatif ici comme ailleurs.

x\dmettons pourtant que la critique d’Euripide soit fondée et que les Athéniennes aient eu pour la parure une passion immodérée. Pour peu que l’on y réfléchisse, n’est-il pas évident que l’homme était encore l’auteur de cette perversion? Car il désertait souvent le foyer conjugal, comme la loi qu’il avait faite lui en donnait le droit, pour fréquenter des courtisanes. Or, celles-ci ont toujours eu pour le luxe, dont elles vivent, une passion véritable. Qui nous dit que les autres femmes n’ont pas essayé de se parer comme leurs rivales, pour qu’on les délaissât moins ? Tel est aujourd’hui le train du monde, et, de quelque nom qu’on veuille les appeler, ce sont toujours les femmes déshonnêtes qui ont dirigé la mode. Les autres la suivent. Car, dans la société, le luxe des femmes mariées est proportionné au luxe de celles qui ne le sont pas. C’est presque la rançon de l’inconduite de l’homme. Il paie ainsi deux fois. Pourquoi se fâche-t-il? Pourquoi Euripide était-il de mauvaise humeur? Les courtisanes avaient toutes les joies. On leur épargnait toutes les peines. Il ne leur restait guère que celle de dissiper la fortune des familles. C’était le devoir de l’épouse de chercher à se défendre. Elle le fit ; elle Ta toujours fait. Comme les armes dont on la contraint à se servir ne répugnent pas à sa nature, peut-être même en abuse-t-elle quelquefois. A qui la faute?

Euripide a donc beau dire avec tous ses contemporains, dont nous croyons entendre les récriminations, que celle qui se pare pour être belle, quand son mari n’est pas à ses côtés, doit être rayée du nombre des honnêtes femmes, et qu’elle n’a aucun besoin d’étaler au dehors sa beauté, si elle ne cherche pas à mal faire 3. Il a la maladresse

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