LA CRITIQUE DES FEMMES
femme. Car, à quoi servait-elle? A enfantera Or, le temps de sa fécondité est assez court, et elle était si encombrante pendant les autres années de sa vie ! On pouvait donc juger que les dieux avaient mal disposé les choses, et, sans faire sourire, leur proposer une modification. La femme tenait si peu de place dans le cœur de F Athénien a, et son amour allait si volontiers ailleurs !
Nous touchons à un point délicat, sur lequel il est si déplaisant d’insister qu’on ne l’a jamais, que je sache, étudié même en partie. Je n’en dirai qu’un mot. Nous sommes dans un pays où Famour a été si perverti queZeus, époux d’Héra, est aussi l’amant de Ganymède^. Pour comprendre aujourd’hui les aberrations des Grecs, il faut lire les bouffonneries qu’Aristophane débite dans le Banquet de Platon. On croit d’abord que ce sont des rêves. On se dit que celui qui les fait n’a pas l’esprit lucide, et que le vin lui a troublé la cervelle. Et pourtant, ces folies, après réflexion, sont trouvées assez ingénieuses pour nous expliquer toutes les réalités de Famour antique. Ainsi, pour les concevoir, il est nécessaire d’avoir un instant l’imagination de l’homme ivre. Platon n’a-t-il pas fait développer par Lysias le thème risqué des premiers chapitres du Phèdre? Sans doute, dans ceux qui suivent, son maître intervient comme un dieu qui purifie et transfigure. Mais l’écrivain reste lui -même avec une si misérable idée des rapports qui peuvent unir les sexes différents, qu’il en est réduit à inventer Famour qui porte son nom. D’ailleurs, au théâtre, le vice grec s’étalait sans voiles, et formait le sujet de tragédies entières. Et l’homme n’était pas le seul que cette corruption eût atteint. N’oublions pas les odes de Sappho. Si, dans la première pièce de nos recueils, on peut à la rigueur conserver quelques doutes^, dans la seconde où les expressions sont si brûlantes, que ni chez les anciens ni chez les modernes, on n’en a
1. Même dans l’acte par lequel la femme assure la perpétuité de la race, l’homme n’avait-il pas l’extraordinaire outrecuidance d’assurer que son rôle était plus important que le sien? Celui de la mère, disait-il, est passif, comme est le rôle de la terre qui reçoit la semence. Cf. Oreste, v. 55 1 sqq. Remarquez que l’idée n’est pas d’Euripide, et que ce n’est pas un ennemi prétendu des femmes qui l’a invéntée.