‹ Euripide et ses idéesChapitre 301 sur 388 · Hippolyte, v. 643 sqq · texte numérisé non relu

Hippolyte, v. 643 sqq

4. Voir notamment comment Phèdre explique ce qu’elle lit pour combattre l’amour, quand il s’empara d’elle. Hippolyte, v. 391 sqq. Personne ne méconnaîtra l’exactitude de cette esquisse psychologique. Ajouter ce qu'elle dit du remords, V. 4i5 sqq., et comparer Andromaque, v. 923 sqq.

3l6 EURIPIDE ET SES IDEES

mêmes et quïls ne pratiquaient en aucune façon autrefois, Test aussi peu pour celle qui vit auprès d’eux i. Aujourd’hui, la vie* régulière et décente que s’efforcent de mener ceux que le mariage a unis, n’est possible que s’il existe un accord parfait au foyer. Mais, dans l’Antiquité, cet accord, qui doit s’étendre du cœur à l’esprit, n’était jamais complet. Et pourquoi la femme aurait-elle été fidèle, si l’homme ne l’était pas? Leurs droits ne sont-ils pas égaux? Euripide ne le reconnaît-il pas expressément^? J’imagine que la femme d’Euphilétos, qui trompe son mari sans avoir à se plaindre de lui, était une vicieuse ou une inconsciente^. Son cas devait être assez rare. Ailleurs, le plus souvent, l’homme commençait; la femme, par dépit, par dégoût, par ennui, ne faisait que suivre. Et même il faut dire, ce qui est bien en sa faveur, qu’elle ne paraît pas avoir été plus souvent coupable que de nos jours. Gomme elle était certainement moins heureuse, il est juste de lui tenir compte de sa réserve.

Pour prévenir ses infidélités, Euripide a une foule de moyens qu’il croit sans doute infaillibles, et qui ont le tort de nous rappeler ceux qu’emploient certains personnages de Molière, Sganarelle et Arnolphe. Car c’est bien à ces lourdauds têtus et fermés que ressemble ici le poète grec, dont l’esprit est ordinairement si délié, si fluide, si dégagé de tous les préjugés de son temps. Il veut, comme eux, qu’on enferme les femmes pour s’assurer de leur fidélité^, qu’on ne mette auprès d’elles que des servantes muettes, qui ne puissent favoriser l’inconduite de leur maîtresse 5, que celle-ci ne reçoive aucune amie qui lui donne de mauvais conseils 6, qu’elle vive dans l’ignorance, dans la crainte et qu’elle soit châtiée si elle fait le mal 7. Mais Agnès et Isabelle nous ont édifiés sur l’efiîcacité de ces prescriptions. Et si nous

1. D’où cette remarque curieuse de VAntiope, fragm. 2i3, qu’on se lasse de tout, et qu’en amour le changement, même du mieux au pire, est un remède à cette lassitude. Cela rappelle un conte de La Fontaine.

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