‹ Euripide et ses idéesChapitre 349 sur 388 · Hippolyte, v. 1016 sqq · texte numérisé non relu

Hippolyte, v. 1016 sqq

défaut. Pour que la multitude devant laquelle il parlait sur la scène ne prît pas ombrage de l’opinion défavorable qu’il avait d’elle, il n’hésitait pas à se calomnier.

Quand on se méfie de la foule, on s’écarte d’elle. Les uns, comme Platon, dans un dénigrement morose, lui feront durement sentir la supériorité de leur esprit et leurs insupportables dédains d’aristocrates i. D’autres, comme Euripide, plus tolérants et au fond plus sages, suivront leur chemin et laisseront tranquilles ceux auxquels ils ne ressemblent pas assez pour se dévouer à eux et les servir. Ils ne seront pas indifférents à la vie générale. Au contraire, ils l’étudieront passionnément. Ils savent bien que son flot seul charrie les semences d’où germent les œuvres vigoureuses, et que c’est à l’artiste à les saisir au passage. Mais s’ils ne perdent pas de vue le courant populaire, ils n’oseront jamais s’y risquer eux-mêmes. Solliciter les suffrages de la foule, flatter ses passions, affronter ses colères, quelle pénible besogne! Ils voudront bien lui parler, mais de loin. Une insurmontable répugnance, où il y a un peu d’égoïsme et beaucoup de timidité, les empêchera de se mêler à elle. Ils réfléchiront aux questions du jour, mais chez eux. Pour ces réflexions, ils auront besoin de quiétude. Les heures silencieuses, où s’unissent dans leurs rêves les Charités et les Muses, leur seront si chères, qu’ils ne consentiront jamais à déserter le culte des déesses qui les auront admis dans leurs chœurs sacrés 2.

De cette retraite, où pénétreront, sans les troubler, tous les bruits de la place publique, qu’apercevront ces solitaires? Nous trouvons épars dans l’œuvre d’Euripide une foule de traits que l’observation directe lui a suggérés ; sorte de satire, mêlée à la trame ondoyante de ses tragédies. Il est utile de la connaître.

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