Héraclès, v. 673-700. Cf. /. F. F
DKFrA^CE A l’Égard des orateurs
Dans cette cité, où la parole est maîtresse souveraine, puisqu’elle a plus de force que la richesse, que l’audace i, que les actions même 2, que pense-t-il des orateurs? En général, et cela est assez inquiétant, il se défie de leur moralité. Il leur reproche de subordonner leurs convictions au gain qu’elles leur rapportent 3, de se laisser guider par les sollicitations égoïstes et louches de leur entourage^, de jeter inconsidérément ceux qui les écoutent dans tous les périls 5 et surtout de chercher moins à leur être utiles qu’à leur plaire 6. Cette flatterie de la multitude, il la suppose presque toujours dans les orateurs qu’il critique. Ils parlent bien, mais ils agissent mal '7. Comme ce défaut était général, et que, bien avant Démosthène, on se contentait même de parler, sans rien faire 8, il voudrait que ce fussent les faits euxmêmes qui prissent une voix 9, pour débarrasser la tribune de tous les inutiles.
Car il redoute leur art. Très habile orateur, il a de la méfiance, presque des préventions contre l’éloquence, à cause des entraînements irrésistibles qu’elle exerce sur les simples. Hippolyte avoue que la foule paralyse sa langue et qu’il ne sait parler que devant un petit cercle d’amis de son âgeio. Je ne sais si c’est là un aveu d’infériorité véritable, puisque dans Euripide il est entendu que les honnêtes gens ont mieux à faire qu’à fréquenter l’assemblée”, et que, lorsqu’ils ne peuvent se dispenser d’y paraître, ils se contentent, en écoutant les discours qu’on y tient, de s’envelopper dans leur silence, comme dans une parure 12.
Et voici, dans ce pays du verbe, une conséquence inattendue : une opposition entre l’homme de tribune et l’homme d’action commence