‹ Euripide et ses idéesChapitre 355 sur 388 · Thucydide, III · texte numérisé non relu

Thucydide, III

envisager comme tels. La foule le suit, amusée, moutonnière, et s’achemine vers l’abîme, sans un frisson. Car l’entrain pour l’action est encore très fort. Le peuple est jeune, nerveux, sobre. Le souvenir des guerres médiques est dans tous les esprits. Viennent les désastres de Sicile, les ruines de la guerre de Décélie, toute une suite d’années malheureuses où l’on aura été entraîné pour avoir trop cru à la puissance des mots et n’avoir jamais fait attention à l'humble réalité des faits, on n’aura plus pour l’effort réalisé, qui coûte si cher, qu’un goût très amoindri. Ce sera le temps des phrases harmonieuses et flasques d’isocrate. On se contentera d’imaginer des succès chimériques, en évitant de se donner la peine de les atteindre. La vie cérébrale, toujours aussi vive, remplacera presque l’activité virile. Démosthène pourra à peine réveiller un instant Athènes. La parole fera ce miracle. Ce sera le dernier. Et la cité s’éteindra peu à peu, pour avoir trop souvent manqué de gens pratiques.

De 455, année des débuts d’Euripide, jusqu’en 4o6, année de sa mort, le gouvernement d’Athènes subit bien des fois de profondes modifications. Jusque vers 4^2, Périclès est le chef presque incontesté de la démocratie I. Pendant les trois années qui suivent, il défend avec plus de ténacité que de bonheur ses idées et ses actes politiques. 11 meurt en 429, incertain de leur succès. Le peuple devient aussitôt le maître. 11 sait si mal user de sa liberté que, seize ans plus tard, dans l’hiver de 4i3, après les événements de Sicile, il accepte sans murmurer qu’on la lui restreigne. Les choses ne vont ni mieux, ni pire, jusqu’à la création du Conseil des Quatre- Cents, remplacé quelques mois plus tard par celui des Cinq-Mille. Bien que ce dernier mode de gouvernement, où se combinaient heureusement l’oligarchie et la démocratie, ait mérité, comme on le sait, l’entière approbation de Thucydide 2, les compatriotes du grave historien ne s’en déclarèrent pas satisfaits. Ils revinrent, dans les premiers mois de 4 10, à leur ancienne constitution, après la victoire de Cyzique. Deux ans plus

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