‹ Euripide et ses idéesChapitre 356 sur 388 · LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LA ROYAUTÉ

tard, A-lcibiade rentre à Athènes, après un exil de sept années. Il ne justifie pas la dangereuse confiance qu’avaient eue en lui ses concitoyens, en le nommant général en chef : il est destitué. Gonon le remplace à la tête de la flotte. Quand il gagna, dans l’automne de 4o6, la bataille des Arginuses, Euripide avait cessé de vivre.

Ainsi, la liberté absolue, la liberté restreinte n’ont cessé d’alterner pendant un demi-siècle entre les mains du peuple, et notre poète a été le spectateur de ces continuelles fluctuations. Il vit aussi quelle ombrageuse attention la République portait aux citoyens puissants, et comme elle affectait d’appréhender la tyrannie des Périclès et des Alcibiade. Il remarqua, non sans surprise, avec quelle docilité elle suivait pendant quelque temps les Cléon, les Hyperboles, les Pisandre, les Gléophon, tous ceux qui prétendaient la diriger, et avec quelle désinvolture elle les oubliait, quand ils disparaissaient ou qu’ils avaient cessé de plaire. Il regretta que, tout en donnant raison au fond aux chefs du parti conservateur, à Théramène, à Nicias, elle s’obstinât dans chacun de ses actes, sans exception, à leur donner tort. Il observa, en un mot, la vie de cette cité capricieuse, et on en perçoit encore dans ses pièces les rumeurs amorties et fugitives. Il n’est donc pas surprenant qu’élargissant les questions discutées chaque jour à ses oreilles, il se soit plu à exposer les avantages et les inconvénients des gouvernements divers.

D’abord la royauté. Il ne la connaît que par ouï-dire, car il n’est jamais allé en Perse, et il ne devait rencontrer de roi véritable qu’à la cour de Macédoine. Mais il a lu Homère. Il sait qu’Ulysse prétendait que la pluralité des chefs est nuisible à une cité, et qu’elle ne doit avoir qu’un seul roi à sa têtei. Il écrit donc : « Lorsque des vents rapides emportent les matelots sur la mer, il ne faut pas deux pilotes au gouvernail. Une multitude de gens expérimentés ne vaut pas la volonté d’un seul homme, qui l’est moins qu’eux, pourvu qu’il commande seul. Gette volonté est une force dans les familles, dans les cités, et une condition de succès 2. » Il n’est pas nécessaire pour

Page 1