LE GOÛT DU PITTORESQUE, DES DETAILS, DES PETITES CHOSES 7I
Toute la tragédie des Bacchantes est remplie de descriptions colorées, d’autant plus surprenantes que c’est un vieillard qui les a faites. Jamais il n’a eu l’imagination plus vigoureuse. Soit qu’il nous montre les thiases des Tliébaines dormant sur des lits de feuilles dans la nuit claire, soit qu’il nous les dépeigne au moment où elles rattachent leurs vêtements, ceintes de serpents qui leur lèchent les joues, nous voyons, presque comme s’ils étaient sous nosyeux, lesêtres mystérieux, un peu effrayants, de son drame. Sa narration est conduite d’un mouvement doux et souple I. Elle commence sur des images souriantes. Elle finit dans le trouble et la folie. Les Bacchantes, furieuses d’avoir été observées par des bergers indiscrets, se précipitent sur leurs troupeaux et les mettent en pièces. Ce ne sont que membres arrachés, déchirés, lancés pêle-mêle dans un éclaboussement sanglant. Vaches et taureaux sont déchiquetés par les mains crispées, les ongles de ces femmes en délire, et les pieds fourchus des bœufs, jetés au hasard, pendent, palpitant encore, aux branches des sapins, où le sang qui dégoutte met sa tache rouge dans leur verdures.
Ici, la description, tout imaginaire, est faite à grands traits et coupée de quelques notes éclatantes. Plusieurs fois, ce sont de petites choses, qui ont une importance démesurée dans l’ensemble. On se demande pourquoi l’artiste les a regardées avec tant d’attention : il semble avoir la vue du myope^, qui s’arrête sur un détail, le scrute, l’étudie et néglige les fonds lointains, qu’il n’aperçoit qu’à travers un brouillard.
Que nous importe que les lavandières de YHippolyte et de VHélène fassent sécher, elles ou leurs compagnes, des vêtements de pourpre sur des pierres^, sur l’herbe, sur les roseaux», quand elles apprennent les événements qui les décident à se diriger vers le théâtre ? Pourquoi le rossignol, convié à soupirer ses trilles sur les malheurs de la fille de