‹ Euripide et ses idéesChapitre 61 sur 388 · Hélène, v. 179 sq · texte numérisé non relu

Hélène, v. 179 sq

P. MASQUEUAY.

Léda, doit-il, dans l’asile feuillu des arbres où il se pose, avoir la gorge brune I ? Et celui des Phéniciennes, pourquoi se pèrche-t-il sur les hautes branches d’un chêne ou d’un sapin pour rendre à Antigone un service analogue 2 ? Phèdre enfin, quand elle apparaît exténuée par son indomptable amour, pourquoi, en appuyant ses bras sur les femmes qui la soutiennent, en remarque-t-elle la beau té 3? Sans doute, puisque tous les bras des femmes homériques sont beaux, ceux de Phèdre, héroïne de tragédie, devaient l’être aussi, mais ce n’était pas à elle à le dire, surtout en cet instant. Elle n’avait qu’à s’en remettre à notre imagination, et savoir que, sans en excepter une, les amoureuses ont aux yeux des spectateurs un corps paré de toutes les grâces.

Ges détails, au moins inutiles, fourmillent dans l’œuvre d’Euripide, et en particulier dans les vers lyriques qu’il fait chanter à des femmes. On croirait qu’il veut imiter les bavardages auxquels leur sexe est enclin et qu’il leur a plusieurs fois reprochés. Sur la scène, ils font un singulier effet.

Quand Iphigénie, sur le point d’être égorgée, maudit Pâris, auteur originel de son malheur, nous trouvons sa malédiction justifiée. Elle devrait s’en tenir là, sans rappeler les roses et les hyacinthes de l’Ida, qui émaillaient la prairie verdoyante où Priam avait envoyé son fils dans sa jeunesse^ : quand on est si proche de la mort, on a des idées moins riantes.

C’est d’ailleurs toujours au milieu des fleurs que les jeunes femmes d’Euripide font de mauvaises rencontres. Créuse coupait au printemps

1. Hélene, v. un. Cf. Oiseaux, v. 21k et 676. — Mais ^ou66ç a-t-il cette signification? Ce n’est pas le coq-cheval d Eschyle, Grenouilles, v. 982 (Cf. Oiseaux, v. 800)^ qui peut nous le faire savoir, puisque c’est une bête imaginaire. Cette épithète est donnée aux ailes d’un aigle par Bacchylide, V, 17, et à celles des Dioscures, Hymn. hom., XXXIII, V. i3. Euripide dit la même chose de celles de l’abeille, Héraclès, v. 487, ou de l’abeille elle-même, Cretoises, fragm. 467; Iphig. en Taur., v. i65 et 635 : c’est alors la blonde abeille. Cf. Sophocle, Polyidos, fragm. 366. — Mais le mot n’a-t-il pas été influencé par ^av6ôç, avec lequel il n’a rien de commun? Les lexicographes anciens, Hésychios et Suidas, hésitent entre le sens de brun, léger, clair, rapide. Ce dernier sens paraît le seul acceptable dans Chaeremon, fragm. i, v. 7, où il s'agit des vents; il est probable dans Babrios, fable 118, v. i, où il est question d’une hirondelle. Sur ce point délicat, consulter Wilamowitz, Herakles, II, p. i48, et J. van Leeuvren, dans son édition des Oiseaux, v. 218.

2. Phéniciennes, v. i5i5 sqq. L’allusion possible à l’instrumentiste dont les trilles pouvaient ressembler à un gazouillement de rossignol, fera difficilement pardonner aux modernes, qui ne peuvent plus en entendre une note, un pareil mauvais goût.

3. Hippolyte, v. 200. Cf. Ion, v. 891, où Créuse nous confie qu’au moment où Apollon la saisit, pour lui faire violence, il la prit par ses mains blanches. L’épithète est déplacée dans sa bouche : seul son ravisseur l’emploierait avec convenance.

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