‹ Euripide et ses idéesChapitre 8 sur 388 · Élien, Variae historiae. Il, i3, 2G sqq · texte numérisé non relu

Élien, Variae historiae. Il, i3, 2G sqq

LA VIE ET LE CARACTERE DE l’ÉCRIVAIN

en protestant, ce qui ne Fempêchait pas, nous dit Aristophane i , qui abuse un peu trop de notre crédulité, d’être le collaborateur du tragique. Aussi, ajoute-t-on encore, quand Socrate fut mis à mort, Euripide reprocha en plein théâtre à ses concitoyens dans son Palamède d’avoir fait périr « le rossignol des Muses ))2. Cette fois, l’erreur est un peu forte, car non seulement Euripide mourut avant Socrate, mais encore le Palamède fut représenté en seize ans donc avant la

condamnation du philosophe. Et la pièce n’a sans doute jamais été reprise. L’allusion qu’on prétend trouver dans le drame à cette mort si regrettable est donc purement imaginaire.

Cette question des rapports d’Euripide avec les sophistes et les philosophes^ de son temps est très embrouillée. Je ne crois même pas qu’elle comporte une solution précise. A en croire les anciens, ces rapports sont véritables. Mais Diogène n’entraîne -t- il pas notre poète en Égypte dans je ne sais quel voyage avec Platon 5? Euripide au cours de ce voyage tombe malade. 11 consulte les prêtres du pays, ce qui n’est déjà pas trop vraisemblable de sa part. Ceux-ci lui conseillent de boire de l’eau de mer, qui guérit tous les maux. 11 suit ce facile conseil et retrouve la santé. Au reste, ajoute Diogène avec un sérieux impayable, Euripide fait lui-même allusion à sa guérison dans un vers d’une de ses tragédies 6. Voilà comme on comprenait dans l’Antiquité la biographie des gens célèbres. Quelque lecture, beaucoup dlmagination, un extraordinaire mépris de tout synchronisme, de toute raison, et le mensonge était inventé. Un de plus, un de moins, cela avait peu d’importance en un temps où la légende se mêlant toujours à la réalité, la critique littéraire n’existait pas.

Et pourtant il est incontestable qu’Euripide a subi l’influence des philosophes, en particulier celle d’Anaxagoras?. C’est même un des

1. Dans Diogène Laërce, II, i8. Cf. Vita, ligne ii sqq. ; Cicéron, Tusculanes, I\ 29, 63.

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