‹ Euripide et ses idéesChapitre 86 sur 388 · Médée, v. 1271 sqq · texte numérisé non relu

Médée, v. 1271 sqq

2. Héraclès, v. 988 sq. Remarquez la beauté vivante de ce distique : elle n’était possible que s’il n’était pas récité par celui auquel il est attribué : c’est le messager qui raconte ce qu’a dit le second enfant d’Héraclès, quand son père le tuait.

3. Andromaque, v. 53o sq. — Ici, il n’y a aucun doute. Le rôle de Molossos était joué par un enfant, qui plus petit que Pélée se glissait sous son bras (Androm., v. 722 sqq., V. 747) pour aider le vieillard à marcher.

rendre le dernier soupir. L’enfant, qu’on n’a pas éloigné pendant les derniers instants de la mourante, écarte ceux qui entourent sa mère, se précipite sur elle; a Hélas! quel malheur! dit-il, maman est descendue sous terre; elle n’est plus, père, sous le soleil. Elle m’a laissé : je suis orphelin. Vois, vois ses paupières, ses mains raidies. Entends, je t’en supplie, mère, entends -moi; c’est moi qui t’appelle, moi, ton petit, penché sur tes lèvres i. »

Voilà, dans le style tragique, de vraies trouvailles. Ces phrases courtes, simples, murmurées d’une voix sanglotante, ont dû faire couler bien des larmes. L’enfant ne comprend pas ce que c’est que la mort : il ne le comprend jamais. Il voit seulement des yeux fixes, des mains qui ne remuent plus. Il se précipite sur le corps inanimé. Il le croit endormi. Ses caresses le réveilleront sans doute. Ceux qui assistent dans la vie quotidienne à de pareilles scènes, se hâtent de les abréger.

Mais un pathétique de ce genre, qui doit se limiter aux sensations des enfants et à leurs mots usuels, est très étroit. On le sent bien en lisant la seconde partie de la monodie. Il n’est pas naturel qu’Eumélos dise que son père s’est marié inutilement, puisqu’il n’arrivera pas au terme de la vieillesse avec Alceste à ses côtés 2. L’enfant est trop égoïste pour exprimer ces regrets-là. Il ne pense qu’à lui, qu’à ce qu’il voit, qu’à ce qui lui manque à l’instant où il parle. La vieillesse est une chose lointaine dont il n’a aucune idée. Et, d’ailleurs, y a-t-il tant de douceur à vieillir avec celle que l’on a prise pour compagne, et à doubler ainsi le spectacle et l’angoisse quotidienne de sa propre décrépitude? C’est le poète qui parle en ces vers, ce n’est plus son personnage. L’inadvertance lui est familière. A cause du petit nombre d’idées d’Eumélos, Euripide est pardonnable de lui en avoir inspiré quelques-unes qui n’étaient qu’à lui seul.

Ceux ou celles qui ont des enfants pourront mieux nous expliquer en détail quels sentiments ces êtres chers font naître en leur cœur.

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