‹ Euripide et ses idéesChapitre 85 sur 388 · Médée, v · texte numérisé non relu

Médée, v

4. Agamemnon, v. i343 sqq., Choéphores, v. 869. Dans cette dernière pièce, on n’entend pas crier Clyteinnestre, mais le v. 980 était accompagné presque au même instant d’un coup d’épée, et Eschyle, qui doit acquitter Oresie de son parricide, ne tient pas du tout à révolter son public. — Même technique dans Sophocle {Électre, V. i4o4), où ces cris ont eu une conséquence singulière : on n’a pas compris la dispo-

avec des temps, des arrêts. Les fils de Médée fuyaient affolés le couteau maternel, et leurs cris, leurs appels, à la fin leur silence faisaient assister les spectateurs aux péripéties de l’égorgement : la mère les poursuivant, les petits cherchant à se sauver, appelant au secours, et succombant l’un après l’autre dans une lutte brève i.

Mais étaient-ce des enfants qui récitaient ces vers? Assurément non. Un acteur parlait pour eux, et comme la scène se passe dans la coulisse, la substitution se faisait sans être remarquée. Il y avait un autre moyen de tourner la difficulté : on faisait raconter le meurtre. On pouvait ^insi attribuer aux jeunes victimes toutes les supplications voulues 2, puisque le messager seul les rapportait.

Car, je le répète, aucun des enfants d’Euripide ne récite jamais un seul vers sur la scène. Quand le poète se risque à leur donner quelque rôle, c’est un rôle chanté. Molossos, menacé de mort par Ménélas, lui adresse des prières touchantes. Lorsqu’il se jette à ses genoux et qu’il lui dit : « Ami, ami, écarte de moi la morts, » il chante sa prière, ne la récite pas.

On devine la raison de cette particularité. Si la supplication d’un être faible est plus émouvante que toute autre, c’est à condition qu’elle soit naturelle. Seulement, ce naturel était à peu près impossible, si un enfant tenait le rôle, parce que de tout ce qu’il peut apprendre par cœur, le vers tragique est ce qu’il dit le plus mal. Donc, on le remplaçait par un acteur ordinaire, toutes les fois qu’on le pouvait. Quand la substitution aurait trop choqué la vraisemblance, on le faisait chanter: c’était moins périlleux. Jamais on n’osa le faire parler comme le petit Joas dans Athalie.

Mais il chanta, comme le plus âgé des enfants d’Alceste. La monodie d’Eumélos est très pathétique, et rien ne prouve qu’elle n’ait pas été exécutée par lui. Eumélos a une douzaine d’années. Sa sœur, plus jeune, est à ses côtés. Ils sont debout près d’Alceste, qui vient de

sition du commos, où ils sont intercalés. Voir mes Formes lyriques de la tragédie grecque, p. 157 sqq., et Sur un passage de VÉlectre de Sophocle, dans la Revue de Philologie, avril 1897, p. 91 sqq.

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