‹ Euripide et ses idéesChapitre 91 sur 388 · Troyennes, v. 740 sq · texte numérisé non relu

Troyennes, v. 740 sq

2, Ibid., V. 749 sqq.

Sophocle, Électre, v. iiGo sqq.

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dans le souple mouvement des trimètres, pour ménager nos nerfs, et se garder de les trop secouer par une brusque interruption du rythme.

Cette cadence est pourtant bien près d’être brisée, quand la malheureuse ne peut plus analyser continûment ce qu’elle éprouve, et pour exprimer les sensations qui l’étouffent, ne fait plus entendre que des paroles entrecoupées i . Ce ne sont que souvenirs passionnés et fugitifs : baisers donnés à la chair tendre de l’enfant, souffle délicieux de son haleine, allaitement attentif du nourisson dans ses langes, fatigues si chères de la vie maternelle. La douleur de l’infortunée grandit toujours et s’exaspère. On sent presque qu’elle est à bout de forces, quand elle arrive à la fin de son adieu. Elle dit aux Grecs, pour le terminer, qu’ils se hâtent, qu’ils lui prennent son enfant, qu’ils précipitent sa mort, tant elle sent que son supplice devient intolérable. Et cette fin, si elle n’est pas très naturelle, marque bien que tout pour elle vaut mieux que l’horrible déchirement qui la torture.

Oserai-je dire pourtant que cet adieu d’Andromaque, s’il est inoubliable, s’inspire d’un art qui n’est plus tout à fait le nôtre ? Elle parle un instant du cou d’Astyanax, qui va être brisé sur le S0I2. L’évocation de cette cruauté ne convient pas, semble-t-il, à celle qui la fait. Andromaque pense-t-elle bien à ce qu’elle dit? Gomment peut-elle arrêter ses yeux sur un détail aussi horrible et s’efforcer d’y attirer les nôtres ? Nous avons une sensibilité plus fine : le corps de l’enfant est à nos yeux un organisme trop délicat et trop cher pour que nous supportions, même au théâtre, de le voir mis en pièces. Si la plainte d’Andromaque doit rester dans les notes discrètes qu’aimait l’art ancien, il faut supprimer ce vers trop vif : c’est Euripide qui l’a écrit, mais il ne convient pas à celle qui le récite. Notez que le poète s’est bien gardé de faire pousser en cette scène le moindre cri à Astyanax. Un seul vagissement de l’être faible qui va mourir, lui paraissait, sans doute, intolérable. Mais pourquoi l’a-t-il remplacé par cette vision d’une cervelle d’enfant, qui coule sanglante, par le crâne béants ?

1. Troyennes, v. 767 sqq. Dans ces sortes de tirades, il vient toujours un moment où l’acteur ne parle plus que par exclamations et accumule les vocatifs. Cf. ibid., V. 1178 sqq., et Médée, v. 1071 sqq. Le même mouvement a été suivi par Sophocle, Philoctète, v. 986 sqq.

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