‹ Euripide et ses idéesChapitre 92 sur 388 · Troyennes, v. 755 sq · texte numérisé non relu

Troyennes, v. 755 sq

3. Après l’adieu de la mère vient celui de l’aïeule, V. 1 1 56 sqq., quand on apporte dans le grand bouclier d’Hector le corps brisé d’Astyanax. On ne bissait probablement pas au théâtre les morceaux à effet (dans Cicéron, Tusculanes, IV, 29, 63, il ne s’agit

loi

A côté du pathétique qui s’inspire des sentiments tendres, on peut en distinguer un autre, celui avec lequel Phèdre émeut si douloureusement notre cœur : désirs obscurs d’amour, lassitude du corps exténué, visions ardentes de l’être adoré qui se dressent devant les yeux dans des paysages de calme et de lumière, pudeur frémissante qui défend son secret et qui ne le confesse pas sans déchirement ni sans plaisir ; toute la vie amoureuse de la femme, ses hallucinations, ses mélancolies, ses fièvres, ses tentations, ses remords sont notés d’une main sûre avec une puissance inconnue. Mais ce pathétique passionnel est très difhcilement analysable. 11 est mélangé de trop d’éléments pour qu’on puisse le définir. Disons seulement qu’il suppose dans l’âme de celui qui l’a inventé deux qualités maîtresses : un vif désir d’exactitude et un grand fonds de pitié pour l’être qu’il étudie. C’est là une des meilleures créations d’Euripide. Le récitatif anapestique de YHippolyle et les cent trimètres qui le suivent ne seront probablement jamais égalés par les modernes i, quelque attention qu’ils aient portée aux passions de l’amour. Seuls, les musiciens peuvent par d’autres moyens atteindre à de pareils effets.

En revanche, voici une autre sorte de pathétique, que l’on peut aisément expliquer, parce qu’il n’a pas la perfection du précédent et que les deux éléments qui le composent sont moins fondus ensemble que juxtaposés. C’est celui que j’appellerais volontiers le pathétique raisonneur. Les deux mots, qui ne sont pas souvent unis, marquent

que d’un fait isolé, et dans le Banquet de Xénophon, IX, 4, la scène ne se passe pas au théâtre), mais Euripide se chargeait quelquefois de se répéter lui-même, il est vrai, dans une autre note. Là se laisse entrevoir l’homme de théâtre, avec son souci de tirer d’une situation émouvante tout le pathétique qu’elle contient. Le discours d’Hécube est d’ailleurs fort beau. Contentons-nous de remarquer que, lorsqu’elle décrit dans quel état est le cadavre broyé de son petit-fils, elle sent elle-même, v. 1177, mieux qu’Andromaque tout à l’heure, qu’elle va trop loin et que ces détails sont trop pénibles.

I. Hippolyte, v. 176-852. — Chose curieuse, l’esprit raisonneur d’Euripide réapparaît brusquement dans le discours de Phèdre aux femmes de Trézène, v. 878 sqcp Ce n’est plus la même femme que tout à l’heure : on dirait ces vers d’une autre main.

assez qu’il s’agit de quelque chose de particulier, qui caractérise essentiellement le génie d’Euripide. 11 était prompt à s’émouvoir et très enclin à l’analyse. En cédant simultanément à ce double penchant, c’est-à-dire en raisonnant même lorsqu’il était ému, — chose qui plaît tant à quelques modernes, — il écrivait les vers où Macariei, Polyxène, Iphigénie 2, nous exposent pourquoi elles acceptent la mort, malgré leur jeunesse, ceux surtout où Praxithéa nous énumère les raisons qui la lui font accepter, non pour elle, mais pour son enfant.

Car il y a bien des degrés dans ce pathétique, selon que l’un des deux éléments domine. Le naturel, par cela même, est aussi très variable. Si Polyxène, fille de Priam, après la victoire des Grecs refuse de devenir leur vile esclave, elle a bien le droit de calculer devant nous ce qu’elle gagne à mourir et ce qu’elle perd à vivre, avant de prendre une décision et de se ruer dans le néants. Dans cette partie suprême, l’enjeu est assez fort pour nous émouvoir, quand l’être qui le risque est jeune, de sang royal, qu’il a de la beauté et surtout qu’il s’efforce de rester calme. 11 y a une sorte de sombre fureur dans cette vierge qui n’accepte pas la destinée et préfère l’anéantissement. La peur que lui cause la mort, elle ne veut pas l’éprouver ; malgré tout, elle frissonne.

Mais Praxithéa frissonne -t-elle, quand elle sacrifie sa fille, afin de sauver Athènes? 11 est permis de se le demander, et cette hésitation seule est une critique. L’Attique est envahie par Eumolpos. Apollon a déclaré à Érechthée qu’il doit, pour le repousser, immoler la jeune vierge^. Praxithéa, sa femme, qui ne semble pas avoir un cœur aussi aimant que Glytemnestre, quand le devin Calchas demandait à son mari le sang d’Iphigénie, consent à ce sacrifice, pour un grand nombre de raisons qu’elle énumère : d’abord, Athènes est une ville qui n’a pas d’égale, puisque ses habitants sont autochthones; ensuite, les mères n’ont des enfants que pour que ceux-ci défendent la patrie et les autels des dieux ; puis, comment ne pas sacrifier une

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