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LES ÉCHANGES INTERNATIONAUX

Les organes de circulation les plus perfectionnés, voies ferrées et voies d'eau, ports maritimes pourvus d'une flotte à grand rayonnement, ne sont pas de trop pour le commerce considérable que l'Allemagne doit incessamment entretenir avec l'étranger sous peine de voir s'arrêter la vie de ses grands centres industriels.

Quelques années seulement après la fondation du Reich, en 1880, sa valeur était de 7 700 millions de marks, soit 63 marks par tête ; en 1913, elle avait presque triplé, s'élevant à 20 800 millions. La population n'avait augmenté que d'un quart pendant ces trente années, mais l'extraction de la houille et la production du fer avaient plus que quintuplé. L'équilibre entre importations et exportations se maintenait à peu près ; celles-ci, encore légèrement supérieures en 1880 (2,9 contre 2,8), étaient inférieures seulement de 600 millions en 1913 (fig. 88).

En sautant par-dessus la guerre et la crise presque sans précédent qui l'a suivie, on est surpris de constater que la valeur du commerce extérieur n'a pas fléchi. Le total de 1925, 21 600 millions de marks, dépassait légèrement celui de 1913. Sans doute les volumes ne sont pas comparables, vu l'augmentation des prix, et la balance est déficitaire, les importations étant supérieures de 3 600 millions. Le progrès a continué jusqu'en 1929, où le mouvement des échanges a atteint 26 100 millions de marks, mais par suite de l'augmentation des exportations (12 600 millions de marks). Après quatre années de guerre, où le commerce a été réduit à une sorte de contrebande, quatre années d'inflation ruinant complètement le crédit et une ou deux années où la stabilisation déterminait des réactions presque aussi nuisibles, on ne saurait s'étonner qu'un certain trouble persiste dans l'économie allemande, mais plutôt qu'elle ait déjà retrouvé une pareille vigueur. Il faut qu'il y ait dans l'activité des échanges avec l'étranger un besoin vital du Reich, tel que l'ont fait la politique et le développement économique, la nature et les hommes. Par sa structure et par sa position géographique, l'Allemagne est, presque au même titre que l'Angleterre, un pays commercial. Au mot magique de Verkehr, qui ouvre toutes les bourses pour l'équipement des voies ferrées et des canaux, l'Allemand associe

Géographie universelle. — Europe centrale, I.

L'ALLEMAGNE

celui de Handel, paré d'une dignité équivalente au business américain. U Les besoins de l'Allemagne sont énormes, ses disponibilités ne sont pas moins I grandes. Elle ne peut vivre sans se procurer de quoi nourrir les masses pro- H fondes de ses populations urbaines et ouvrières. Le déficit, moins menaçant sans doute qu'en Angleterre, est encore inquiétant : il manque trois mois de ration alimentaire pour 60 millions d'habitants. En fait, c'est là qu'est le gros

des importations : plus du cinquième (22 p, 100 en 1925), Mais ces millions d'ouvriers doivent pouvoir travailler, et l'industrie textile ne saurait vivre sans matières premières, la métallurgie lourde sans minerais. Le coton, la laine et la soie brute représentent 2 milliards ou 14 p, 100 des importations, le minerai de fer et les ferrailles, 1 milliard ou 8 p. 100.

L'écoulement des produits est une nécessité aussi inévitable que l'achat des aliments et des matières premières. Sans lui, tout s'arrête. Il faut évacuer le charbon qui encombre le carreau des mines et qui figure pour 5 p. 100 de la valeur des exportations, les fers et machines qui représentent plus de 2 milliards de marks et 24 p, 100, les produits chimiques d'une L valeur presque égale (21 p, 100), les textiles eux-mêmes (10 p, 100). On a décrit ' et parfois presque stigmatisé les procédés du commerce extérieur de l'Allemagne, J auxquels on attribuait ses succès sur tous les marchés : prix réduits par rapport à ceux du marché intérieur (dumpin^),complaisances de tous genres pour l'achetem', ventes à terme avec longs délais de paiement, fabrications modifiées et accommodées au goût du client, organisation d'un vaste système de documentation | que soutenait une armée de commis-voyageurs partout présents, partout également empressés. Cette politique d'expansion économique répondait à des nécessités vitales pour un pays où l'industrie prenait de plus en plus la première place et où les besoins d'une population de plus en plus nombreuse ne pouvaient être satisfaits sans un écoulement rapide des produits. Elle doit forcément reprendre dès que la vie normale se rétablit.

L'ÉMIGRATION ALLEMANDE. — Avaut d'entrer dans l'étude des importa- ' tions commerciales, disons un mot de l'exportation des hommes, qui n'a pas été sans conséquences sur celle même des biens. Pendant assez longtemps,

LE COMMERCE ALLEMAND

l'Allemagne a été à même de fournir des travailleurs aux pays neufs. Hambourg et Brème ont dû une partie de leur prospérité au transport des émigrants. C'est par centaines de mille que se chiffraient les départs, et, là-dessus, la part de l'Allemagne a dépassé pendant quelque temps le chiffre de 100 000. C'était à peu près le taux moyen entre 1860 et 1870 ; il s'abaisse rapidement jusqu'à 1880, car tous les bras trouvent un emploi dans l'Empire qui organise ses industries. L'effet de la forte poussée de natalité finit pourtant par se faire sentir, et le déficit du chiffre de la population par rapport à celui qui devrait résulter des excédents de natalité atteint 4,3 p. 1000. La puissance du courant diminue progressivement jusqu'à 1914, car l'essor de l'industrie, dépassant toute prévision, réclame de plus en plus de bras et attire les travailleurs par des salaires de plus en plus élevés. Le nombre des émigrants allemands est déjà tombé à 87 000 en 1873, soit moins de 2 p. 1000 de la population ; il s'abaisse au-dessous de 30 000, à partir de 1897, et même, certaines années, reste inférieur à 20 000. Au total, le nombre des Allemands émigrés pendant un demi-siècle ne se chiffre pas moins par plusieurs millions.

C'est vers les États-Unis surtout qu'ils se sont dirigés. New York voyait débarquer en moyenne les huit dixièmes au moins des Allemands quittant Brème ou Hambourg. Leur nombre s'est élevé jusqu'à près de 100 000; il était encore de 78 000 en 1893, de 19 000 en 1911. Les États-Unis comptaient, en 1900, 2 669 000 personnes nées en Allemagne. A cette exportation de travailleurs, l'Empire perdait des bras, mais il gagnait des facilités pour ses relations économiques. Il n'est pas sans intérêt pour le commis-voyageur ou le courtier de trouver au delà des mers des centaines de milliers de compatriotes concentrés dans de grandes villes où ils peuplent des quartiers entiers, comme à New York, Chicago, Milwaukee, engagés dans toutes les entreprises, y compris la banque elle-même.

Après les États-Unis, c'était l'Amérique du Sud qui absorbait le plus d'émigrants allemands. Au Brésil, ils ont fini par former une véritable colonie dans l'État de Saint-Paul. En Argentine, au Chili, leur nombre a atteint chaque année plusieurs milliers de 1890 à 1900, et est remonté au même chiffre de 1905 à 1912. L'Afrique du Sud elle-même a attiré plus d'un millier d'Allemands chaque année avant 1900. Jamais pareil chiffre n'a été enregistré dans les colonies allemandes elles-mêmes. C'est à juste titre que les atlas coloniaux enregistraient ce Deutschtum qui, sur les terres lointaines, n'oubliait pas l'Empire. Ces pionniers contribuaient à ouvrir un débouché aux rails, machines et textiles allemands, à faciliter les achats de laine, coton et céréales.

Le même rôle était joué par le grand nombre d'Allemands établis temporairement, pour des raisons de négoce surtout, dans les pays européens, et qui se chiffraient par près d'un demi-million en 1900. La Suisse seule en comptait 134 000, la Russie à peu près autant, l'Autriche 106 000, l'Angleterre 50 000, la France elle-même 86 000.

L'émigration au delà des mers était, pour une bonne part, alimentée par les provinces de l'Empire à population non germanique ; ainsi la Posnanie voyait partir chaque année plusieurs milliers de paysans polonais, allant à peu près tous aux États-Unis; le Slesvig, la Silésie étaient aussi grands fournisseurs. Mais le plus fort contingent venait encore du Brandebourg, avec Berlin, la grande ville rejetant une partie de ceux qu'elle avait attirés, en ne leur donnant

L'ALLEMAGNE

que la misère. Le gros du courant d'émigration était bien, comme la majorité de la population du Reich, spécifiquement allemand, et c'est bien l'espoir de conditions de vie meilleures qui déterminait les départs. Ce qui le prouve clairement, c'est la reprise du mouvement après la guerre, malgré les restrictions apportées par les États-Unis à l'immigration. 1923, année de crise exceptionnelle, a vu s'embarquer à Brème et Hambourg plus de 100 000 Allemands ; en 1925, on en comptait encore près de 60 000, dont 48 000 vers les États-Unis. Il est remarquable que ce mouvement coïncide avec une reprise des relations commerciales, se nouant plus étroitement encore si possible qu'avant la guerre, avec les États-Unis et l'Amérique du Sud.

Importations et exportations. — Favorisé dans une certaine mesure par l'émigration, le commerce extérieur de l'Allemagne est déterminé avant tout par des besoins et des disponibilités qui sont considérables et dont les caractères n'ont été que légèrement modifiés par la guerre et ses suites (fig. 89). Ce sont toujours les matières premières de l'industrie qui constituent le gros des importations (50 p. 100). Mais l'importance des produits alimentaires a augmenté notablement, au point de représenter un bon tiers, 2 800 millions de marks en 1925, 4 300 en 1927. Au sortir de la période de sous-alimentation de la guerre, prolongée pendant la crise monétaire, l'Allemand s'est jeté sur la nourriture. On consomme de plus en plus de blé : 471 millions de marks en 1925, 674 en 1927, venant de plus en plus des États-Unis. Mais les brasseries réclament aussi de l'orge ; l'élevage du bétail, et particulièrement des porcs, veut du maïs, fourni surtout par l'Argentine ou la Roumanie. L'énorme production de pommes de terre de l'Allemagne ne suffit pas à sa consommation ; malgré l'extension universelle des potagers autour des grosses agglomérations, elle importe de grandes quantités de légumes et de fruits. De 317 millions de marks en 1913, la valeur de ces achats est montée à 542 en 1925, à 589 en 1927. Tous les pays voisins sont mis à contribution, Pays-Bas, France et Italie surtout. La reconstitution rapide du cheptel n'a pas suffi davantage à contenter les appétits. La valeur des importations de viandes a doublé (427 millions en 1925, contre 222 en 1913), viandes congelées de l'Argentine, bétail sur pied des Pays-Bas et de la Pologne, auxquels s'ajoutent les poissons frais de Grande-Bretagne et Scandinavie. Mais c'est pour les laitages que l'Allemagne paye le plus fort tribut à l'étranger : 580 millions de marks en 1925, et encore 470 en 1927. Le beurre vient surtout du Danemark et des Pays-Bas, qui fournissent aussi la plupart des fromages.

Les industries textiles, qui font vivre 2 600 000 personnes, sont celles qui réclament le plus de matières premières. La valeur, sinon la quantité, du coton a augmenté d'un tiers depuis 1913 (approximativement, 1 milliard de marks). La laine reste un peu en arrière, mais, avec la soie, le lin, le chanvre et le jute, c'est près de 2 milliards que représentent les matières textiles importées. Le coton vient toujours presque exclusivement des États-Unis. Pour la laine, les provenances sont plus variées : après l'Australie, qui donne un bon tiers du stock, vient l'Argentine, puis l'Afrique du Sud. L'Inde anglaise pour le jute, et l'Italie pour la soie sont toujours les principaux fournisseurs.

Nous avons déjà eu l'occasion de noter les grands besoins en minerais de la puissante métallurgie allemande. Augmentés par la perte de la minette lorraine et du zinc de Haute-Silésie, ils se manifestent de plus en plus avec la reprise

LK COMMERCE ALLEMAND

des affaires. En comptant les vieux métaux et déchets, très demandés par les fonderies, le tribut payé de ce chef à l'étranger représente près d'un milliard de marks en 1925, et s'est élevé en 1927 à 1 600 millions. Là-dessus, les minerais de fer figurent pour 360 millions ; la Suède en fournit toujours la plus grande partie, mais la part de l'Espagne et même celle de la France remontent d'année en année. Des États-Unis viennent les trois quarts du cuivre, de la Pologne, surtout le zinc, de l'Insulinde, l'étain.

Les importations doivent encore satisfaire des besoins variés. On y note près de 700 millions de marks de graines oléagineuses, venant de Chine et de l'Inde anglaise en majorité, 250 à 300 millions de peaux venant surtout de l'Argentine, près de 400 millions de bois demandés principalement à la Pologne et à la Tchécoslovaquie.

Les exportations allemandes s'opposent d'une façon systématique aux importations : d'un côté, aliments et matières premières; de l'autre, produits manufacturés. Cependant la richesse du sous-sol en combustibles minéraux permet d'en livrer à l'étranger de grandes quantités. Malgré la perte de la Sarre et de la Haute-Silésie, la proportion de 7 p. 100 des exportations a été de nouveau atteinte en 1927, avec 605 millions de marks de houille et 230 de coke. C'est aux Pays-Bas que va près du tiers de la houille; au Luxembourg va plus du tiers du coke. La France et la Belgique, malgré les livraisons au compte réparations, ne viennent qu'après.

Parmi les produits de l'industrie allemande, les textiles ne jouent pas dans le commerce extérieur un rôle en rapport avec leur place dans l'économie nationale. Ils ne représentaient, au total, que 10 p. 100 des exportations en 1925 et n'ont pas dépassé 12 p. 100 en 1927. Le pays doit absorber lui-même la plus grande partie de la production. La part des cotonnades tend à diminuer au profit des lainages, mais reste prépondérante.

C'est toujours la Grande-Bretagne qui est le principal acheteur. Après elle viennent les États-Unis pour les cotonnades, la Scandinavie et la Suisse pour les lainages. Aux Pays-Bas vont encore une grande quantité de textiles, surtout sous forme de confections.

Si elle importe des peaux pour 250 millions, l'Allemagne revend des cuirs pour plus du double, préparés ou transformés en souliers, à la Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis.

Bien qu'ayant perdu son quasi-monopole pour la fourniture des colorants, elle a retrouvé à peu près le chiffre atteint avant-guerre pour ses ventes de produits chimiques : 790 millions, soit 7,3 p. 100 des exportations en 1927, surtout grâce à l'ammoniaque synthétique, dont l'agriculture japonaise absorbe, à elle seule, presque la moitié.

Mais de tous les articles d'exportation, ce sont encore les produits métallurgiques qui restent les plus demandés. En 1925, ils représentaient plus de 2 milliards, presque le quart des exportations ; en 1927,1e chiffre s'était élevé encore

FiG. 89. — Diagramme des principaux articles d'importation (à gauche) et d'exportation (à droite).

Mét., Métaux ; Text., Textiles ; Cér., Céréales ; Fr., Fruits; L., Légumes. — Cli., Charbon.

l' ALLEMAGNE.

d'un bon tiers, la proportion restant à peu près la même. Quand on connaît la place de plus en plus grande prise par la fabrication des machines, on s'étonne que la métallurgie lourde l'emporte encore avec 15 p. 100 des exportations totales. Les fontes et fers laminés, les fils de fer et rails vont surtout aux Pays- Bas, puis en Argentine et même en Grande-Bretagne. Parmi les machines, les métiers à tisser et les machines-outils sont demandés en Italie, en Tchécoslovaquie et même aux États-Unis, les locomotives dans les pays neufs, comme le Brésil et l'Afrique du Sud. Les appareils électriques, qui représentent près de 400 millions de marks (1927), ont un débit assuré aussi en Grande-Bretagne.

Clients et acheteurs. — Comme elle achète surtout des matières premières, pour vendre surtout des produits manufacturés, on ne saurait s'étonner que l'Allemagne ne trouve pas toujours chez ses fournisseurs les meilleurs clients. Pour recruter ceux-ci, elle doit faire des efforts et s'adresser aux quatre coins du monde. Tandis qu'elle demande aux États-Unis jusqu'à 15 p. 100 de ses importations de matières premières et de vivres, les Pays-Bas lui achètent 10 p. 100 de ses exportations, la Grande-Bretagne elle-même 8 p. 100. Elle vend aussi beaucoup aux colonies anglaises et hollandaises (fig. 90).

La situation prépondérante des États-Unis dans le commerce allemand s'affirmait déjà avant la guerre. Aucun pays ne fournissait autant de ce qui est indispensable à l'Allemagne. Les liens paraissent plus étroits que jamais, malgré le fléchissement des exportations vers l'Amérique, largement compensé par l'augmentation de ses envois. C'est en effet aux États-Unis que l'Allemagne demande désormais la moitié du blé qu'elle importe, le tiers de l'orge, la moitié des farines ; ce sont eux qui fournissent presque tout le coton aux tissages et confections allemandes, les deux tiers des huiles minérales, la plus grande partie du cuivre et du plomb, au total 2 milliards et demi de marks de marchandises en 1925, année de grands achats alimentaires, et encore un peu plus de 2 milliards en 1927. Pourtant l'Allemagne ne réussit à vendre à ce fournisseur que 600 à 800 millions de tissus, machines et jouets. On comprend que les États-Unis s'intéressent à la santé d'un débiteur aussi important, aient contribué à la restauration de ses finances et en surveillent l'équilibre.

La Grande-Bretagne est, au contraire, pour l'Allemagne surtout un client. Elle a échangé avec elle 2 milliards de marks de marchandises en 1912, dont près de 1200 millions d'importations. Les relations ont repris et redeviennent chaque année plus actives. En 1925, les expéditions de l'Allemagne approchaient du milliard ; en 1927, elles ont rejoint la valeur maximum d'avant-guerre, en atteignant 1 177 millions, pendant que les achats en Angleterre restaient inférieurs à leur valeur de 1912. Tout ce que les manufactures allemandes peuvent produire d'objets à bon marché pour les classes ouvrières est absorbé par l'Angleterre : tissus de coton et de laine, confections, souliers et objets de cuir ; mais la mécanique de précision trouve également preneur, les montres, les machines et appareils électriques surtout. Singulier paradoxe : un pays industriel absorbe les produits d'un concurrent, produits pour lesquels il fournit les matières premières (particulièrement des laines importées).

Le rôle des Pays-Bas est aussi celui d'un client, mais qui peut s'acquitter en grande partie par la fourniture de produits alimentaires. Avant la guerre, l'Allemagne donnait davantage ; elle a demandé bien plus pendant et même après.

LE COMMERCE ALLEMAND

Beurre, fromage, œufs, fruits, viande et poissons, tout ce qui se mange passe des campagnes plantureuses de la Hollande aux cités congestionnées de l'Allemagne occidentale, nourrissant surtout les pays rhénans, et particulièrement la Ruhr. En 1925, c'était un total de 750 millions de marks, chiffre triple de celui d'avant-guerre, et qui a un peu baissé depuis (696 en 1927). Mais l'Allemagne paye facilement, et au delà, en livrant pour plus d'un milliard d'objets fabriqués de tout genre : fers et machines, tissus et confections, produits chimiques et particulièrement engrais azotés, enfin la houille elle-même qui manque à la Hollande et descend si aisément le Rhin vers Rotterdam. Le grand fleuve est d'ailleurs le véhicule de presque tous les échanges ; il unit deux pays aussi dissemblables que possible ; le plus petit nourrit les ouvriers de son puissant voisin, mineurs, tisserands, fabricants d'outils de tout genre, qui travaillent pour lui. La valeur totale des échanges avec les Pays-Bas a égalé presque celle du courant vers l'Angleterre; malgré la diminution des importations alimentaires, elle est encore de 2 milliards de marks en 1927.

La Tchécoslovaquie reste bien au-dessous de ce chiffre. C'est pourtant le plus lié avec l'Allemagne parmi les États héritiers de cet Empire austro-hongrois, qui figurait jadis immédiatement après la Grande-Bretagne, aussi bien comme client que comme fournisseur. Le total des échanges approchait de 1 milliard de marks en 1925 et a dépassé ce chiffre en 1927. Malgré des tarifs protégeant ses usines, la Bohême achète des machines et même des fers ; elle a besoin de houille et demande à l'Allemagne, qui les a importées, les matières premières de son industrie textile. Elle s'acquitte en vendant des filés et même des tissus. Son lignite et surtout ses bois trouvent toujours preneur en Allemagne. Il s'agit de relations anciennes qui continuent par la force des choses.

Les anciens liens de l'Allemagne avec la Russie paraissent, au contraire, très réduits. Celle-ci n'était dépassée avant la guerre, comme fournisseur, que par les États-Unis. L'Union des Républiques Soviétiques entretient à Berlin un Bureau économique dont l'importance est sans mesure avec celle des relations commerciales actuelles. Les statistiques n'accusaient que 480 millions de marks d'échange en 1925 et un peu plus de 700 en 1927. Une partie de ce que fournissait l'ancienne Russie est livré par la Pologne : viande et œufs, sucre, bois, pétrole, filés de Lodz. Le partage de la Silésie explique les échanges de charbon, de déchets de fer et de zinc (achetés par l'Allemagne), de fer brut et de machines (vendus à la Pologne). Le total atteint 750 millions de marks.

Avec la France, le commerce était plus important avant la guerre et avait atteint le chiffre de 1 400 millions de marks. Tombé à presque rien en 1919, il remonte sûrement, et a presque retrouvé sa valeur antérieure en 1927 (1 300 millions). Sans doute les réparations gonflent artificiellement le chiffre des exportations allemandes, mais les livraisons de charbon et de coke, de produits chimiques

FiG. 90. — Diagramme des principaux fournisseurs (à gauche) et clients (à droite) de l'Allemagne en 1927.

Ét.Unis, États-Unis ; Arg., Argentine ; Gr. Bret., Grande-Bretagne ; Ho]., Hollande ; Tch., Tchécoslovaquie ; B., Belgique; It., Italie ; R., Russie ; — .S. Suisse ; Su., Suède ; D., Danemark; Aut., Autriche.

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et de machines n'en représentent que la moitié ou les deux tiers, et le total se révèle de plus en plus inférieur à celui des importations. De créancière, l'Allemagne redevient débitrice de la France, à laquelle elle redemande ses fruits, ses légumes et son minerai de fer. Avec 778 millions de ventes en 1927, la France s'est trouvée au quatrième rang des fournisseurs de l'Allemagne, dépassant la Tchécoslovaquie et les Pays-Bas.

La Suisse a eu, dans les premières années d'après-guerre, une situation supérieure à celle d'avant 1914, et le chiffre de ses échanges avec son puissant voisin a approché du milliard. La baisse constatée tient à une diminution des demandes de l'Allemagne en laitages, fils et tissus, tandis que, de son côté, la Suisse réduit ses achats de combustible en organisant de plus en plus l'exploitation de la force motrice de ses eaux vives.

Parmi les pays européens en relations commerciales suivies avec l'Allemagne, il faut citer encore l'Italie, fournisseur de soie, de fruits et de légumes, acheteur de machines de tout genre et surtout de machines-outils ; le Danemark, qui joue à peu près le même rôle que la Hollande ; la Suède, grand fournisseur de minerai de fer, qui achète en revanche machines et tissus.

Mais il est des pays plus lointains, parmi lesquels des colonies anglaises même, qui ont avec l'Allemagne des relations bien plus étroites.

L'industrie allemande avait réussi à s'ouvrir des débouchés intéressants dans l'Amérique du Sud, au Brésil, en Argentine et au Chili, pays en pleine voie d'organisation, qui construisent des chemins de fer, équipent des ports et des usines. A plusieurs d'entre eux, elle demandait d'ailleurs des matières indispensables à son activité : le nitrate au Chili, le blé et la laine à l'Argentine. Le total des échanges avec l'Amérique du Sud s'était élevé jusqu'à 2 milliards avant la guerre. Cette situation était déjà à peu près rétablie en 1925, les pertes du côté du Brésil et du Chili étant compensées par les gains du côté de l'Argentine et de la Colombie. On demande moins de café, de tabac et de caoutchouc au Brésil, qui achète cependant toujours des tissus, des fers et des machines. L'importation des nitrates du Chili, qui représentait 771 millions, est tombée à presque rien, l'ammoniaque synthétique permettant d'y suppléer, et les achats de ce pays ont baissé, quoique dans des proportions moindres. Mais l'Argentine devient de plus en plus pour l'Allemagne un pourvoyeur de matières premières, peaux et laines surtout, et de produits alimentaires, blé, maïs ou viandes. En 1927, elle arrive au deuxième rang des fournisseurs de l'Allemagne avec 1 070 millions de marks. Les ventes de l'industrie allemande n'ont, par contre, guère monté. Le rôle de l'Argentine est analogue à celui des États-Unis.

L'empire colonial que l'Allemagne s'était créé à grand'peine ne jouait presque aucun rôle dans son commerce, et sa perte n'a rien changé à l'économie du Reich, dont les relations étaient bien plus intimes avec l'Extrême-Orient, Inde, Chine et Japon. Ces relations ont été rapidement rétablies, sinon même étendues. La valeur des échanges avec la Chine a atteint 380 millions en 1927 ; les achats, formant le double des ventes, sont représentés surtout par des graines oléagineuses ; l'Allemagne écoule cependant encore là-bas des couleurs, des fers et des machines. Elle a réussi à faire du Japon un client qui achète pour 180 millions de marks, produits chimiques surtout, mais aussi tissus et objets de fer.

Ceci n'est encore rien à côté des relations avec les colonies anglaises, dont le total a atteint, en 1925, 2 630 millions, et représente encore 2 milliards en 1927.

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Près des deux tiers sont des achats, et c'est peut-être là ce qui explique la sollicitude de la finance anglaise pour l'Allemagne. La métropole se laisse concurrencer sur son propre sol par un voisin, dont le pouvoir d'achat augmente ainsi pour les denrées de ses colonies.

Le Canada fournit à l'Allemagne plus qu'il ne lui achète ; ses livraisons de céréales et de laitages ont presque triplé depuis 1913, atteignant en 1927 la valeur de 286 millions de marks. Il en est de même de l'Australie, qui expédie pour 300 millions de produits bruts, dont la laine représente les deux tiers ; de l'Afrique occidentale anglaise, grand fournisseur de graines oléagineuses et de cacao, pour un total de 180 millions. L'Afrique du Sud s'ouvre davantage aux produits de l'industrie allemande ; elle en achète presque autant qu'elle vend de laine. L'Inde est un marché où le commerce allemand recommence à gagner du terrain ; les achats massifs de riz, de coton, de jute, de graines oléagineuses ne retrouveront peut-être pas d'ici longtemps leurs valeurs de 1925 (640 millions), mais il y a progrès des ventes de tissus, de fers et de machines.

Sans entrer davantage dans les détails, on saisit la physionomie du commerce extérieur de l'Allemagne, qui renaît et se développe, presque comme si la crise formidable des années 1914-1923 n'avait pas existé. Il doit toujours satisfaire aux mêmes besoins d'aliments pour la population et de matières premières pour l'industrie ; il doit écouler les produits manufacturés de tout genre et pour cela chercher partout des débouchés, même dans les pays les plus lointains, même dans les colonies d'une puissance aussi experte en matière d'échanges que l'Angleterre.

On ne conçoit pas l'Allemagne moderne sans sa grande industrie ; on ne la conçoit pas davantage sans un commerce entreprenant, partout à l'aflût et dont les intérêts doivent peser sur sa politique autant que ceux des rois de la houille et de l'acier.

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