CHAPITRE VI
LES EAUX
Pour le régime des eaux, comme pour le climat et le relief du sol qui en déterminent les caractères, l'Europe centrale est une zone de transition entre l'Europe occidentale, riche en sources, en rivières toujours bien alimentées, et l'Europe orientale, on l'eau peut manquer aux thalwegs traversant les steppes ; entre les pays froids, mais toujours bien arrosés, du Nord et les pays méditerranéens qui ignorent le gel des eaux, mais connaissent des sécheresses donnant en été à presque toutes les rivières de second ordre l'aspect des oueds sahariens.
Le relief est assez accidenté pour augmenter sensiblement la pluviosité et même permettre, par endroits, l'accumulation de réserves neigeuses. Il ne l'est pas au point de gêner l'évacuation des eaux en morcelant les bassins fluviaux, et l'Europe centrale possède, avec le Danube, le plus grand fleuve du continent après ceux de la plaine russe. Les lacs, dus presque tous aux anomalies du modelé glaciaire, ne sont nombreux qu'au pied des Alpes ou dans la région morainique bordant la Baltique, jamais très étendus et presque tous pourvus d'un émissaire. Le relief contribue cependant à créer des irrégularités dans la transition graduelle vers un régime des eaux plus appauvri et plus capricieux, soit vers le Sud, soit vers l'Est. Les Alpes, avec leurs eaux abondantes, transforment en un saut brusque le passage des rivières régulières aux jiumare de l'Italie. Les dépressions de la zone hercynienne et les plaines encadrées entre les replis des chaînes alpines (Hongrie et Valachie) sont, pour l'hydrographie comme pour le climat, en avance dans l'évolution vers le continentalisme ; le bilan des eaux tombées et des eaux écoulées peut s'y solder parfois par un déficit, comme dans les steppes russes.
L'analyse de ces contrastes suppose l'usage de notions très simples, que nous devons rappeler en deux mots. Par indice pluviométrique, nous entendons la moyenne de la tranche d'eaux pluviales tombées sur un bassin ; par indice d'écoulement, la hauteur de la tranche d'eau, supposée étalée sur tout le bassin, dont le volume répond au débit annuel de la rivière. Ces deux données, exprimées en millimètres, sont aisément comparables. Leur différence représente le déficit d'écoulement ; leur quotient, ce qu'on appelle le coefficient d'écoulement. Ces valeurs caractérisent clairement les conditions d'écoulement moyen des eaux. Il est évident qu'elles dépendent avant tout du climat, dont les deux facteurs les plus importants, dans le cas présent, sont la pluviosité et la température (fig. 16 et 17).
A la lumière de ces notions, il est possible de distinguer dans l'Europe cen-
LES EAUX
traie quatre grandes régions hydrographiques, différentes par le régime des sources et des eaux souterraines, aussi bien que par celui des eaux courantes, tant au point de vue de leur débit moyen et de son rapport avec la pluie, qu'au point de vue de leurs variations au cours de l'année. Ce sont : la région des plaines du Nord, la région des moyennes montagnes, comprenant surtout les pays hercyniens, la région alpine et enfin la région orientale ou danubienne.