IL — LES PLATEAUX DE L'ODENWALD ET DU PALATIN AT
Les plateaux de l'Odenwald et du Palatinat rhénan sont aussi des débris de l'ancien massif hercynien du Rhin moyen, mais moins élevés et moins variés d'aspects, la couverture gréseuse y cachant encore généralement le socle primitif.
L'Odenwald se distingue, outre l'extension des grès, par l'effacement du relief, non seulement au Nord, mais même à l'Est et au Sud. Lorsqu'on traverse la plaine du Kraichgau, la réapparition d'une forêt semblable à celle qu'on a quittée depuis Pforzheim signale seule l'arrivée sur le plateau gréseux, qui s'élève insensiblement vers le Nord, sans atteindre même 600 mètres. Le réseau des vallées est relativement peu développé ; les versants, toujours raides, sont boisés comme le plateau. La forêt couvre les trois quarts du sol, dans certaines communes jusqu'à 90 p. 100. La persistance des grands domaines seigneuriaux a contribué à la préserver du défrichement. La densité de la population, voisine de 50 habitants au kilomètre carré, est stationnaire. Dans les clairières forestières, défrichées depuis dix siècles, le paysan poursuit toujours la même vie retirée. Les seuls points où se manifeste une activité plus grande sont la vallée du Neckar et celle du Main, la première, enrichie par les grandes carrières de grès ouvertes sur ses versants escarpés, la seconde, bordée de larges terrasses alluviales, où les vergers se mêlent aux champs de céréales.
Toutes deux sont manifestement surimposées, et se sont encaissées depuis le dernier abaissement du niveau de base de la plaine rhénane. Sur le plateau, quelques lambeaux de Tertiaire subsistent encore. Les failles qui disloquent les bancs gréseux ont été nivelées depuis longtemps. Leur influence n'est sensible que dans l'orientation des vallées secondaires. Ainsi le Mômling suit un fossé tectonique, oîi les grès en plaquettes et la dolomie du Muschelkalk ont été déblayés par l'érosion rajeunie (coupe, fig. 35). Ce large couloir est la seule route ancienne traversant le plateau boisé ; Michelstadt y avait été fondé dès le viii^ siècle ; les gros villages s'y pressent, et un chemin de fer y draine les produits de la forêt vers le Main.
L'Odenwald gréseux se continue au Nord par le Spessart, qui le relie directement aux plateaux de la Hesse. Mais, si l'on s'avance vers l'Ouest, on voit les aspects changer avant d'atteindre la plaine rhénane. Les sommets ne sont pas sensiblement plus hauts, et il est probable qu'ils représentent encore les restes de la pénéplaine tertiaire (coupe, fig. 35) ; mais le modelé est beaucoup plus fouillé ; on a calculé que la densité des vallées est trois fois plus grande. Leur tracé n'est plus rectiligne, leurs versants sont moins abrupts, leur fond humide est souvent réservé aux prairies. Tandis qu'on peut marcher des journées en-
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tières dans l'Odenwald oriental sans voir une maison, ici, pas un sommet d'où l'on n'aperçoive plusieurs villages. La forêt disparaît devant les cultures, qui couvrent la moitié de la surface. Ces changements répondent à celui de la nature du sol. Le socle hercynien, plus élevé, apparaît ici dépouillé de son manteau gréseux. Sa structure se manifeste, avec des schistes associés à des diorites et encastrés dans le granité ; les vallées commencent à s'adapter à l'ancienne tectonique, en se creusant suivant la direction Sud-Ouest — Nord-Est des plis hercyniens.
La densité de la population augmente du Sud au Nord, en même temps que le relief s'abaisse par une sorte d'ennoyage sous les couches tertiaires et le lœss du Bassin de Mayence. Au Sud, où la forêt couvre encore les trois quarts du sol,
Michelstadt
FiG. 35. — Coupe Ouest-Est à travers l'Odenwald granitique (à l'Ouest) et gréseux (à l'Est). 1, Granité : 2, Grès bigarré massif, ; 3 Grès en plaquettes ; 4, Dolomie du Trias moyen.
elle est de 35 habitants au kilomètre carré, tandis que, au Nord, elle dépasse 100.
Ce pays de petite propriété et de vie agricole serait moins peuplé, si l'activité des centres rhénans voisins n'y excitait comme un écho. Tout le bord de la plaine est en effet une zone commerciale et industrielle connue depuis longtemps sous le nom de Bergstrasse (pl. XXIII, A). La densité de la population, déjà élevée au xviii^ siècle, y a doublé depuis. De grandes villes sont nées au croisement de la Bergstrasse avec les voies pénétrant dans l'intérieur de l'Odenwald. Heidelberg, commandant le défilé où le bas Neckar perce le bord granitique, a été pendant cinq siècles la capitale du Palatinat rhénan. Son site merveilleux, son château dominant la gorge boisée, le charme de ses forêts, de ses faubourgs au-dessus desquels grimpent les vignes, ses souvenirs historiques et son Université datant du xiv^ siècle en font une ville de plaisir et de calme étude (pl. XXIII, B); mais l'industrie commence à y étaler ses usines dans la plaine, et la population a atteint 73 034 habitants en 1925.
Structure du Palatinat rhénan. — Conime les Vosges font face à la Forêt Noire, les plateaux du Palatinat rhénan correspondent à ceux de l'Odenwald ; mais ils s'en distinguent par des différences plus profondes que celles qui séparent les deux massifs jumeaux du Sud.
La Hardt, un peu plus élevée que l'Odenwald occidental, n'a pas le même aspect mamelonné. Au profil tabulaire des sommets, à la raideur des versants, où des escarpements trouent parfois le manteau forestier, on reconnaît les assises puissantes du grès bigarré, qui s'étend ici jusqu'au bord de la plaine. Seules quelques vallées profondes arrivent à percer jusqu'au socle cristallin. Le Palatinat rhénan correspond donc à un compartiment tectoniquement moins soulevé que l'Odenwald vers Heidelberg. Mais, si nous parcourons l'intérieur, nous voyons, en avançant vers le Nord, le sol se relever au delà d'un profond sillon, orienté Sud-Ouest— Nord-Est et souligné par les marais de Landstuhl. Le massif
l'allemagne.
ancien y reparaît, sous une couche de grès permiens. Cette formation, à peu près inconnue dans la Forêt Noire et peu développée dans l'Odenwald, imprime ici à un vaste territoire un cachet particulier, dû surtout aux roches éruptives qui la traversent. Elle laisse apparaître par places les plis hercyniens, orientés du Sud-Ouest au Nord-Est, qui ont certainement encore dirigé les dislocations du manteau de sédiments secondaires. Les sondages et les études géologiques faites pour suivre le bassin houiller de la Sarre et les minerais de fer lorrains ont montré l'existence d'une ondulation synclinale épousant la même orientation et qui a permis la conservation des assises du Trias moyen, ramenant, au cœur du Palatinat, les aspects de la Lorraine (fig. 36).
La structure du sous-sol explique donc ici à peu près tous les contrastes d'un pays peu élevé, mais de relief assez tourmenté, tantôt formé . de plateaux forestiers comme ceux de l'Odenwald, tantôt ondulé et découvert comme la Lorraine, bosselé irrégulièrement et parsemé de petits hameaux dans le Permien, largement modelé dans les schistes houillers, où le sol, naturellement boisé, se couvre de cités minières. Des régions naturelles assez tranchées, avec des noms locaux, correspondent à ces différents aspects.
Les pays du Palatinat rhénan. — La Hardt est le plateau gréseux situé au Sud-Est, incliné doucement vers le Nord et l'Ouest, tombant sur la plaine par un abrupt f aillé (fig. 36). Sa surface est moins monotone que celle de l'Odenwald. Quelques points dépassent 600 mètres, généralement situés sur le bord Est d'un compartiment basculé entre deux failles. Les vallées poussent très loin leurs ramifications, menaçant même les tributaires de la Moselle. La Lauter semble avoir ainsi capturé la tête de l'Erb, dont les eaux vont à la Sarre. De ce côté, la table de grès massif, plus soulevée, se morcelle, en donnant des buttes-témoins coniques, couronnées par une muraille, ou même simplement une aiguille croulante. Ces pittoresques bastions rocheux, se dressant au-dessus des pentes adoucies du grès tendre permien, où le vert des prairies alterne avec les champs aux terres rouges, et se détachant sur un horizon sombre de grands bois, offrent un paysage vraiment original (pl. XXIV, A, B et C).
C'est dans ce district plus ouvert et au bord de l'abrupt dominant la plaine rhénane que s'est concentrée toute la population. De gros villages s'allongent en suivant les couloirs élargis dans le Permien ; des bourgs importants marquent le débouché de chaque vallée dans la plaine, marchés forestiers et vinicoles. Neustadt, commandant la route de Kaiserslautern par la Speyer, est le centre principal du vignoble qui couvre toutes les pentes tournées à l'Est jusque vers Landau (pl. XXV, B) et la capitale d'une petite région industrielle née des ressources offertes par l'eau abondante et les bois, avec des fabriques de pâte à papier, des forges et des tissages.
Dès qu'on s'écarte de cette bordure animée et des vallées taillées jusqu'au Permien, on entre dans la solitude forestière la plus fermée. Admirablement aménagés, avec un réseau de chemins d'exploitation qui courent au flanc de toutes les gorges, ces grands bois, où les conifères se mêlent aux hêtres, sont, pour l'État bavarois, possesseur du Palatinat rhénan, une source importante de revenus.
En avançant vers l'Ouest, on assiste à un changement rapide du paysage : les sommets couronnés de chaos de '^ros blocs disparaissent, de même que les
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profondes vallées, les crêtes se soudent en un plateau, où la forêt devient de plus en plus rare et qui passe bientôt à des collines ondulées, rendues plus monotones par l'extension des champs labourés. Nous entrons dans le Westrich, aux horizons découverts comme ceux des plateaux lorrains. Les villages sont main-
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FiG. 36. — Structure et régions naturelles du Palatinat rhénan.
1, Plateau ondulé de Permien ; 2, Roches éruptives dans le Permien ; 3, Sommets de roches éruptives plus dures. — 4, Plateau de grès et schistes carbonifères assez découpé. — 5, Plateaux tabulaires de jîrès du Trias inférieur. — 6, Placaçe mamo-calcaire Trias moyeni sur les grès du Trias inférieur. — 7, Plateau ondulé de Trias moyen. — 8, Collines de sables et argiles néogènes. — 9, Terrasses quaternaires. — 10, Affleurement du socle cristallin. — 11, Failles. — 12, Gradins d'érosion. — 1.3, Gorge (généralement épigénique). — Échelle, 1 : 900 000.
tenant sur les hauteurs formées par la dolomie du Muschelkalk, qui donne des terres de labour recherchées ; les vallées principales, creusées jusqu'au grès, ont des versants relativement raides, souvent encore occupés par de petits bois, un fond plat, humide, où s'étalent les prairies.
Une dépression, celle de Landstuhl, attire particulièrement l'attention. Bien qu'elle ne soit suivie par aucune grande rivière, elle est la plus large de toutes. Ses marais s'égouttent par le Glan et son affluent la Lauter vers la Nahe et le Rhin, par un petit affluent de l'Oster vers la Blies et la Sarre. Son orientation Sud-Ouest — Nord-Est indique qu'elle est certainement en rapport avec la structure du sous-sol. C'est probablement, dans cette topographie très évoluée, la trace
l' ALLEMAGNE.
d'un sillon subséquent, suivant une « côte » formée par les couches plongeant vers le synclinal du Westrich. Des captures ont dû s'y produire, et l'écoulement reste incertain. La tourbe y est exploitée. Voie de peuplement jalonnée par de gros bourgs, elle est suivie par la route la plus importante du Palatinat, devenue la grande voie ferrée vers Mayence et Francfort (pl. XXV, C).
Au Nord de cette dépression s'étend, jusqu'aux premières pentes du Massif Schisteux Rhénan (Idarwald et Hunsrûck), une région mouvementée qui se rattache au Palatinat, du point de vue physique, bien que la plus grande partie dépende de la Prusse rhénane. De petits massifs atteignant 600 à 700 mètres, aux pentes raides couvertes de forêts, s'y dressent au-dessus d'ondulations molles ne dépassant guère 300 m. (pl. XXV, A). Ils doivent leur relief à la dureté des roches éruptives anciennes, surtout des porphyres, qui traversent, soit les grès permiens, soit les schistes carbonifères. Leur alignement du Sud-Ouest au Nord- Est manifeste l'influence de dislocations épousant la direction des anciens plis hercyniens. Les hauteurs du Kônigsberg et du Potzberg, dominant Kusel, sont encadrées de failles. De vastes épanchements de laves anciennes, consolidant les couches tendres du Permien, leur ont permis, plus au Nord, de braver l'érosion ; le plateau de Birkenfeld atteint encore là 600 mètres. La gorge sinueuse qu'y a creusée la Nahe montre que les cours d'eau principaux conservent, malgré tout, le tracé qui leur a sans doute été imposé par les ondulations du grès, épousant la direction des anciens plis. Les vallées secondaires forment un chevelu très ramifié, dont le développement a fait disparaître, dans le domaine des grès tendres, la surface primitive qui prolongeait sans doute celle de la Hardt, contemporaine de la pénéplaine tertiaire de la Forêt Noire.
Le défrichement ancien, le peuplement en gros villages groupés sur le plateau sec rappelleraient les aspects du Westrich, si l'horizon n'offrait au loin la silhouette d'un massif boisé se dressant brusquement au-dessus des campagnes ondulées et découvertes.
Ces pays du Palatinat rhénan, si variés par leur structure et leurs paysages, n'en sont pas moins, dans l'ensemble, des régions surtout rurales, où la vie semble ralentie, à côté du bassin houiller de la Sarre ou de la plaine du haut Rhin.
Le Territoire de la Sarre. — Le traité de Versailles a fait, de la région industrielle née sur la houille, un pays en marge des- deux États français et allemand, administré par la Société des Nations, jusqu'au moment où un plébiscite doit décider de son sort. C'est une véritable expérience qui semble avoir été tentée. Elle intéresse tout le cercle d'influence du bassin houiller, sans égard aux limites politiques anciennes du Palatinat bavarois et de la Prusse rhénane, ni aux différences d'aspect du sol. Le « Territoire de la Sarre » comprend à peu près tout le pays d'où les mines attirent les ouvriers, bien au delà des schistes carbonifères, dont les collines, fouillées par un chevelu de petites vallées, apparaissent dans la boutonnière que l'érosion a ouverte à travers les plateaux triasiques. I! déborde au delà de la côte calcaire qui l'enveloppe en arc de cercle à rOuest et que la Sarre recoupe plusieurs fois avant de scier en gorge le Massif Schisteux Rhénan pour rejoindre la Moselle. Il dépasse au Nord-Est les collines de grès permien et va jusqu'à ces plateaux mamelonnés, drainés par la Nahe, où les filons et les nappes de roches éruptives anciennes donnent des buttes dont le relief surprend au milieu d'une topographie doucement ondulée.
Pliot. Bcnzinger.