IJ. LE HOLLENÏAL (FORÊT NOIRE
Vallée rajeunie par l'érosion vigoureuse de la Dreisam (versant Ouest) .
G. U., t. IV, Pl. XXI.
Pliot. conini. par l'Agence* des Chemins de fer allemands. A. INTÉRIEUR AVEC ATELIER D HORLOGERIE DOMESTIQUE, DANS LA FORÊT NOIRE,
G. U., t. IV, Pl. XXII.
LES PAYS RHÉNANS DU SUD
Types régionaux du Nord et du Centre. — Les plateaux gréseux, et avec eux la forêt de conifères, prédominent en général au Nord. Mais leur surface bombée est morcelée à l'Ouest par l'érosion des rivières tributaires du fossé rhénan, qui dégagent la plate-forme de la pénéplaine fossile et la découpent en crêtes. La vallée de la Murg marque à peu près la limite de deux régions profondément différentes. A l'Est s'étend le plateau forestier, presque absolument désert (1 hab. au kilomètre carré), à part quelques gros villages fondés en pleine forêt par des colons audacieux, comme la curieuse cité villageoise de Freudenstadt, bâtie en 1599 par des protestants émigrés de Styrie. Toute la population est concentrée dans les vallées. Au confluent de l'Enns et de la Nagold, à l'endroit où le plateau s'abaisse rapidement vers la plaine calcaire découverte du Kraichgau est née la petite ville de Pforzheim, gardienne du passage de la plaine rhénane au haut Neckar, marché déjà connu au moyen âge, mais qui doit surtout son développement à l'industrie moderne de la bijouterie. De 5 300 habitants en 1812, la population est montée à 40 000 à la fm du xix^ siècle et à 78 000 en 1925. On y compte plus de 10 000 ouvriers, répartis entre 300 ateliers.
Du haut de l'escarpement continu de grès qui domine la vallée de la Murg et que suivait la vieille Weinstrasse encore jalonnée par des chapelles, le regard s'étend à l'Ouest sur un pays nouveau : dédale de crêtes et de vallées profondes et larges ; partout des pentes rapides, interrompues seulement sur les versants par des replats qui portent chacun leur ferme ou leur hameau. La forêt ne forme plus un manteau continu ; de larges vides y apparaissent, qui ne peuvent être toujours dus à une exploitation régulière. C'est le domaine des Reutberge, c'està-dire des taillis coupés tous les quinze ans, pour faire une récolte de céréales après écobuage. Ce système est appliqué à 20 p. 100 de la surface. Il dérive d'une lente colonisation forestière qui a progressé suivant les vallées. Les sapinières qui couvrent encore les croupes élevées sont méthodiquement exploitées, les troncs descendus par des chemins de schlitte, flottés sur la Murg et la Rench. De là sont nés au bord de l'eau une foule de petits centres, alors que le site habituel des hameaux est sur les replats dominant le thalweg souvent encaissé. On comptait au début du xx^ siècle 70 scieries le long de la Rench, donnant un revenu de 2 millions de marks. Des moulins, des verreries, des draperies sont nés du voisinage de l'eau et des bois et de l'abondance de la main-d'œuvre. La densité de la population atteint 100 et 200 habitants au kilomètre carré dans les basses vallées ; les arbres fruitiers, pommiers, poiriers, cerisiers, châtaigniers même, parsèment les champs et les prés. Ainsi s'étagent, des sommets à la plaine, une série de zones, que l'œil peut parfois embrasser tout entière : en haut, les croupes sombres couvertes de sapins ; en dessous, les versants raides, domaine des taillis livrés à l'écobuage (Reutberge) ; plus bas, les replats avec les champs et les prés, les fermes et les petits hameaux ; le long du thalweg encaissé, les scieries, les vieux moulins, parfois une verrerie, et, vers l'aval, quand la vallée s'élargit près du débouché dans la plaine, un fourmillement de fermes et de hameaux à demi cachés dans les vergers. Au total, c'est un pays resté profondément rural, ou la population agricole atteint encore 80 p. 100, où la densité est supérieure à 70 habitants au kilomètre carré et continue à s'accroître lentement.
On retrouve à peu près les mêmes aspects économiques dans la partie occidentale de la Forêt Noire centrale, entre l'Elz et la Kinzig. L'abaissement général du relief, dû à des dislocations et à l'extension de la plate-forme tertiaire des
Géoobaphie universelle. — Europe centrale, I. 19
l'allemagne.
avant-monts, est compensé par la nature du sol. Le pays gréseux, dont la limite est marquée à l'Est par la grande faille qui passe au pied du Hûhnersiedel (fig. 33), est plus boisé que la montagne, malgré sa faible altitude. La population y est concentrée en villages dans les vallées au fond relativement large et humide, avec de gros centres au débouché sur la plaine, où des lambeaux de calcaires font apparaître la vigne. Le pays cristallin qui fait suite à l'Est, découpé en crêtes qui s'abaissent lentement vers l'Elz, a été défriché surtout sur les versants tournés au Sud et à l'Est, où s'égrènent une multitude de maisons et de fenils, comme sur les « collines » vosgiennes. Le système des Reutberge y domine. Ce pays tout rural est un des moins peuplés de la Forêt Noire (40 hab. au kilomètre carré).
Tout change au delà de l'Elz, limite aussi tranchée ici que la Murg au Nord, mais pour d'autres raisons. C'est à une dislocation ancienne du massif cristallin qu'est due sans doute la brusque montée des crêtes atteignant d'un bond 900 à 1 000 mètres (coupe II, fig. 33). Elles représentent le bord découpé par l'érosion de la pénéplaine tertiaire, qui s'abaisse lentement vers l'Est, passant insensiblement des granités ou gneiss, mamelonnés et plus humides, aux grès plus secs et plus monotones. Le peuplement de ce pays est naturellement venu de l'Est ; il n'a presque aucun rapport avec la plaine rhénane.
L'agriculteur du haut Neckar, qui a défriché la forêt, a tenu à avoir encore son champ : 49 p. 100 de la surface cultivée sont consacrés à l'avoine, au seigle et aux pommes de terre, 35 p. 100 aux prés, 14 p. 100 aux pâturages. Chacun s'est taillé son petit domaine, qu'il tient à conserver intact ; le droit d'aînesse, inconnu dans le Sud de la Forêt Noire, règne encore ici. Il entraînait généralement l'émigration des frères et des sœurs, en empêchant un accroissement notable de la population ; mais ceux qui restaient ont pu se tourner vers les industries domestiques (fabrication des allumettes, sculpture du bois, tissage du lin, horlogerie), préparant la voie aux usines modernes. Ainsi s'explique la densité générale, relativement faible (30 hab. au kilomètre carré), mais aussi le développement des centres industriels : Triberg, Sankt Georg, Furtwangen, etc.
Les petits métiers du bois et le tissage domestique ont retenu une maind'œuvre dont ont profité les usines. Dans toute la vallée de la Gutach, les cheminées des tissages de toile se succèdent depuis Homberg, dépassant même la ligne de partage des eaux vers Sankt Georg. L'horlogerie, née à Furtwangen au xviii® siècle, est restée plus dispersée ; et, à côté de l'usine de Triberg, qui produit 600 000 montres, 1 500 petits ateliers groupent les 10 000 ouvriers qui fabriquent les horloges et mécaniques réputées de la Forêt Noire (pl. XXII, A).
Types régionaux du Sud. — A la Dreisam commence la Forêt Noire méridionale, partie la plus élevée, mais non la moins riche du petit massif hercynien. Les sommets chauves de 1 200 à 1 400 mètres, couverts de neige pendant six mois, ne sont animés qu'en été par les troupeaux, comme les Hautes Chaumes des Vosges; mais les hautes surfaces granitiques, doucement inclinées entre 1 000 et 700 mètres, se sont montrées favorables à la colonisation agricole ; les avantmonts, surtout calcaires, forment une sorte d'esplanade presque continue au Sud et à l'Ouest. La vallée surpeuplée du Rhin, réservoir de colons, borde aussi de deux côtés la montagne. Des voies de communications anciennes l'entourent, passant aussi au Nord par la Dreisam et la Gutach.
Le climat lui-même a des particularités favorables. La barrière des Vosges
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méridionales, presque aussi élevées que la Forêt Noire, arrête une partie des pluies, et la bordure de la montagne est ici moins pluvieuse qu'au Nord. Le chêne y monte })lus haut, la vigne y prospère comme au pied des Vosges. Les sommets accrochent les nuages, mais les hautes surfaces inclinées vers le Sud-Est échappent aux brouillards qui noient les villes au printemps et en automne. La température y est souvent plus élevée qu'à Bâle et à Fribourg, même en hiver. A plus de 1 000 mètres, la moyenne de janvier de Hohenschwand est égale à celle de Freudenstadt, situé à 750 mètres dans la Forêt Noire centrale, et supérieure de 10,5 à celle de Donaueschingen, situé à 690 mètres sur le haut Danube. En 1888, le mois de décembre a eu comme moyenne 3°,3 à Todnauberg (1 021 mètres). On s'explique l'existence de villages, comme Kandelhof, à 1 177 mètres, le plus élevé de toutes les montagnes hercyniennes. La densité de la population, calculée par zones altimétriques, se relève dans la zone de 800-900 mètres, où elle atteint 81 habitants au kilomètre carré, reste supérieure à 30 dans la zone 800- 1 000 mètres, et est encore de 20 entre 1 000 et 1 100 mètres. Ce peuplement des hauteurs est relativement ancien. Il semble même avoir été jadis plus serré. Les colons tributaires des grandes abbayes, groupés en hameaux dans les parties hautes et relativement larges des vallées, disséminés en fermes sur les plateaux, ont défriché plus de la moitié de la surface. La proportion des prés et pâturages tend à augmenter, sans dépasser toutefois 60 p. 100. Le morcellement de la propriété et les procès qui en résultèrent souvent ont contribué à appauvrir une population laborieuse, qui commence à descendre vers les avant-monts plus riches et les vallées industrielles.
Tout concourait à attirer l'homme sur les avant-monts de la Forêt Noire méridionale : un climat moins humide qu'au Nord, une végétation forestière probablement moins dense, un sol plus chaud formé par les marnes et cailloutis tertiaires recouverts de lœss ou par les calcaires secondaires, des vallées largement ouvertes et des croupes peu élevées, enfin le voisinage du grand fleuve. La densité de la population est actuellement partout supérieure à 100 habitants au kilomètre carré, sauf sur le plateau du Dinkelberg, où les assises horizontales du Muschelkalk remplacent le Lias marneux et donnent un sol sec, partagé entre les céréales et les taillis de chênes. De gros villages s'alignent le long des vallées ; de petites villes occupent le débouché des plus importantes. Celle de la Wiese est une grande rue de Lôrrach à Zell.
A l'Est du Dinkelberg, une dislocation ramène au jour la plate-forme cristalline dégagée du manteau gréseux et entaillée de gorges étroites ; le peuplement y est limité au plateau et surtout aux bords du Rhin, jalonnés de gros bourgs industriels. C'est le développement de l'industrie moderne, au xix® siècle, qui attire de plus en plus les hommes au bord du grand fleuve et dans les basses vallées y débouchant. Les vieux centres comme Schônau, capitale de la brosserie, sont dans l'intérieur de la montagne. Les tissages, les fabriques de cotonnades, les teintureries ont fait la fortune de Lôrrach, comme de Waldshut et de Sâckingen, dont la population a quintuplé en un siècle.
Cette activité est excitée de plus en plus par la vibration du grand centre industriel de Bâle. La frontière ne compte pas pour les matières premières, les produits demi-ouvrés et même les hommes. On tisse pour les filatures de Bâle, qui puisent une partie de leurs ouvriers dans les vallées surpeuplées de la Forêt Xoire.
l'allemagne.
On ne s'étonnera pas que nous ayons insisté sur le mieux connu des massifs rhénans. Il est intéressant d'y suivre les transformations du relief, qui ont dégagé d'un bombement gréseux uniforme le vieux massif arasé, et l'ont découpé en crêtes du côté du fossé rhénan ; comme celles du peuplement, qui, dans l'immense forêt, ont taillé la place de groupements humains actifs, exploitant les bois, cultivant les céréales jusqu'à 1 000 mètres, dressant les cheminées des usines au fond des gorges et au débouché de toutes les vallées.