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C. MANNHEIM. VUE AÉRIENNE SUR LES BASSINS DU NECKAR

Le Binncnhafen et l'Industriehafen.

G. U., t. IV, Pl. XXVI.

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bassin n'est aussi développé dans le sens méridien, aucun ne pénètre aussi loin vers le Sud, jusqu'au bord même de la zone alpine. Large de 40 kilomètres, la plaine rhénane s'allonge, de Bâle à Francfort, sur près de 300 kilomètres, entre 100 et 200 mètres d'altitude. Fribourg est à la latitude de Nantes, Mayence, à celle d'Amiens. L'air qui baigne ces plaines est plus doux que dans aucune autre partie de la zone hercynienne. Pour l'Allemand du Nord, c'est déjà ici le Midi, avec les blés remplaçant les champs de pommes de terre ou de seigle, avec la vigne, les cerises et les pêches, mûrissant au soleil d'août.

L'abri des vents d'Ouest a donné ici, comme d'habitude, un climat plus sec et plus excessif ; mais le froid des hivers est moins sensible que la précocité des printemps et la chaleur des étés. On oublie que le thermomètre peut s'abaisser jusqu'à 20° au-dessous de 0, en songeant qu'il n'est pas rare de lui voir dépasser 35° en juillet et août. La moyenne de janvier est partout comprise entre 0°,5 et 1°,3, celle d'avril, entre 9° et 10°,3, celle de juillet, entre 18o,5 et 20°,5. La moyenne annuelle varie de 9°,3 à 10°, 4. Le printemps éclate, avec les premières feuilles et les fleurs, deux mois avant que la neige ait disparu du Feldberg dans la Forêt Noire. Orienté de l'Est à l'Ouest, le fossé rhénan n'aurait pas joui aussi pleinement des avantages du climat continental dans une situation relativement méridionale. On s'en rend compte en constatant la position privilégiée des parties abritées directement par la Hardt et le Taunus, ou par le petit massif du Kaiserstuhl, qui suffit pour assurer à Fribourg-en-Brisgau une moyenne de janvier de 1°,1.

L'homme n'a point effacé du sol l'empreinte du climat, accusée par la végétation primitive. De grandes forêts couvrent encore les terrasses caillouteuses ou sableuses ; le chêne y domine, associé souvent au charme, remplacé sur les sols maigres par le pin. Elles n'ont certainement jamais envahi les plaques de lœss, où la charrue retourne souvent une terre noire et où les céréales alternent avec des cultures industrielles. Sur les coteaux calcaires où grimpe la vigne, le botaniste et le zoologue trouvent encore des espèces méridionales, indiquant un sol sec où ne poussaient que de maigres taillis. Les déplacements du lit du Rhin entretenaient, parmi les fourrés d'aulnes et de roseaux, des grèves découvertes.

Cette alternance de forêts, d'espaces ouverts, de terrasses sèches et de plages humides forrr ait le milieu le plus favorable au riche développement de la faune, et l'homme dut y être attiré de bonne heure, autant par les avantages de la chasse et de la pêche, que par ceux de la circulation et les facilités de la culture. La zone d'inondation du Rhin, pourtant restreinte par les endiguements, est encore le domaine d'un peuple d'oiseaux aquatiques, la grande voie suivie par les migrateurs vers le Sud. Dans les plaines de lœss, on trouve partout les ossements des grands herbivores et des petits rongeurs de steppe, à côté des traces de l'industrie néolithique. Dans les forêts même, des tumulus nombreux livrent des objets de l'âge du bronze, indiquant des relations commerciales très étendues avec les pays du Nord et ceux du Sud, Dès ce moment apparaissent les avantages de la situation géographique. La trouée de Belfort conduit, par la Saône et le Rhône, vers la Méditerranée ; le sillon du Rhin suffit à ouvrir un chemin vers les grandes plaines du Nord. Le fossé qui canalise ainsi la circulation du Nord au Sud n'empêche pas les échanges de l'Est à l'Ouest ; ses bords s'abaissent vers Saverne et Pforzheim, offrant un passage facile vers les plateaux lorrains et les riches pays du Neckar. Favorisée par son climat, sa végétation et sa faune, la plaine rhénane est encore un carrefour de routes prédestiné.

l'allemagne.

Ces avantages expliquent la précocité de son peuplement et l'essor de son développement économique ; mais ils sont eux-mêmes le résultat de l'évolution du sol, qui a ouvert une large trouée dans l'ancien massif hercynien, et, d'un lac s'écoulant au Sud, a fait une plaine drainée vers le Nord. En essayant de préciser ces épisodes, on peut aussi rendre compte de maintes différences locales.

Évolution du sol. — L'uniformité est moins grande que ne le fait croire un coup d'œil sur une carte d'atlas. Le Rhin coule partout dans une zone déprimée, mais non pas partout dans une plaine alluviale. Sa pente, très faible au Nord, augmente progressivement vers l'amont : de K^ehl à Mayence, sur 200 kilomètres à vol d'oiseau, il n'a que 60 mètres de chute ; de Bâle à Kehl, sur 100 kilomètres, il descend de 100 mètres. A son entrée dans la plaine, il est encaissé dans ses alluvions anciennes ; plus loin, il coule à fleur du sol, et sa zone d'inondation s'élargit de plus en plus ; à l'extrême Nord, il ronge de nouveau une haute terrasse d'âge tertiaire, découpée en collines par des ravins nombreux. La prédominance, ici, du déblaiement, là, de l'accumulation, dépend d'événements géologiques plus ou moins anciens.

On sait que la formation de la dépression rhénane date de loin. A l'Oligocène existait déjà un long golfe marin, pénétrant du Sud jusqu'au pied du Taunus et certainement sans communication avec les mers du Nord. Des couches de plus en plus saumâtres, argiles, sables fins, marnes et calcaires à cérithes comblent ce golfe changé en lac, puis en plaine alluviale. Mais, jusqu'au Pliocène, c'est toujours un cul-de-sac fermé au Nord. Le Rhin s'écoulait encore vers le Sud-Ouest par la trouée de Belfort ; car on suit les cailloux alpins du Sundgau jusqu'au bassin de la Saône. L'aspect actuel de la plaine rhénane n'est pas seulement le résultat d'un affaissement, mais de la large érosion des dépôts tertiaires, consécutive à l'établissement du drainage vers le Nord. Les sommets tabulaires des collines de la Hesse rhénane, atteignant 250 mètres entre Worms et Mayence, sont les témoins de l'ancienne plaine alluviale qui avait succédé au lac ; elles correspondent aux avant-monts les plus bas de la Forêt Noire, formés souvent de Tertiaire, vers 350 mètres. La différence d'altitude semble indiquer qu'un mouvement de bascule vers le Nord n'a pas été étranger au changement de direction du Rhin. Tandis que le grand fleuve creusait un sillon étroit à travers le Massif Schisteux, il pouvait, aidé par de nombreux affluents, déblayer en amont les couches tertiaires meubles. Ce travail était déjà très avancé quand les glaciations alpines, provoquant vers Bâle des alternatives d'érosion et de remblaiement, formèrent les terrasses qui descendent rapidement vers le Nord.

Il n'est pas douteux que des affaissements locaux aient continué à se faire sentir à la même époque ; des sondages en ont fourni la preuve sur le bas Main et le Neckar, où l'on a trouvé des alluvions, avec coquilles identiques à celles du Rhin actuel, au-dessous du niveau de la mer. La zone d'affaissement correspond à celle où l'accumulation continue, les rivières coulant à fleur de sol avec une pente très faible et changeant facilement de lit. Le Neckar lui-même a déplacé son embouchure de 50 kilomètres, ainsi qu'en témoignent d'anciens méandres parfaitement reconnaissables encore. La Murg, la Rench, la K^inzig coulaient jadis parallèlement au Rhin, comme attirées vers le Nord. Les chenaux artificiels par lesquels on leur a assuré un débouché plus direct ne suffisent pas au

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drainage ; des dépressions longent le bord oriental de la plaine, ofi l'eau sourd au pied des cônes de déjections.

Ainsi les vicissitudes de l'histoire du sol se reflètent dans ses aspects différents, ajoutant autant de contrastes à ceux qui résultent des nuances du climat. La densité du peuplement, l'intensité et l'orientation de la vie économique varient suivant ces influences. Chaque coin de cette plaine, en apparence si uniforme, prend ainsi une physionomie géographique propre.

Aspects régionaux. — La large zone d'inondation du Rhin, frontière plus rigoureuse qu'une montagne, sépare les deux bandes de plaine, allongées du Xord au Sud, celle de l'Ouest plus large et plus sèche, celle de l'Est plus étroite et plus humide. Des deux côtés, les relations économiques et politiques se nouent avec les régions accidentées voisines. Le Brisgau s'étend à la bordure de la Forêt Noire méridionale. Les formations politiques — duché de Bade, Hesse, Palatinat rhénan — débordent partout sur les hauteurs forestières et les plateaux agricoles qui encadrent la plaine. Le morcellement politique d'une région dont l'unité physique est au premier abord si frappante souligne les contrastes locaux.

La plaine du Brisgau, qui fut longtemps une des possessions occidentales de la Maison d'Autriche, rappelle les aspects les plus riants des collines suisses. C'est un étroit couloir entre le cours impétueux du Rhin et là Forêt Noire, encore resserré par la masse adventive du Kaiserstuhl, ancien volcan que l'érosion a réduit à un squelette et dont le lœss couvre les pentes inférieures. Partout la vigne escalade les versants. Dans le Kaiserstuhl, elle est l'objet de soins particuliers (21 p. 100 des cultures) et garnit des terrasses soutenues de murettes. Les cerisiers entourent des villages groupés au débouché des vallées de montagne ou au pied des terrasses anciennes, comme le Tuniberg. Les champs, où se montre parfois le maïs, s'étalent dans la plaine, dont la sécheresse est due, non seulement au climat, mais au sol caillouteux en pente assez forte. Partout, une impression d'aisance et de vie facile. La forte densité de la population (100 à 150 hab. au kilomètre carré) est un phénomène ancien. Dans ce pays, resté plus rural qu'aucune autre partie de la plaine rhénane, l'activité industrielle qui anime les vallées de la Forêt Noire n'a guère dépassé les environs de Fribourg, oîi les vieilles industries locales, tanneries et forges, cèdent de plus en plus la place aux tissages.

Au Xord de la Dreisam, la plaine badoise offre une physionomie nouvelle. Elle est plus large et beaucoup plus humide; la pente transversale est insuffisante pour assurer le drainage, l'eau sourd à la surface, formant des marécages ; ailleurs, de grandes plages de cailloutis ou de sables restent couvertes de forêts ; le lœss est plus rare qu'au Sud et de l'autre côté du Rhin, en Alsace. Pendant longtemps, le peuplement est resté limité ici au pied des hauteurs, à cette Bergstrasse que jalonnent les bourgs. La conquête de la plaine était pourtant achevée avant les temps modernes. Le dernier épisode en a été la canalisation du Rhin, au xix^ siècle, qui a permis de gagner sur la zone d'inondation 70 kilomètres carrés et a facilité le défrichement de 119 kilomètres carrés de forêts.

La densité qu'a acquise le peuplement dans cette bande de terre disputée aux forêts et aux inondations est surprenante. Elle dépasse partout 100 et atteint 250 à 300, surtout dans la Bergstrasse. Ce n'est pourtant ni un pays de grandes villes, ni une région de grande industrie. Karlsruhe et Mannheim sont les seules cités de plus de 100 000 habitants. C'est par un pullulement deviflages, entourés

l'allemagne.

de cultures riches et de bourgs évoluant vers la petite ville, que se sont formées ces masses de populations laborieuses. Agriculture, industrie et commerce sont partout associés ici d'une façon étroite. La petite propriété domine, et les soins donnés aux terres, l'usage intensif des engrais chimiques permettent de produire, non seulement la betterave dans les terres fortes gagnées sur les limons du Rhin, mais, sur les terres légères, le houblon, le chanvre, le pavot et surtout le tabac. Le duché de Bade est devenu le grand pourvoyeur des fumeurs allemands. On y compte par centaines les fabriques de cigares ; et la plus grande partie du tabac, qui y est travaillé par 58 000 ouvriers, provient du pays lui-même. Cette culture minutieuse, mais très rémunératrice, a gagné de plus en plus aux dépens du chanvre et du pavot. Elle occupe une poussière de parcelles de moins de 1 hectare, souvent aux mains de familles d'ouvriers (fig. 37). Le houblon, pourvoyeur des brasseries, gagne aussi, et même avec plus de régularité que le tabac.

Dans presque toute la Bergstrasse, les vergers ont remplacé le vignoble et donnent des revenus sûrs qui font monter de plus en plus le prix de la terre. C'est par trains entiers que partent les cerises de Schriesheim et Handschusheim vers les grandes villes du Nord. Des fabriques de conserves absorbent une bonne part de la production.

L'activité industrielle, née des cultures, est allée plus loin, et les bourgs alignés au pied de la montagne ont tous des usines. Bruchsal (16 469 hab.) n'est pas seulement connu pour ses cigares, mais pour ses meubles. Lahr (14 075 hab.) et Ofîenburg (16 613 hab.) ont des tissages. Mais la petite ville de Bade (25 692 hab.), abritée dans sa vallée, est demeurée un centre de villégiature. Heidelberg (73 000 hab.) appartient à la plaine par ses quartiers industriels, si le site primitif en fait une ville de l'Odenwald. Karisruhe, création artificielle des grands-ducs au milieu des forêts, est devenu un carrefour de voies ferrées importantes et même, par un canal de 2 kilomètres le reliant au grand fleuve, un port rhénan. A côté de la résidence élégante, dont le parc passe à la forêt, le commerce et l'industrie ont créé vers le Sud une nouvelle ville où l'on construit des locomotives fabrique des machines à coudre et des cycles. La population, portée à plus de 100 000 habitants au début du xx^ siècle, a atteint, en 1925, 145 694 âmes.

Mannheim est le grand port rhénan au confluent du Neckar, en face de Ludwigshafen, et se rattache géographiquement à cet essaim de cités qui pare la plaine hessoise.

La plaine du Palatinat, qui fait face à la plaine badoise, est plus large, plus sèche, moins surpeuplée. Comme en Alsace, une sorte de glacis de cailloutis couvert de lœss s'étend au pied de la montagne, découpé par de larges vallées au fond humide où s'étendent des prairies ou des bois. Les villages se groupent au bord de ces vallées, plutôt que sur les hauteurs sèches, où s'allongent les sillons des riches labours. Le blé est ici la céréale la plus cultivée ; le tabac gagne du terrain. Au pied de la montagne, nous retrouvons les fruits et la vigne, les bourgs tapis au débouché de chaque ravin, les marchés devenus des centres industriels, comme Dùrkheim et Neustadt (20 726 hab.). Mais ces centres sont moins nombreux et moins importants. Les cultures riches ne jouent pas le même rôle dans la plaine.

Vers le Rhin, la forêt couvre encore une grande partie de la basse terrasse. A part Ludwigshafen, la berge même du Rhin ne montre que de vieilles cités impériales, riches de souvenirs, ports relativement peu importants et centres d'industries secondaires, comme Spire qui dépasse à peine 25 000 habitants.

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Worms, connu par ses cuirs, et qui atteint 47 000 âmes, est déjà dans la Hesse.

La Hesse rhénane est la partie la plus vivante de tout le fossé rhénan. A la richesse du sol et aux avantages du climat s'ajoutent ici ceux de la position géographique. Sur la grande voie du Rhin se greffent la route du Nord par la Vetteravie, celle de l'Est par le Main et celle de l'Ouest par les plateaux du Palatinat. Les Romains avaient compris l'importance de ce carrefour, et leur empreinte n'a nulle part été plus forte sur les pays rhénans. Le commerce et l'industrie moderne y ont multiplié les grandes villes et concentré une population d'une densité extraordinaire,

L'Ouest est resté pourtant un pays agricole. Le coude du Rhin y enserre un plateau atteignant 300 mètres d'altitude, qui semble un témoin de l'ancien fond du fossé rhénan, avant l'érosion consécutive à l'enfoncement du lit du fleuve dans le Massif Schisteux Rhénan. Ce sont des couches tertiaires peu résistantes, sauf le calcaire à cérithes, dont la croûte sèche apparaît au haut des pentes abruptes rongées par le Rhin ou dans les ravins de quelques affluents. Voilées par le lœss ou les sables, elles forment la surface du plateau, plate-forme sèche, probablement découverte dès les

premiers temps de l'occupation humaine et où les champs occupent les neuf dixièmes de la surface. C'est presque l'aspect de la Beauce. Ce pays de grande culture a une densité de population relativement forte (130 hab. au kilomètre carré), due surtout aux vignobles et aux cultures maraîchères installées sur ses bords. Les ceps garnissent les pentes raides, jadis boisées, dominant le Rhin de-

FfG. 37. — Carte économique de la plaine rliénane.

1, Limites de la plaine. — 2, Villes complant moins de 50 000 liabitants ; 3, De 50 000 à 100 000 habitants ; 4, De 100 000 à 200 000 habitants ; 5, De 200 000 A 400 000 habitants ; 6, Plus de 400 000 habitants. — Industries : 7, Soulif^ne les noms des villes où se trouvent des industries métallurgiques ; 8, Des tissages ; 9, Des industries chimiques. Les lettres suivantes, près des noms de villes, désignent : (m), minoteries ; (t), manufactures de tabac, cigares ; (c), tanneries, maroquineries ; (H), Confections. — Cultures riches : 10, Vignobles ; 11, Vergers ; 12, Tabac. — Échelle, 1 : 1 000 000.

l' ALLEMAGNE.

puis Worms. C'est de là que viennent les deux tiers de la production de la Hesse (500 000 hectolitres en 1913) et près du tiers de toute la récolte de l'Allemagne. Les légumes et les arbres fruitiers sont installés sur les sols légers, sablonneux, près de Mayence, et gagnent de plus en plus, en empiétant sur les céréales. La grande ville voisine n'est pas seule à absorber les produits d'une culture très soignée, qui donne aux villages de cette zone un air d'aisance.

Au delà du Rhin s'étend la plaine qui paraît presque sans limites, tant les reliefs de l'Odenwald et du Spessart y plongent doucement. Les forêts y font encore de grandes taches, couvrant les alluvions sableuses de l'ancien Neckar et du Main. Les espaces découverts correspondent au lœss, qui voile l'extrémité de l'Odenwald, et à la zone des méandres de l'ancien Neckar, colmatés par une argile lourde, mais fertile. Les champs couvrent seuls 80 p. 100 sur le lœss ; les prairies s'y associent sur les terres argileuses. Des deux côtés, les villages se pressent ; la population rurale, déjà très dense au milieu du xix^ siècle, a augmenté en cinquante ans de 30 p. 100, atteignant une densité de 150 habitants au kilomètre carré.

Les grandes villes et l'industrie. — Toutes les conditions sont réunies ici pour créer les concentrations urbaines : croisement de routes commerciales, milieu de populations denses et actives, traditions remontant à l'époque romaine, reprises au moyen âge, développées aux temps modernes. Les capitaux se sont accumulés depuis des siècles, et l'esprit d'entreprise est partout éveillé. Si les matières premières de la grande industrie font défaut, le Rhin les amène à bon compte. L'essor du bassin houiller de la Ruhr a retenti sur les industries de la Hesse rhénane ; elles y puisent le charbon et le fer qui alimentent la métallurgie de transformation, poussée jusqu'aux fabrications les plus fines empruntant presque tout leur prix à la main-d'œuvre. Elles tirent du sol tout ce qu'il peut donner aux industries de l'alimentation et du vêtement. Enfin elles s'orientent vers les produits chimiques dont la houille est la base (fig. 37).

Les grands centres sont sur le Rhin ou à proximité. Darmstadt et Wiesbaden font seuls exception. Le premier est, comme Karlsruhe, une création artificielle, capitale des landgraves de Hesse, restée ville de résidence jusqu'à ce que le croisement de plusieurs voies ferrées l'ait vivifiée. Autour de la vieille ville aux rues étroites s'étend, sur une grande surface, la ville neuve, aux larges avenues régulières, où voisinent les fabriques de produits chimiques, de machines, de meubles, les brasseries et les imprimeries. La population n'atteint pas cependant 100 000 habitants (1925:89 465). Wiesbaden est une des plus grandes villes d'eaux de l'Allemagne, comptant, avec ses faubourgs de villas élégantes qui grimpent sur les premières pentes du Taunus, 102 737 habitants.

Les deux cités jumelles de Mannheim (247 486 hab.) et Ludwigshafen (101 869 hab.) sont, par contre, essentiellement des ports rhénans et de grands centres industriels, groupant ensemble 350 000 âmes, près de 400 000 avec la ceinture de faubourgs usiniers qui entoure particulièrement Mannheim.

De la vieille ville, étalée au confluent du Neckar, rien n'est resté après les dévastations de la guerre de Trente ans. C'est une cité nouvelle, aux rues en damier, que les ducs ont édifiée à l'abri des digues, entourée d'une vaste enceinte en demicercle. Avant le grand essor de la navigation à vapeur sur le Rhin, rien ne faisait prévoir son développement rapide. Le port, avec ses bassins creusés dans la

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presqu'île du confluent en 1840, a dû être entièrement refait en 1875, et a été de nouveau agrandi avant 1900 (pl. XXVI, B et C). En même temps, la ville débordait de l'enceinte transformée en jardins, soit au Nord vers le port, soit au Sud vers les gares, soit au delà du Neckar vers les nouveaux bassins installés dans l'ancien bras du Rhin. Pendant longtemps, la navigation s'est arrêtée à Mannheim, et le transbordement sur rail des matières premières lourdes a naturelle-

FiG 38. — Francfort-sur-le-Main.

1, Le noyau primitif ; 2, La ville du xiv^ siècle ; 3, Les quartiers modernes. — 4, Voies ferrées. 5, Parcs. — 6, Bois. — Échelle, 1 : 75 000.

ment fait surgir les usines. 30 p. 100 de la population vit du commerce, 50 p. 100 de l'industrie. Au premier rang vient la métallurgie de transformation, allant jusqu'à la construction des chaudières, des machines agricoles et des machinesoutils ; puis les industries chimiques. De grandes minoteries transforment les grains que le Rhin amène et qu'emmagasinent de vastes silos. Le jute est tissé, et la cellulose est extraite du bois, près des dépôts du nouveau port. La maind'œuvre vient en partie des environs par trains spéciaux et par tramways. Mais des foyers secondaires s'allument tout autour : Kâfertal fabrique des glaces ; la métallurgie, à Neckarau, l'industrie chimique, à Rheinau, groupent 4 000 à 5 000 ouvriers.

En face du grand port badois, Ludwigshafen a su maintenir sa position, en se spécialisant surtout dans les industries chimiques. C'est une véritable cité qu'a édifiée au bord du Rhin la grande société connue sous le nom de Badische Anilin-und-Soda-Gesellschaft ; alignée sur un kilomètre, elle couvre une surface de 300 à 400 hectares et emploie 18 000 ouvriers. Toute une légion d'ingénieurs chimistes y étudient dans les laboratoires les mieux équipés les fabrications va-

Géocbaphie itniversei I e. —

Europe centrale, I.

l'allemagne.

riées : produits colorants et pharmaceutiques, engrais chimiques, nitrates synthétiques (pl. XXVI, A).

Rarement l'élan de l'Allemagne vers l'industrie et le commerce éclate avec une ardeur plus juvénile que dans les deux villes jumelles nées près du confluent du Neckar. A Mayence et à Francfort, le passé est moins étoufîé par le présent, pourtant encore riche de promesses.

La Mayence dorée (goldene Mainz) est une des plus vieilles cités rhénanes, camp, puis ville romaine, commandant un passage relativement facile du grand fleuve, près du confluent du Main ; dans la suite, ville impériale et ville forte maintes fois assiégée et plus ou moins ruinée. Longtemps comprimée par son enceinte, dont la citadelle représente les derniers restes, la vieille cité aux rues tortueuses, avec ses églises et ses monuments parlant du passé, paraît endormie, à côté de la ville neuve qui s'y est ajoutée à l'Ouest. Mais il faut aller encore plus loin pour saisir toute l'activité de ce centre, dispersée dans une série de ports annexes et de villes satellites. Gustavsburg, avec ses bassins creusés au bord du Main, attire de plus en plus le trafic ; c'est là que sont les chantiers de construction des bateaux et qu'est établie une des plus importantes fabriques de "wagons du Sud de l'Allemagne (pl. XXVII, A). A quelques kilomètres plus loin, Rûsselheim fabrique des automobiles. A l'Ouest, du côté de la Peters Aue, Mombach, sur la rive gauche, et Amôneburg, sur la rive droite, font des constructions mécaniques variées. Mayence elle-même n'a guère que des brasseries, fabriques de cuir, imprimeries. La croissance de la population, si rapide au xix^ siècle depuis la démolition des fortifications, s'est arrêtée aux 100 000 âmes (108 537 en 1925).

Francfort est un centre plus vivant, avec un rayonnement qui va plus loin encore. Comme Mayence, c'est une ville-pont et un carrefour. Mais sa rivière n'est que le Main, franchi par la Bergstrasse, qui se prolonge au Nord par le couloir de la Vetteravie. Rome n'avait établi là qu'un camp, et la fortune de la ville ne date que du ix^ siècle (fig. 38). Elle est due à l'esprit d'initiative d'une bourgeoisie qu'anima de bonne heure l'esprit de négoce, renforcé par l'établissement d'une colonie juive, qui a créé un centre bancaire de premier ordre. L'accumulation des capitaux a rendu possible un développement harmonieux, où le goût de l'ordre et parfois même de la grandeur s'allie au respect du passé. Dès le milieu du xix^ siècle, Francfort avait un cachet d'urbanisme, avec de larges artères, des bâtiments publics imposants, qui donnent encore au centre de la ville un air de richesse solide, sans cette arrogance qui frappe dans des villes de développement plus récent. La démolition des fortifications avait créé des boulevards verdoyants, l'ancien marché aux chevaux avait donné la fameuse Zeil ; cependant le noyau primitif aux ruelles étroites était conservé comme un musée, avec son Rômer doré aux portes sculptées, ses maisons en encorbellement, aux façades peintes encadrant la place où l'on défonçait jadis les barriques de vin aux jours de l'élection de l'Empereur germanique (pl. XXVII, B).

L'ère des chemins de fer a créé à Francfort un nœud important de rails, et la canalisation du Main en a fait un port rhénan. Malgré Mannheim, une partie du trafic a pu y être retenu par les bassins creusés à grands frais et admirablement équipés en amont de la ville (pl. XXVII, C).

L'agglomération s'accroît sans cesse depuis cinquante ans, bourgeonnant sur les deux rives du Main que franchissent sept ponts, gagnant surtout vers le

l'hut. Jiuclwesliluut,sulie LurivcrUi-liis A. (1.

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