LES PRÉ ALPES DE BAVIÈRE
Reliefs et paysages préalpins. — La frontière allemande, capricieusement tracée à travers les Préalpes calcaires du Nord, ne laisse à l'Allemagne qu'une petite partie de l'Algâu, le bassin de l'Iller. La voie ferrée qui suit la vallée depuis Kempten et se glisse par le couloir longitudinal de l'Ache, pour atteindre le lac de Constance, déroule les paysages riants des chaînons de mollasse. Mais déjà, à Immenstadt, on est surpris par la silhouette hardie des hauts massifs qui forment un fond de tableau grandiose. En continuant à remonter vers le Sud, on se heurte aux barrières formidables des Mâdelegabel (2 640 m.) ou de l'If en (2 230 m.), blocs de karst alpin, dont les escarpements calcaires dominent des pentes boisées. De ce côté, aucun passage vers les couloirs longitudinaux des Alpes orientales.
Il n'en est plus de même à l'Est du Lech, dont le cours alpin échappe entièrement à l'Allemagne. Jusqu'au débouché de l'Inn, la frontière bavaroise atteint les crêtes qui marquent à peu près les limites des bassins de la Loisach et de l'Isar. C'est un pays de montagnes tour à tour riantes et sauvages, qu'on parcourt avant de la franchir, mais sans rencontrer de difficultés, jusqu'à ce qu'on atteigne des seuils de 1 200 mètres d'altitude (Fernpass, 1 210 m. ; Seefeldpass, 1 185 m.), d'où l'on descend sur le grand sillon tirolien de l'Inn.
Les reliefs sont des chaînes orientées Est-Ouest, parfois hardies, mais
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courtes, que séparent des couloirs à la fois transversaux et longitudinaux. Le régime des plis serrés y domine, avec déversement vers le Nord. La mollasse disparaît à peu près complètement sous les moraines qu'ont déposées au Quaternaire les glaciers préalpins, puissamment renforcés par les courants dérivés du glacier de l'Inn. Le flysch lui-même ne donne qu'une série de croupes discontinues. Ce sont les couches secondaires chevauchant le flysch qui constituent presque toute la montagne ; le Crétacé et le Jurassique forment un premier rideau de chaînons boisés ne dépassant pas 1 600 à 1 800 mètres, puis ce sont les grandes crêtes rocheuses du Trias dolomitique, aux escarpements ruiniformes, qui s'élèvent à près de 3000 mètres, déchiquetées par des cirques, parfois même casquées de neiges éternelles (Wetterstein, avec sa Zugspitze, 2 963 m.) (pl. XLV, B, et XLVI, A). L'alpiniste parvenu sur ces cimes sauvages découvre à ses pieds un paysage singulier. Des couloirs assez larges s'insinuent dans toutes les directions entre les blocs calcaires, coulées de prairies d'un vert clair tranchant sur les tons sombres de la forêt de conifères, parfois même cuvettes humides où brille un lac (Plansee, Eibsee, Leermos). Il s'agit d'un réseau de vallées, établi dans les couches les moins résistantes, qui ont été élargies par les courants de glaces et encombrées de moraines, mais restent suspendues au-dessus du profond fossé de l'Inn. Au bord de la montagne, les lacs ou les plaines marécageuses se multiplient (Walchensee, Kochelsee, Stafïelsee, etc.) (pl. XLV, A). L'écoulement des eaux suit des tracés singuliers, explicables, soit par surimposition, soit par barrage glaciaire. L'alternance des chaînons boisés, souvent percés en cluses par les rivières, des plaines torrentielles, des tourbières et des nappes d'eau, compose des paysages qui ont inspiré les fantaisies d'un des derniers rois de Bavière. Ses châteaux ajoutent à leur charme et contribuent à attirer le flot de touristes qui se répand par les routes pénétrant dans les couloirs jusqu'aux passages vers le Tirol.
La frontière bavaroise suit, à l'Est du col d'Achen (941 m.), la crête du Mangfallgebirge, coupée, comme par un coup de sabre, par la brèche de l'Inn qui débouche dans le bassin de Rosenheim. Elle suit au delà le fleuve, en sorte que la Bavière ne possède plus, au Sud des moraines et plaines marécageuses du Chiem see, que les premiers chaînons boisés des Préalpes. Mais, avant de remonter définitivement vers le Nord, le long de la Salzach, elle bondit une dernière fois au Sud jusqu'aux plus hautes cimes calcaires. C'est le petit pays de Berchtesgaden, rattaché à la Bavière au début du xix^ siècle (1810), qui a longtemps mené une existence à part, sous l'autorité de ses souverains ecclésiastiques. Un amphithéâtre grandiose de grands causses alpins entoure et isole presque complètement la dépression verdoyante, que draine difficilement la Berchtesgadener Ache. La pyramide du Watzmann (2 714 m.) et les plateaux sauvages du Steinernesmeer (2 651 m.) dominent de 2 000 mètres la nappe bleue du beau Kônigssee et le bassin où s'est nichée la capitale de ce petit pays alpin (pl. XLVI, B).
Les touristes ne sont pas seuls à être attirés par le charme et le pittoresque de ses paysages ; peu de coins des Alpes ont autant piqué la curiosité des savants, et, grâce à la profondeur des érosions, on a pu en déchiffrer la structure tectonique. Plusieurs nappes de charriage ont superposé ici des masses calcaires d'âge et de faciès divers, généralement inclinées vers le Nord, comme les sommets euxmêmes. Les calcaires dolomitiques du Trias (Dachsteinkalk) forment les blocs les plus massifs (Hagengebirge, Steinernesmeer) ; les couches schisto-gréseuses
Géocbaphie univebselle. — Europe centrale, I. 30
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(Werfenerschiefer principalement) ont permis l'évidement par l'érosion des dépressions verdoyantes. D'anciennes surfaces d'érosion tertiaires sont conservées sur les hauts plateaux calcaires, actuellement transformés en désert de pierres, criblés de dolines et zébrés par les fentes des lapiés.
L'ÉCONOMIE ALPINE EN BAVIÈRE. — Daus l'eusemble, les Préalpes bavaroises sont un pays pauvre, plus sévère par son climat que bien des régions plus élevées des Hautes. Alpes centrales, voué par la nature à la forêt, que les hommes ont peuplé assez tard et seulement en suivant les couloirs où la circulation est relativement facile.
D'un bout à l'autre, on enregistre des précipitations annuelles de plus de 1 500 millimètres ; les nuages s'accrochent aux premiers chaînons pendant des semaines. Dans les vallées vers 600 mètres d'altitude, la température moyenne est à peu près celle de Kônigsberg (7°). Les couloirs longitudinaux ont au moins un versant plus favorisé par l'insolation, mais les vallées Nord-Sud sont souvent enneigées jusqu'en mai. Dès le retrait des glaciers, la forêt a pris possession du sol, sauf le long des thalwegs ravagés par les crues torrentielles, sur les escarpements calcaires et les talus de pierrailles constamment nourries par les éboulis. Elle reste maîtresse après des siècles de colonisation, couvrant encore plus de la moitié de la surface. Sa limite très basse (1 600 à 1 700 m.) laisse un quart à la région alpine ; mais les déserts de pierre des plateaux calcaires et les fourrés de pins couchés sur le sol tiennent plus de place sur les hauteurs que les prairies. A peine compte-t-on 3 p. 100 de sol cultivé et seulement 17 p. 100 en moyenne d'herbages. L'habitat humain est étroitement confiné dans les vallées et les couloirs évidés par l'érosion dans les roches non calcaires ; nulle part il ne s'élève plus haut que 900 mètres, sauf dans le bassin si bien abrité de Berchtesgaden, et la densité de la population ne dépasse presque jamais 10 habitants au kilomètre carré.
La grande propriété a contribué à la conservation des forêts, autant que la raideur des versants et la pauvreté du sol. Les bois, appartenant encore à l'État ou à la noblesse, sont parmi les mieux soignés de toutes les Alpes ; au bord des eaux se succèdent les scieries, et les cabanes forestières se dressent à la croisée des chemins s'enfonçant dans la solitude. On flottait encore les bûches sur l'Isar au début du xx^ siècle, et les villageois au teint plus bronzé, aux yeux plus noirs, contrastant avec le type ordinaire du Bavarois blond, passent pour les descendants des Italiens qui se livraient depuis des siècles à ce métier. L'exploitation forestière et les industries s'y rattachant jouent encore un rôle aussi important que l'élevage, réduit aux prairies des fonds, en l'absence de pâturages alpins sur les sommets pierreux.
Le dépeuplement qui sévit généralement dans les montagnes pauvres est pourtant ici peu sensible. Les Bavarois, qui se sont établis autour des monastères à partir des xi« et xii^ siècles seulement, ont constitué un peuple de paysans vigoureux et joyeux, épris de chants et de danses, aimant les costumes voyants, mais pieux et respectueux de l'autorité. Oberammergau perpétue les traditions des mystères du moyen âge.
Les voies ferrées pénétrant dans quelques vallées et prolongées par de bonnes routes ont contribué plutôt à retenir ces gens, naturellement attachés à leur foyer, par le développement du tourisme et la renaissance ou la création de petits centres industriels. Tout Munich se répand en été dans les vallées jusqu'à la frontière du
l'Iiot. Œbterreicli Vcrkclusu erb.
A. LA ZUGSPITZE (2.963 m.) VUE DE LERMOOS.
Type des chaînes calcaires très abruptes des Prëalpes bavaroises, aux pentes inférieures entièrement boisées.
Fhot. Benzinger.
B. LE KŒNIGSSEE (PAYS DE BERCHTESGADEN) .
Fond du lac, avec les sommets du Steinernesmeer.
G. U., t. IV, Pl. XLVI.
LES ALPES ET LE PLATEAU SUBALPIN
Tirol, et Berchtesgaden voit partir des bandes de touristes si nombreuses vers l'admirable Kônigssee que les bateliers gagnent plus, assure-t-on, à les transporter qu'à cultiver en céréales une surface égale à celle du miroir où se reflètent les sauvages escarpements calcaires.
L'aménagement des forces hydrauliques, commencé assez tard, progresse rapidement. Une des centrales électriques les plus puissantes est celle qui utilise la dénivellation de 200 mètres entre le Walchensee et le Kochelsee, produisant 120 000 CV. L'utilisation de la houille blanche a profité un peu partout aux scieries et aux industries du bois ; elle a contribué à l'extension des textiles dans la vallée de l'Iller voisine du Vorarlberg.
Cependant aucun centre de 10 000 habitants ne s'est développé dans la montagne. Kempten (21 874 hab.) est déjà au milieu des moraines du plateau subalpin. Immenstadt et Sonthofen, malgré leurs tissages, ne comptent que 4 619 et 1 178 âmes. Le semis des chalets bavarois aux vastes toits et aux balcons fleuris se condense en quelques agglomérations de 2 000 à 3 000 âmes aux carrefours de couloirs où les schistes et les moraines donnent un peu de sol cultivable, comme à Garmisch sur la Loisach, que domine l'orgueilleuse silhouette de la Zugspitze, et surtout dans la conque verdoyante de Berchtesgaden, où l'industrie des bois et le tourisme font vivre un bourg de 3 772 habitants.
Les Préalpes bavaroises restent une sorte de parc national plutôt qu'une pièce essentielle de l'organisme économique de l'Allemagne.
//. — LE PLATEAU SUBALPIN
Aspects généraux. — Le glacis, incliné vers le Danube, qui s'étend à une altitude moyenne de 400 mètres entre les Préalpes bavaroises, les plateaux calcaires du Jura Souabe et les croupes granitiques du Bôhmerwald est la partie la plus dilatée de ce grand couloir subalpin qui va de la Savoie à l'Autriche. On sait qu'il doit son ampleur à l'évanouissement des plis du Jura suisse et à l'écartement des hauteurs tabulaires du Jura Souabe (fig. 54).
Dans ce vaste champ qui s'ouvrait à eux, les glaciers débordant des vallées alpines ont pu s'étaler, sans le submerger complètement comme en Suisse, et leurs moraines ne couvrent qu'une zone de 50 à 60 kilomètres de large, bordant la montagne. Au Nord et surtout au Nord-Est, le sous-sol de mollasse apparaît, modelé par l'érosion en croupes arrondies. Réglée depuis longtemps par le niveau de base danubien, cette érosion n'a pas eu la même vigueur qu'en Suisse, où elle était excitée par l'enfoncement du Rhin entre les Vosges et la Forêt Noire ; l'aspect de plateau continue à dominer ici. L'écoulement des eaux est en voie de régularisation, et, si quelques lacs subsistent, barrés par des amphithéâtres morainiques (Ammersee, Wùrmsee, Chiemsee), la plupart des bassins terminaux ont été déjà comblés par les alluvions (plaines de Kempten sur l'Iller, de Rosenheim sur rinn, de Salzbourg sur la Salzach). La descente des eaux et des débris de la zone morainique est plutôt trop rapide au gré du Danube, chargé de les évacuer, et des marécages tourbeux signalent l'engorgement du chenal collecteur (Donau Moos, Donau Ried).
Vaste plaine entre des hauteurs dont les moins élevées le dominent encore de plus de 100 mètres, le plateau danubien est, dans l'ensemble, relativement sec
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et très continental. Tout le long du Danube, les précipitations sont inférieures à 70 centimètres, et il faut remonter jusqu'à Munich pour trouver plus de 80. L'hiver, où elles tombent sous forme de neige, est sans doute la saison la plus sèche, mais le ciel y est souvent voilé de brouillards, pendant les périodes de hautes pressions barométriques qui s'accompagnent de températures très basses. En janvier, les trois quarts de la région sont enveloppés par l'isotherme de — S». L'été est relativement chaud au pied des Alpes ; juillet atteint partout 17° à IS». Encore ces moyennes ne permettent-elles pas d'imaginer les extrêmes, qui atteignent au bord du Danube et de l'Isar — ]8'',4 et 31o,5.
A ce climat sévère devait naturellement correspondre une végétation forestière d'un type plus septentrional que dans les parties suisse ou autrichienne du couloir subalpin. On ne s'étonne pas de voir ici dévastes espaces encore couverts par la sapinaie, ni de traverser de grandes tourbières semées de pins rabougris. La densité moyenne de la population, qui dépasse en Suisse 100 habitants au kilomètre carré, reste ici voisine de 50. Il a fallu une colonisation tenace pour créer ou élargir les clairières aptes aux cultures, et le pays a dû peut-être davantage à son caractère de voie de passage qu'à ses ressources propres. Les Romains y avaient fortement marqué leur empreinte par des fondations de villes qui subsistent encore, places de commerce au débouché des voies transalpines et sur le chemin de l'Orient. C'est aux tribus germaniques qui ont pris possession du sol du iv^ au vi^ siècle qu'est dû le caractère du peuplement rural. Si l'habitat dispersé est généralement la règle dans les moraines au voisinage des Alpes, le groupement en villages tend à prédominer à l'Ouest dans le domaine de la colonisation souabe, tandis que le semis de fermes rappelant le chalet alpin se retrouve partout dans l'Est, peuplé par les Bavarois.
Collines de la Haute-Souabe et plateau bavarois. — Cette différence, si sensible dans le paysage, est loin d'être la seule. Les caractères du relief et son histoire ne sont pas les mêmes de part et d'autre du Lech. La disposition même du réseau hydrographique trahit un contraste qui frappe à la vue de la carte, aussi bien que sur le terrain. D'un côté, c'est un faisceau de rivières qui descendent droit au Nord, découpant le plateau en longues croupes allongées ; de l'autre, le faisceau se déploie en éventail, l'écoulement paraissant attiré de plus en plus vers l'Est ; en même temps, la densité des thalwegs diminue, et, au lieu de collines assez accidentées, c'est le régime des plateaux qui prévaut.
Ces différences paraissent dues en grande partie aux mouvements du sol qui auraient affecté l'avant-pays alpin jusqu'à la fin du Quaternaire. L'allure de la surface d'érosion préglaciaire, déterminée par les études détaillées de A. Penck, en suivant le contact des moraines avec la mollasse, paraît être celle
Légende de la figure 54 :
1 , Plateau calcaire du Jura Souabe. — 2, Massif cristallin de Bohème. — 3, Plateaux de mollasse non plissée, découpés en collines dans le Nord-Est. — 4, Mollasse et Flysch plissés formant le boi'd des Préalpes ; chaînons discontinus noyés dans les moraines. — 5, Chaînes et plateaux des Alpes calcaires, crêtes courtes et parfois très abruptes séparées par des couloirs gorgés de moraines. — 6, Buttes volcaniques du Hegau. — 7, Moraines anciennes et traces de leur vallum frontal. — 8, Moraines de la dernière glaciation et leurs fronts. — 9, Buttes morainiques allongées dans le sens de l'écoulement des glaciers (type de drumlins). — 10, Témoins des nappes d'alluvions fluvio-glaciaires les plus anciennes (Dcckenschotter) , collines au sol pauvre, souvent boisées. — ■ 11, Témoins des nappes fluvio-glaciaires correspondant aux moraines de l'avant-dernière glaciation (haute terrasse). — • 12, Nappes d'alluvions fluvio-glaciaires de la dernière glaciation, formant des plaines (Feld), des couloirs au milieu de 7, 10 et 11, ou découpées en terrasses (du côté du Danube). — 13, Ancien bassin lacustre. — 14, Tourbières. — ■ 15, Gradins d'érosion. — 16, Cols. — Abréviations : M. G., Mâdelegabel ; L., Lermoos ; Z. S., Zugspitze ; S. F., Seefeldpass ; K. G., Kaisergebirge ; W. Watzmann.
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d'une pénéplaine, qui a été gauchie et même disloquée. Fortement relevée à l'Ouest du Lech, elle l'a été beaucoup moins, si même elle ne s'est pas affaissée, du côté de Munich.
Le résultat a été une reprise du creusement dans la Haute-Souabe à chaque période interglaciaire, en sorte que les dépôts des glaciations successives apparaissent emboîtés et facilement reconnaissables, tandis que, du côté relativement affaissé, les dépôts anciens sont noyés dans le remblai des plaines fluvio-glaciaires étalées en avant des dernières moraines frontales.
L'opposition est encore accentuée par le fait que la Haute-Souabe correspond à la partie la moins large du couloir, en sorte qu'elle a pu être presque entièrement recouverte par la glaciation. Lors de l'avant-dernière extension, le glacier du Rhin débordait même sur le Jura Souabe ; plusieurs vallées sèches profondément burinées dans le plateau calcaire, avec des méandres tels qu'un grand fleuve seul peut en dessiner, représentent les chenaux que le Danube, rejeté vers le Nord, a dû se creuser au bord des moraines frontales. Le chemin de fer suit un de ces chenaux, en abandonnant la vallée actuelle, de Ehingen à Ulm par Blaubeuren (voir plus haut, p. 214 et fig. 49).
Les moraines a l'Ouest de l'Iller et les rives du lac de Constance. — Les moraines anciennes du glacier du Rhin couvrent presque tout le pays à l'Ouest de l'Iller, jusqu'aux environs du faîte de partage des eaux avec le Danube, qui est formé par la crête la plus haute et la plus avancée des moraines de la dernière glaciation. Le contraste est frappant entre le relief glaciaire ancien, déjà modifié par le ruissellement ou les glissements sur les pentes, et le chaos des moraines récentes où le drainage commence à peine à s'organiser, où des marécages et des tourbières occupent souvent les dépressions qu'encerclent des bosses boisées. Le peuplement a progressé lentement dans ce pays humide et froid, surtout dans la zone des moraines récentes, où les fermes isolées, avec leur toit aplati couvert de grosses pierres, les prairies conquises sur les fonds humides et sur la forêt donnent déjà une impression de montagne. Sur les moraines anciennes, où le sol a eu déjà le temps de se former, les champs tiennent plus de place, et les maisons se groupent en villages.
Cependant une bonne partie de la zone des moraines récentes est relativement favorisée, grâce à l'influence de la vaste nappe d'eau du lac de Constance (Bodensee). Le bassin terminal du glacier, barré par l'amphithéâtre morainique, a fonctionné comme centre de drainage, soit pendant les périodes interglaciaires, soit depuis le retrait définitif des glaces, et les vallées des petits cours d'eau qui y convergent forment un réseau où l'écoulement s'est assez vite organisé. Au Nord, la vallée de la Schussen ouvre ainsi un couloir à travers les crêtes morainiques jusqu'à Ravensburg et Weingarten. Vers l'aval, les digitations de l'Ueberlingersee et de l'Untersee représentent les parties noyées de pareils sillons. Souvent la mollasse est mise à jour par ces érosions, et même, à l'Ouest de l'Untersee, le calcaire du Jura Souabe affaissé apparaît, traversé de pointements volcaniques. C'est la petite région du Hegau, avec son singulier paysage de pitons phonolitiques, restes des cheminées d'anciens volcans tertiaires, dominant une campagne agricole bien cultivée ; avec ses grosses sources nourrissant l'Ache, où Breuzinger devinait, dès le xviii^ siècle, la réapparition des eaux du haut Danube, infiltrées dans les calcaires de l'Alb.
LES ALPES ET LE PLATEAU SUBALPIN
Sur tout le pourtour du lac, la masse énorme des eaux, profondes de plus de 250 mètres, agit comme un régulateur des variations thermiques. Fricdrichshafen a une moyenne de janvier de — lo,6, contre — 3o,3 à Biberach. Les vergers et même la vigne prospèrent sur les pentes dominant le lac ; ils remontent la vallée de la Schussen jusqu'à Ravensburg (pl. XLVII, A).
La densité de la population est trois fois plus forte que sur les hauteurs morainiques, les villages groupés remplacent le semis des fermes, et toute une série de petites villes sont nées, soit dans un bassin morainique, comme Ravensburg, soit au bord même du lac, comme Constance et Friedrichshafen. Le commerce y fleurit depuis longtemps, et l'industrie moderne y a trouvé une main-
FiG. 55. — Profil et perspective schématiques des terrasses fluvio-glaciaires du plateau subalpin dans la région où elles sont emboîtées et découpées en lanières par l'érosion.
Dessiné d'après les deux feuilles à 1 : 100 000, Laupheim et Mindelheim. Coupe de l'Est à l'Ouest, vue vers le Nord, sous un angle de 30 degrés. — Les graviers des hauteurs (Deckcnschotter) , représentés par des ronds, reposent sur la mollasse isrrisé transversal) et forment des collines ondulées boisées (Holzstôcke : H S). Les terrasses moyennes sont sèches. La basse terrasse est généralement très humide [Ried] (figuré de prairies, en traits interrompus). Noter les vallées abandonnées de riller et de la Wertach, tout en Ried. — • M, Mindelheim.
d'œuvre déjà exercée. A Ravensburg, ce sont les textiles qui dominent (jute et chan\Te), mais une maison suisse y a établi une filiale de ses ateliers de construction de machines. Friedrichshafen (11 289 hab.) est connu par ses grandes installations de navigation aérienne et ses chantiers de dirigeables. Constance (31 252 hab.) est le centre le plus ancien, né autour du pont fortifié, presque sur l'emplacement des palafittes. Son enceinte, maintes fois reconstruite, abritait, avec la cathédrale et les couvents, des entrepôts célèbres dans toute l'Allemagne du Sud. Après la destruction des murailles au xix^ siècle et l'aménagement du port avec ses larges quais, Constance est devenue la tête de ligne d'une navigation active. Mais l'industrie y joue un rôle modeste, et la population dépasse à peine les 30 000 âmes.
A part cette zone lacustre, le pays des moraines à l'Ouest de l'Iller est, dans l'ensemble, monotone et triste. Les conditions changent à l'Est de la rivièrr rapide qui se jette dans le Danube à Ulm.
Les COLLINES entre Iller et Lech. — Le relief s'ordonne et se précise ici, car la dernière extension glaciaire n'a guère dépassé le pied des Alpes, les hauteurs de mollasse, couronnées d'alluvions anciennes, apparaissent déchiquetées comme en lanières par un réseau de couloirs, qu'ont remblayé les eaux de fonte de la dernière glaciation (fig. 55).
Le dispositif n'est pas sans analogie avec celui qu'on observe dans la Suisse centrale. Mais la morsure de l'érosion a été moins profonde, les dénivellations dépassent rarement 100 mètres. Le contraste entre les collines et les vallées apparaît cependant très nuancé, et, en traversant de l'Ouest à l'Est, on voit se
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succéder des aspects variés. Sur les hauteurs atteignant 500 et 600 mètres, le maigre sol des graviers anciens décomposés (Deckenschotter) porte de sombres forêts de sapins (Holzstôcke). Une surface de remblaiement plus récente a laissé comme témoins des terrasses vers 500 à 550 mètres (Horhterrasse) ; les graviers y disparaissent généralement sous le lœss, donnant un sol sec et fertile où s'allongent les labours. Mais, quand le remblai n'a pas été recreusé, la vallée morte peut être presque inondée par les eaux suintant au pied des hauteurs de mollasse, et l'homme n'a pu qu'y gagner des prairies sur le marais (Ried). Plus bas s'étalent les plaines de cailloux grossiers de la dernière glaciation, justement appelées Feld. L'Iller y a déjà découpé une basse terrasse assez sèche semée de villages ; le Lech y divague au Sud d'Augsbourg, s'encaissant plus en aval.
Ces aspects alternés définissent un pays qui n'est pas sans charmes, mais où les contrastes du relief sont réduits, le climat uniformément sévère, les ressources assez maigres. Les coupures des vallées, au lieu de favoriser la circulation, s'y opposent, car c'est de l'Ouest à l'Est que s'orientent les courants commerciaux. Nous sommes en présence d'un pays rural, de peuplement moyen, sans villes notables en dehors d'Augsbourg (165 522 hab.), dont l'importance dépasse le cadre de la région. Memmingen (14 049 hab.), près de l' Hier, comme Kaufbeuren, sur la Wertach, ne sont que des marchés de bétail. C'est au contact avec la montagne qu'il faut chercher de petits centres industriels comme Fùssen et surtout Kempten (21 874 hab.), si bien niché au milieu d'un bassin glaciaire entouré de bourrelets morainiques, avec ses filatures et ses fabriques d'instruments de précision.
Les moraines du plateau bavarois. — A l'Est du Lech s'étend le plateau bavarois, glacis plus uniforme en général, mais à pente plus accusée (pl. XLVII, B) ; plus pauvre vers le Sud où les grands glaciers de l'Isar et de l'Inn ont empilé d'énormes masses de moraines, plus riche au Nord et au Nord-Est où la mollasse s'étale, découpée par de larges vallées.
Au premier coup d'œil sur une bonne carte d'échelle moyenne, on voit les larges festons des moraines frontales dessinant le bord des lobes de glaces au moment de la dernière extension, les lacs encore assez nombreux et assez étendus (Ammersee, Wurmsee, Chicmsee) et les plaines humides des bassins déjà remblayés, enfin les champs de cailloutis (Felder), étalés en avant du vallum externe, qui noient ici presque tous les restes des glaciations antérieures. Ces paysages variés défilent devant le voyageur suivant la grande voie de Vienne par Augsbourg, Munich, Rosenheim et Salzbourg. Le chaos des moraines rappelle les aspects analogues de la Souabe, avec un peu moins d'extension des bois de sapins sur les bosses, un peu plus de cultures dans les dépressions. Mais le vert des herbages et des forêts domine encore, les villages sont bien rares.
La plaine de Rosenheim est le plus vaste des bassins terminaux remblayés. C'était un ombilic profond, dont l'attraction sur le drainage explique les singuliers coudes de rivières, comme la Mangfall, et la convergence de tout un faisceau de petits cours d'eau vers la montagne. La plaine alluviale que l'Inn a substituée au miroir des eaux est encore à 200 mètres en contre-bas des moraines. Humide et souvent inondée, elle a pourtant attiré les hommes. Ses brouillards, ses froids parfois très vifs sont coupés de belles éclaircies quand le fœhn débouche de la montagne ; ses étés sont relativement chauds. Les champs peuvent
Phot. von der Trai)i)en.