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B. VERSANT DE LA VALLÉE DU GLACIER DE L'AAR INFÉRIEUR

Par-dessus la crête de l'énorme moraine, on voit deux petits glaciers affluents, dont vui, en voie de retrait, découvre un lit en foi inc d'auge. Entre eux, le versant poli et moutonné jusqu'à un épaulenient repi'ésente le lit du glacier jirincipal au Quaternaire.

U., t. IV, Pl. IV.

LE RELIEF. LES ALPES

On peut encore avoir quelque idée de cet aspect au centre du massif de la Jungfrau, quand on se trouve sur la Concordiaplatz du giacier d'Aletsch.

Cette submersion des Alpes sous la glace n'a cependant pas duré pendant tout le Quaternaire. L'étude des moraines et des terrasses a montré partout qu'il y a eu deux phases de grande extension, séparées par une période de climat sans doute plus chaud et plus sec, pendant laquelle la glace s'est retirée jusqu'au fond des hautes vallées. En Wurtemberg et en Bavière, A. Penck a cru pouvoir distinguer deux autres phases glaciaires plus anciennes. Il est certain que l'avantdernière glaciation (Rissien) a été partout la plus étendue, la dernière (Wurmien) a encore débordé sur toute la plaine suisse jusqu'au pied du Jura. Les périodes interglaciaires ont été généralement bien plus longues que les périodes glaciaires ; celle qui a précédé le Rissien représenterait, d'après A. Penck, à elle seule autant de siècles que tout ce qui a suivi.

Voilà des faits géologiques d'une importance capitale pour l'explication du relief alpin : l'action des glaciers n'a pas été continue, mais a été à plusieurs reprises interrompue par de longues périodes où l'érosion des eaux courantes a repris tous ses droits. Si nous nous rappelons encore qu'une érosion fluviale vigoureuse avait dû précéder la glaciation, comme conséquence du soulèvement de la fin du Pliocène, nous devons conclure que les formes d'érosion développées au Quaternaire ne méritent pas le nom de formes glaciaires ; l'épithète qui leur conviendrait le mieux serait celle de fluvio-glaciaires, qui a été appliquée aux. dépôts marquant l'extrémité des glaciers.

C'est naturellement dans les hautes vallées qu'on a chance de trouver le cachet glaciaire le plus frappant ; c'est là, en elïet, que les glaciers ont séjourné le plus longtemps et que les périodes interglaciaires ont été le plus réduites. Si l'on descend vers l'aval, on observe des formes complexes, car les périodes interglaciaires ont duré plus longtemps, et la part de l'érosion fluviale devient de plus en plus grande. Il semble indiqué de commencer par les formes simples.

Cirques, auges, verrous, vallées suspendues. — Par un temps clair et une lumière favorable, on peut, sans s'élever de plus de 1 000 mètres, trouver un belvédère permettant d'embrasser d'un coup d'œil tout l'ensemble des formes caractéristiques du modelé des hauts massifs. La ciselure délicate des crêtes paraît due au développement de niches que nous appelons des cirques (en allemand, Kar). Le profil de la vallée est généralement celui d'une sorte de fossé, d'une auge, dont la largeur étonne quand on considère la raideur des pentes ; à une certaine hauteur apparaît toujours un ressaut, comme un épaulement, signalé par des prairies, ou par des cultures et des habitations si l'altitude n'est pas trop forte. On remarque que les vallées affluentes ne débouchent pas de plainpied, mais restent suspendues au-dessus du fond de la vallée principale ; leurs eaux tombent en cascade ou disparaissent au fond de gorges souvent impraticables, sciées dans le gradin de confluence (pl. V, A). Si l'on peut embrasser d'un coup d'œil toute la vallée jusqu'à son origine, on est frappé par les brusques variations de pente du thalweg, en rapport avec des étranglements et des élargissements. La rivière disparaît dans des gorges sauvages, entaillant des sortes de barres qui semblent fermer complètement la vallée comme des verrous (pl. V, B), et s'étale dans des bassins au fond plat d'alluvions, quand elle ne se perd pas dans un lac. Tous ces faits ne sauraient s'expliquer par un rajeunisse-

l'europe centrale.

ment torrentiel ; l'empreinte glaciaire y est parfaitement nette. A côté des cirques, entourés d'escarpements rocheux, au fond encombré d'éboulis, où brille parfois la nappe d'eau d'un petit lac entre les roches moutonnées, on voit souvent des niches toutes pareilles occupées encore par la glace. Un entonnoir d'érosion torrentielle doit nécessairement se transformer en cirque quand les neiges éternelles s'y installent (fig. 8). Les formes alpines, crêtes déchiquetées, et pics dont l'escalade passionne l'alpiniste, sont dues au développement de cirques voisins, qui rongent la montagne, ne laissant subsister que des arêtes aiguës échancrées de cols étroits, ou même, quand s'affrontent plus de deux amphithéâtres, des pyramides à trois ou quatre pans (Cervin, Weisshorn, etc.) (pl. II; IV, A).

Le profil en auge de la vallée porte aussi le cachet glaciaire ; sa forme en U est celle des lits de glacier récemment abandonnés (pl. IV, B). Mais déjà l'épaulement qu'on remarque au-dessus des « grands versants » est une forme plus complexe, en rapport avec la reprise d'érosion qui a précédé la glaciation ; l'auge était une vallée rajeunie en V aigu, elle est devenue un lit glaciaire en U.

Les gradins eux-mêmes pourraient s'expliquer par le rajeunissement fluviatile, mais non les contre-pentes du thalweg, qui sont naturelles dans un fond de lit glaciaire. Les verrous ont dû correspondre à des lieux de pente plus forte où l'érosion des glaces était réduite. Les séracs des glaciers actuels apparaissent, en effet, sur les ruptures de pente dues à un rétrécissement du lit ou à une inégalité de sa pente, et il est bien évident que le rajeunissement préglaciaire a dû créer une multitude d'accidents de ce genre (fig. 8).

Le cachet glaciaire est particulièrement net dans le cas des vallées suspendues. Le fond du lit de deux glaciers affluents peut naturellement n'être pas raccordé, si le courant principal est beaucoup plus puissant, comme le fond de deux rivières de débit très inégal ; car ce sont bien des lits de glaciers quaternaires que nous appelons vallées glaciaires. Mais l'ampleur de la différence de niveau et surtout les verrous qui se dressent sur le gradin de confluence barrant la vallée suspendue obligent à trouver une explication plus complexe. Il faut songer encore au rajeunissement torrentiel préglaciaire, dont l'avance a été suffisante dans les vallées principales pour que les affluents y débouchent par une section rétrécie, sinon même par une rupture de pente (fig. 8). D'où un retard plus marqué encore dans le creusement des lits de glaciers secondaires.

Souvent les vallées en auge finissent par un amphithéâtre qui n'est pas précisément un cirque, mais comme un bout du monde. C'est évidemment la marque du point extrême atteint par la vague d'érosion préglaciaire qui remontait les thalwegs. Au-dessus, quand les glaciers n'occupent pas les hauteurs, on voit souvent s'étendre de hautes surfaces mamelonnées, que dominent des pics hardis. Ce sont, la plupart du temps, des restes du modelé de maturité pliocène, échappés au rajeunissement. Les névés quaternaires s'y sont étalés, comme sur les fjelds de Norvège, et leur érosion irrégulière explique le modelé confus, fait de bosses moutonnées et de cuvettes souvent occupées par de petits lacs. Ce paysage très caractéristique est celui qu'on observe aux abords de beaucoup de cols : Gothard, Cenis, Simplon, etc.

Formes complexes des grandes vallées. — L'empreinte du modelé glaciaire, partout évidente dans la haute montagne, n'apparaît pas aussi nette-

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ment, il faut l'avouer, quand on descend les grandes vallées. C'est qu'elle est superposée à celle du rajeunissement par l'érosion fluviale, qui a précédé la glaciation et qui a ensuite alterné plusieurs fois avec elle.

Ce qui frappe d'abord, dans le panorama d'une grande vallée alpine, tel que celui qu'on découvre de Vermala sur le Valais (pl. VI), ce n'est nullement le profil classique de l'auge glaciaire, mais plutôt la série de banquettes étagées sur les versants. Là sont les prés ou les cultures, faisant une tache claire dans le manteau forestier qui drape les fortes pentes. Au printemps, la neige les souligne encore mieux. Ce sont les Ebenen du Haut- Valais et des Grisons, les piani italiens, les replats ou replatons de la Haute-Savoie.

Signalés par Rutimeyer et Heim, avant qu'on ait reconnu l'empreinte du modelé glaciaire dans le relief des Alpes, ces replats ont été considérés comme de simples terrasses, marquant une série de reprises de l'érosion. Mais l'irrégularité de leur pente est telle qu'on devrait, pour l'expliquer, faire intervenir à chaque pas des dislocations quaternaires. En réalité, ils correspondent à plusieurs phases alternatives de creusement fluvial et d'érosion glaciaire, celle-ci tendant à élargir le profil pour se rapprocher l'auge, celui-là pressé surtout d'approfondir le thalweg pour réaliser le profil d'équilibre.

La preuve en est donnée par les verrous et les vallées suspendues, étagées à des niveaux correspondant souvent à deux ou trois replats. Au-dessus de la gorge sauvage entaillée dans le verrou qui barre la vallée, on observe presque toujours, en effet, le profil d'une ancienne vallée, très étroite comparativement au bassin voisin, puis, plus haut encore, celui d'une autre, comme si le verrou

FiG. 8. — Évolution des formes glaciaires haut-alpines.

En haut, modelé préglaciaire (sur l'avant du bloc, un trait discontinu indique le profil de la vallée mûre avant le rajeunissement). — Au milieu, aspect delà glacia tion, avec indication des séracs sur les gradins qui correspondent à des débouchés de vallées secondaires ou à une rupture de pente de la vallée principale (noter aussi l'épaisseur réduite des glaciers affluents). — • En bas, relief après disparition des glaciers (noter le cirque correspondant à un bassin de réception torrentiel dans la topographie préglaciaire, les vallées suspendues avec verrous, correspondant à des glaciers affluents et à leur débouché avec séracs, le verrou dans la vallée principale correspondant lui-même à un gradin glaciaire).

avait toujours persisté sur place. Chaque période d'érosion fluviale interglaciaire tendait à raccorder par une gorge les deux bassins voisins ; la glaciation suivante trouvait encore un profil rétréci, brisant la puissance de l'érosion glaciaire (fig. 9).

De même, au-dessus du gradin de confluence, d'où l'affluent tombe en cascade, on observe souvent la section d'une vallée étranglée, qui devait être suspendue au-dessus de la vallée principale à un stade de creusement antérieur, correspondant à un replat bien marqué sur son versant (pl. VI). Le raccordement tendait à s'établir à chaque période interglaciaire par le creusement d'une gorge, mais la glaciation suivante rétablissait le désaccord en accentuant le gradin.

Les lacs subalpins et le surcreusement. — L'empreinte glaciaire semble s'efi'acer de plus en plus dans le modelé quand on descend les grands fleuves jusqu'au bord des Alpes ; les basses vallées du Rhône, du Rhin, de l'Inn, de l'Adige sont de longues plaines alluviales, d'où surgissent parfois des îlots rocheux. Mais soudain apparaît, près du débouché dans la plaine, un trait géographique inexplicable par l'érosion normale : c'est un lac aux eaux profondes de plusieurs centaines de mètres. Des moraines barrent sans doute l'écoulement, elles relèvent certainement le plan d'eau du lac de Constance, comme du Léman, du lac de Garde et des autres lacs italiens. Mais les rivières en sortant mordent la roche en place ; le fond du bassin lacustre est nettement en contre-pente, parfois au-dessous du niveau de la mer. C'est ici que le mot de surcreusement, créé par les théoriciens de l'érosion glaciaire pour expliquer les bassins et les vallées suspendues, semble trouver vraiment son application. Mais on ne saurait le comprendre sans rappeler que la part du glacier dans l'approfondissement est relativement réduite par rapport à celle du fleuve qui lui a montré la route et qui a repris le travail à chaque période interglaciaire.

Quand on descend les grands fleuves alpins, on voit les bassins alternant avec les verrous prendre de plus en plus d'extension, la roche en place n'apparaît plus que tout à fait exceptionnellement. Le profil d'équilibre devait être bien près d'être réalisé, sinon avant la glaciation, au moins dans les périodes interglaciaires les plus anciennes, pour des vallées aussi profondément creusées que celles de l'Inn et de l'Adige. A partir de ce moment, le glacier, reprenant possession de la vallée, pouvait la creuser au-dessous du profil normal, même au-dessous du niveau de la mer : c'est le véritable surcreusement. Le rôle du fleuve se réduisait, dans la période interglaciaire suivante, à remblayer tout ce qui était au-dessous du profil d'équilibre ; et les verrous eux-mêmes pouvaient être noyés. Une nouvelle glaciation pouvait, après avoir balayé les alluvions, reprendre le creusement. Ainsi seulement s'expliquent les bassins lacustres subalpins, prolongés par les plaines alluviales que Te remblaiement fluvial postglaciaire a gagné sur les eaux. On y reconnaît encore des têtes de verrous noyés, formant des îles au milieu du lac ou dressant au mflieu de la plaine une bosse rocheuse moutonnée. Parfois des vallées suspendues sont elles-mêmes noyées ; on voit des gradins affleurer à peu près au niveau des eaux de lacs profonds comme le lac Majeur.

L'ÉROSION postglaciaire. Torrents et éboulements. — C'est à peine si cent siècles nous séparent de'^la dernière invasion glaciaire ; pendant ce temps, l'érosion normale a repris à son compte le modelé. L'empreinte glaciaire serait

Phot. Emni. de Martonne.

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