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B. — VERROU GLACIAIRE DE ZERNETZ (BASSE-ENGADINE

G. U., t. IV, Pl. V.

LE RELIEF. LES ALPES

plus évidente encore sans le travail des torrents, sans les glissements de versants et les grands éboulements qui se répètent depuis que les premiers hommes sont apparus au bord des Alpes. Au moment où se sont élevées les cités lacustres de la Suisse et de la Savoie, les rivières avaient déjà gagné sur les eaux des kilomètres de plaine alluviale. Un coup d'œil sur une carte d'atlas assez détaillée suffît pour voir comment les lacs de Thun et de Brienz sont les restes d'une vaste nappe coupée en deux par un delta, comment l'Adda a isolé du lac de Come le petit lac Mezzola.

Cette descente des alluvions indique une vigoureuse érosion d'e la montagne. Partout l'énergie vive des eaux s'emploie à détruire les ruptures de pente, à

FiG. 9. — Évolution du profil d'une vallée alpine.

1, Premier profil fluvial ; 2, Second profil fluviEil ; 3, Troisième profil fluvial (il se confond avec le second profil, à partir du point Dl. — I, II, III, Profils o-laciaires succédant aux profils fluviaux 1, 2 et 3. — 4, Lacs ou remblaiement dans les bassins glaciaires ; 5, RemblEuement dans les bassins glaciaires creusés au-dessous du profil d'équilibre (surcreusement vrai). — Après la glaciation III, le verrou C'est noyé dans les alluvions, qui font une plaine continue de A à E.

masquer ou effacer les contre-pentes dues au travail des glaciers. Les gradins de confluence et les verrous sont entaillés par des gorges, les bassins changés en lacs sont déjà, pour la plupart, comblés par les alluvions. Les versants de l'auge glaciaire ne peuvent maintenir leurs pentes trop raides. Partout, les torrents les attaquent ; favorisés par le déboisement, ils ont ravagé des districts entiers, étalant d'énormes cônes de déjections caillouteuses au pied de profondes ravines.

La fonte des neiges ou les grandes averses imbibant les pentes argileuses déterminent chaque année des glissements. L'eau pénétrant par les fentes ou les plans de stratification inclinés peut faire plus, et l'on voit des pans entiers de montagne s'effondrer tout d'un coup, ensevelissant un village entier, barrant la vallée changée en lac. Ces accidents ne sont que les répliques de catastrophes plus terribles encore, qui ont suivi presque immédiatement le recul des glaciers. On a pu retracer l'histoire de ces buttes de roches broyées par la violence du choc, entre lesquelles le Rhône cherche sa route près de Sierre (pl. VI), comme de l'énorme éboulis de Flims, barrant la vallée du haut Rhin, qui a dû scier là une gorge profonde de 400 mètres.

Tous ces phénomènes, par lesquels la montagne manifeste une sorte de vie physique intense, n'ont pourtant qu'à peine estompé la vigoureuse empreinte de la glaciation quaternaire. Torrents et éboulements s'attaquent aux pentes trop fortes et comblent les contre-pentes ; l'érosion normale travaille à émousser les angles, elle ne les a pas encore fait disparaître.

Ainsi, les derniers épisodes de l'histoire des Alpes sont bien les plus décisifs.

Cependant, il n'est pas permis d'ignorer les plus anciens, qui ont fixé les limites, la position et les dimensions du relief. Aux plissements tertiaires, la chaîne doit sa forme arquée et la mise en place des différentes parties de l'édifice que constituent des roches si variées; à leur intensité, elle doit encore une homogénéité, une tenue générale qui manquent à certaines chaînes du même âge, Carpates, Apennins, ou montagnes des Balkans, par exemple. Le mouvement épeirogénique pliocène a préservé les Alpes d'une décadence précoce, et le rajeunissement quaternaire, auquel ont coopéré alternativement les rivières et les glaciers, leur a donné les formes qualifiées ordinairement de glaciaires. Sans ce dernier événement, nous n'aurions pas les lacs subalpins, ni ces grandes vallées à fond plat remblayé, s'enfonçant au cœur de la montagne, qui ont facilité la pénétration humaine ; nous n'aurions pas les replats, les verrous et les vallées suspendues qui sont si souvent des sites de villages ; enfin, les hautes cimes n'auraient pas cet aspect déchiqueté, ces crêtes en dents de scie, ces aiguilles et ces pyramides, dont la silhouette est l'élément le plus caractéristique du paysage alpin.

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