V. — LE BASSIN DE THURINGE
Sol et climat. — Entre les hauteurs hercyniennes surpeuplées et toutes vibrantes de vie industrielle, le Bassin de Thuringe étend ses campagnes calmes, où persiste la vie agricole ancienne et le régime des petites villes-marchés (fig. 65).
C'est bien un bassin hercynien, dans le même sens que le Bassin de Souabe et Franconie : le socle ancien y est profondément déprimé, et l'érosion n'a eu affaire qu'à sa couverture mésozoïque, relevée sur les bords. A la disposition en cuvette des couches répond une alternance de hauteurs en forme de côtes, qui sont constituées par les assises résistantes, et de dépressions déblayées dans les niveaux argileux. Mais les couches sont moins variées que dans la grande cuvette drainée par le Main et le Neckar ; seul le Trias y est représenté ; la côte principale est celle du Muschelkalk inférieur, s'enlevant au-dessus des couches argileuses du Buntsandstein supérieur, tandis que les grands déblaiements ont lieu dans les marnes bariolées du Keuper. Les dimensions plus restreintes ont permis la concentration du drainage au profit d'une seule rivière, la Saale, affluent de l'Elbe ; mais elles ont eu aussi pour conséquence des dislocations plus fortes des couches, entraînant un morcellement extrême du relief. On suit difficilement la côte du Muschelkalk, qui, au lieu de se déployer en une courbe régulière tournant son front vers les massifs anciens, s'émiette en buttes-témoins, se replie en festons capricieux. C'est la conséquence indirecte de failles et d'ondulations à axe Nord-Ouest— Sud-Est, dues à la pression des massifs anciens. Au Sud du Harz, la Goldene Aue correspond à un fossé tectonique, où l'Oligocène a été largement déblayé ; les hauteurs boisées de Fainne sont un bloc de grès limité par une faille Nord-Ouest— Sud-Est. Au Nord de Weimar, l'abrupt calcaire de l'Ettersberg répond à un mouvement de bascule du Muschelkalk ; au Sud de la ville, une autre côte calcaire enveloppe, de Berk à Blankenhain, une boutonnière ouverte jusqu'au Buntsandstein supérieur à la faveur d'un bombement local.
C'est seulement dans l'ensemble qu'on peut dire que le Muschelkalk forme une ceinture de hauteurs au sol maigre, généralement boisées, avec des altitudes de 350 à 450 mètres, tandis que le centre de la cuvette est occupé par des collines et de larges vallées modelées dans le Keuper. Ce centre déprimé a fixé l'Unstrut, qui est la véritable artère principale du drainage. La Saale occupe une situation singulière, sur le bord oriental assez fortement relevé de la cuvette, et c'est entre des buttes abruptes, faisant presque figure de petites montagnes, qu'elle serpente au fond d'une vallée de plus de 200 mètres de profondeur depuis Rudolfstadt jusqu'à léna, mordant en plein dans le plateau calcaire, au lieu d'en suivre le bord, et entaillant vigoureusement les grès inférieurs. Aucune rivière ne suit cependant le long sillon déblayé dans les argiles permiennes et qui conduirait facilement les eaux, à partir de Saalfeld, en direction du Nord-Est, vers l'Elster.
Ce cas n'est pas unique. Le tracé du réseau hydrographique témoigne de
l'Allemagne.
changements nombreux, dus aux reprises d'érosion au cours de plusieurs cycles et aussi à l'influence de la glaciation qui a recouvert au Quaternaire tout le Bassin de Thuringe ; le front en retrait a plus d'une fois barré l'écoulement naturel, et la rivière n'a pas toujours retrouvé son ancien lit. Des limons, parfois un véritable lœss, se sont formés après le retrait définitif des glaces, sur les pentes et les dépressions au sous-sol argileux. Le Bassin de Thuringe a dû avoir pendant quelque temps un climat plus sec qu'actuellement, comme en témoignent les fossiles de steppe trouvés dans ce lœss. C'est encore aujourd'hui un des coins de la zone hercynienne où se fait le mieux sentir l'abri des vents d'Ouest, dû aux horsts anciens. Tout le bassin de l'Unstrut reçoit moins de 60 centimètres de pluie et même moins de 50 du côté d'Eisleben, directement à l'ombre du Harz ; les précipitations n'atteignent 60 centimètres que du côté de la Saale, avec le relèvement du relief vers le Vogtland et l'Erzgebirge. L'absence d'abri du côté de l'Est accentue le caractère continental du climat, qui se manifeste dans des hivers relativement froids, mais aussi des étés assez chauds. Erfurt, à 200 mètres d'altitude, a une moyenne de — 0°,9 en janvier, mais de 17o,7 en juillet.
Peuplement rural et vie urbaine. — Ce pays pouvait être accueillant à l'homme. Les grands bois couvrant encore les plateaux calcaires et les blocs gréseux isolés ne sont sans doute que des restes de la forêt primitive ; mais les campagnes à lœss étaient probablement découvertes ou faciles à défricher. C'est là qu'on trouve les traces des plus anciens établissements humains, avec des enceintes servant de lieux de refuge. L'histoire du peuplement, suivie ici pas à pas, nous montre la marche de la colonisation, après l'invasion slave dont les traces ont été effacées à l'Ouest de la Saale par les Francs. Le semis des noms en dorf, hof, leben, hausen en indique les progrès rapides jusqu'au viii^ siècle ; puis les noms en rode, hagen la montrent entaillant de plus en plus la forêt, jusqu'au xiii^ siècle. A la fin du moyen âge, la vie urbaine se développe, les campagnes les moins fertiles se dépeuplent ; les conditions de la répartition actuelle sont déjà fixées, à peu près telles que nous les montre l'étude de la densité correspondant aux différents étages du Trias. Au Muschelkalk reviennent les plus faibles densités (25 à 75), au Keuper, les plus fortes (50 à 150). Plus exactement, la densité augmente régulièrement avec la fertilité des terres, exprimée par la valeur moyenne du revenu net servant de base à l'impôt foncier (12 marks pour moins de 5 hab. au kilomètre carré, 37 marks pour plus de 75, à la fin du xix^ siècle). Il y a là l'indice d'un vieux pays agricole, où l'homme est fortement fixé à la terre. L'augmentation de la population au xix^ siècle reste bien au-dessous de la moyenne de l'Allemagne (20 p. 100 de 1852 à 1895) ; il y a même dépeuplement dans 31 p. 100 des communes, l'accroissement portant surtout sur les districts les plus peuplés (40 à 50 p. 100 pour les densités de plus de 250). Non qu'il y ait de très grandes villes, mais il existe nombre de vieilles cités, — - marchés à des carrefours de routes, résidences de petits princes, — dont le lent développement a été accéléré depuis l'ère des chemins de fer.
Gotha, Erfurt et Weimar sont trop rapprochées pour qu'aucune ait réussi à devenir un centre de premier ordre. La mieux située est aussi celle qui dépasse actuellement les 100 000 âmes. Erfurt était déjà connue au xiii^ siècle comme une place de commerce aux relations lointaines, où l'on travaillait les lingots de fer du Thùringerwald. Concurrencée par les capitales princières voisines, elle
Phot. von der Ti'aiïpen.
A. VALLÉE DE LA BODE (HARZ), AVEC l'eSCARPEMENÏ UIT « ROSSTRAPPE ».
Exemple de rajeunissement de lu to])o,<>raphie par ereusenient de gorges étroites sur le bord du niassil" ancien.
(icr Traiîpen.
B. LE PLATEAU GRAXITIQLE UU HARZ, DOMLMÉ PAR LE BROCKEN (1.142 m.).
bosse dénudée domine de 200 à .300 mètres seulement le plateau mamelonné, où quelques prairies, au fond d'une vallée très mûre, interrompent seules le manteau forestier.
G. u., t. IV, Pl. un.
Phot. Mooi-veisuuhstation, Brème.