‹ Europe centraleChapitre 90 sur 129 · V. — LE HARZ · texte numérisé non relu

V. — LE HARZ

C'est encore une montagne profondément humanisée que le petit massif du flarz, avec sa ceinture de vieilles villes, avec ses hauteurs couvertes d'immenses talus de déjections minières et dominées par cette croupe du Brocken que la légende et la littérature ont rendue célèbre.

Il s'agit encore d'un « horst », plus trapu, il est vrai, que le Thiiringerwald. Même discordance entre le relief et la structure, quoiqu'on doive noter ici la concordance des plus hautes altitudes avec des roches plus dures, granité du Brocken (1 142 m.) (pl. LUI, A), quartzites siluriens de Auf den Acker (860 m.) (fig. 65). Ces témoins dominent un plateau ondulé, dont l'altitude oscille entre 500 et 650 mètres, en saillie de 300 seulement au-dessus des collines mésozoïques. Là encore, la reprise d'érosion récente a dégagé le contact, en développant un sillon périphérique, plus marqué au Sud dans les couches faiblement inclinées du Permien argileux, moins net au Nord où les plissements des chaînons de la Weser se font sentir jusqu'à Brunswick. Mais cette érosion a mordu moins profondément dans le bloc plus large du massif ancien, et la pénéplaine n'est découpée en crêtes que sur une zone bordière assez étroite ; encore ce travail est-il plus avancé au Sud, où le creusement, parti du sillon permien, a enfoncé des vallées plus nombreuses et déjà plus évasées, tandis qu'au Nord il se limite à quelques incisions profondes. Au delà de cette zone, on retrouve les aspects de la pénéplaine ondulée, plus plane à l'Ouest du Brocken du côté de Klausthal, formant au centre comme une grande cuvette dans laquelle s'inscrivent les méandres encaissés de la Bode, plongeant lentement sous la couverture triasique à l'Est vers Mansfeld et Eisleben (pl. LUI, B).

Ce petit massif commande les plus vastes horizons de toute la zone hercynienne. Il en est comme le dernier pilier vers le Nord. Au delà, dans toutes les directions, rien qui puisse arrêter les vents océaniques et les nuées qu'ils poussent. Le Brocken est une île escarpée dans la mer atmosphérique, et toutes les tempêtes y font fureur. Plus de 1 200 millimètres de pluie et de 200 jours de brouillard, un manteau de neige qui ne fond pas avant la mi-avril, une moyenne de température annuelle de 2°,4 seulement, avec — 3°,4 en janvier, 0°,7 seulement

l' ALLEMAGNE.

en avril et 10°, 7 en juillet : en voilà assez pour donner une idée d'un climat qui emprunte au régime océanique tout ce qu'il a de plus défavorable. Sur les plateaux de Klausthal, situés 600 mètres plus bas, les conditions ne sont pas beaucoup meilleures : l'hiver est presque aussi froid (janvier, — 2°,4), l'été seulement un peu plus chaud (juillet, 15o,7).

Aussi est-ce encore un problème que le peuplement très dense de cette montagne, qui semble vouée exclusivement à la forêt et aux tourbières (moyenne, 75 hab. au kilomètre carré). Avant d'attaquer cet îlot, la colonisation germanique avait pris possession du sillon périphérique au sol fertile, aux eaux abondantes, au climat même relativement favorisé (Wernigerode, bien abrité des vents d'Ouest, a une température moyenne de 0°,1 en janvier, comparable à celle de Gôttingen et de Francfort, supérieure de 2°,5 à celle de Klausthal, et une moyenne de juillet de 17^,1). C'est sur cette bordure du Harz qu'est encore aujourd'hui la grande masse de la population ; les champs y couvrent plus de la moitié de la surface, les prés, 13 à 18 p. 100 ; les villes de 4 000 à 10 000 habitants se succèdent tous les 10 ou 20 kilomètres, formant une ceinture continue, riches de souvenirs, animées par le commerce et l'industrie : Goslar (20 854 hab.), Wernigerode (19 636 hab.), Blankenburg (12 062 hab.), Quedlinburg (27 014 hab.), Aschersleben (28 627 hab.), au Nord et à l'Est ; Sangerhausen (11 951 hab.), Nordhausen (35 056 hab.), Osterode (16 482 hab.), au Sud-Ouest. L'évolution contemporaine se fait même vers un enrichissement de cette ceinture dorée, aux dépens du haut plateau qui se vide.

Seul l'appât des richesses minières a pu attirer les hommes sur ces hauteurs inhospitalières où la culture des céréales est exclue, où la pomme de terre même n'arrive pas toujours à maturité. La hache des bûcherons n'avait fait que quelques trouées dans le manteau forestier, quand arrivèrent au xv^ siècle les compagnies de mineurs, entraînées à l'école du Thuringerwald, pour arracher au plateau de Klausthal son argent et son cuivre, aux pentes dominant Goslar leur fer. Les élèves devaient bientôt dépasser les maîtres. Acharnés à poursuivre les fdons au cœur de la montagne, les mineurs du Harz allaient bouleverser tout l'aspect des hauteurs, pourchassant la forêt pour étayer leurs galeries autant que pour alimenter les fonderies et les forges, répandant sur la surface les déjections des mines, multipliant les étangs dans les hautes vallées marécageuses, pour disposer de toute l'eau nécessaire aux lavages. L'épuisement des gisements n'a pas arrêté l'industrie métallurgique, ranimée par la houille de la Ruhr, et les fonderies importent du minerai étranger. Mais le Haut-Harz argentifère commence à être abandonné, le plateau de Klausthal perdant 2,7 p. 100 de sa population dans les trente dernières années du xix® siècle, au profit du Bas-Harz voué au fer. La forêt, reconstituée en partie, alimente les industries les plus variées : fabriques de meubles, de papier, d'allumettes. L'abondance de la main-d'œuvre a favorisé partout le développement des tissages, dont la vieille ville hanséatique d'Osterode est le principal centre, tandis que Goslar est la capitale d'un district métallurgique, où les fabrications spéciales sont moins poussées que dans le Thuringerwald. C'est de l'industrie que vit la grande masse de la population (50 à 60 p. 100) ; c'est elle seule qui rend compte de l'augmentation, générale sur toute la périphérie, mais plus rapide sur le bord Nord (64 p. 100).

Du haut du belvédère du Brocken, trop souvent voilé de brumes, on peut, par une journée exceptionnellement claire, deviner, au delà du plateau, où

THURINGE ET PAYS DE LA WESER

brillent les nappes des réservoirs, et des gorges qui entaillent le bord boisé de la montagne, la vie intense qui tourbillonne autour du vieux massif, trahie par la fumée des usines, qui trouble l'horizon. Peu de spectacles sont plus significatifs que celui de ces hauteurs attaquées par une colonisation forcenée, maintenant peu à peu rendues à leur solitude par le reflux du peuplement, qui reste accroché à la bordure de la montagne.

Page 1