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LES CROUPES BALTIQUE S

Paysages glaciaires. — A l'Est de l'Elbe et des landes qui la longent, l'Allemagne du Nord a été entièrement couverte par la dernière glaciation, à une époque où les hommes habitant les grottes du Sud de la France étaient déjà des chasseurs habiles, ayant un rudiment de religion et un art singulièrement précis. Quelques dizaines de milliers d'années ont suffi pour que la végétation reprenne possession du sol, mais non pour que l'érosion en efface le modelé glaciaire, sauf le long de certaines grandes vallées et le long du littoral maritime. Toute la géographie est encore, pourrait-on dire, une géographie glaciaire : relief, sols et possibilités culturales sont déterminés par la nature des dépôts de l'inlandsis et des torrents qui s'échappaient de son front. 11 y a un paysage des moraines de fond, — un paysage des moraines frontales avec leurs plaines torrentielles, — un paysage des régions lacustres avec leurs nappes ramifiées d'origine

Géogbapbie universelle. — Europe centrale, 1. 37

L'ALLEMAGNE

variée, — sans compter le paysage des grandes vallées où l'érosion interglaciaire et postglaciaire et le relèvement récent du niveau de base jouent leur rôle.

Le paysage des moraines de fond est le plus monotone et le plus répandu. Partout, en effet, l'immense calotte glaciaire a déposé les matériaux dont elle était chargée dans toute son épaisseur, mais dont la densité augmentait dans ses couches inférieures. Elle s'était avancée elle-même sur un sol détritique, restes des dépôts des glaciations antérieures ou alluvions étalées par les torrents qui s'échappaient de son propre front. Elle roulait et s'incorporait une partie de ces débris ; si puissante était la poussée que même des saillies de roches en place, Tertiaire ou Crétacé, pouvaient être arrachées et charriées ; on trouve des lambeaux, dont l'épaisseur peut atteindre 100 mètres, ainsi incorporés dans la moraine de fond qui les entoure de plissements étranges.

Le facièsordinaire de la moraine de fond est cependant celui d'un dépôt argileux sans trace de stratification, avec des blocs striés de toutes tailles, formant des surfaces planes, généralement à une certaine hauteur au-dessus des vallées principales. Un limon de décomposition, épais de 50 centimètres à 1 mètre, a déjà eu le temps de s'y former ; les glissements ont égalisé les rares dénivellations; les blocs faisant saillie ont disparu partout oîi le sol est cultivé, exploités pour la construction ou l'empierrement ; aussi, rien de plus monotone que les grandes étendues de moraine de fond. L'homme en a généralement fait disparaître la forêt ; c'est là que les sillons s'allongent, et les grands domaines prussiens n'ont pas de meilleures terres à céréales. La moraine de fond peut être plus sableuse quand le glacier a passé sur des régions de grès ; le sol est alors considéré comme moins bon, et des bouquets de bois peuvent subsister. Généralement les arbres signalent de loin le voisinage d'une maison seigneuriale ou une dépression fermée, souvent occupée par une mare. Ces trous ronds, appelés Pfiihle, criblant par endroits la surface plane, sont, pour les uns, la trace de culots de glace qui auraient subsisté quelque temps au moment de la fonte des glaciers ; pour les autres, ce sont des marmites de géants creusées par les torrents sousglaciaires.

La multiplication des dépressions fermées arrive dans certaines régions à donner une topographie plus mouvementée ; on a reconnu, dans ce cas, que la moraine de fond moulait un relief plus irrégulier encore, formé d'alluvions de progression ou de moraines anciennes érodées. On connaît des régions où abondent ces buttes allongées, du type connu en Irlande sous le nom de drumlin, qui sont formées d'alluvions stratifiées recouvertes d'une pellicule de moraines argileuses. Les géologues allemands ont décrit de plus rares exemples de ces digues naturelles au tracé sinueux, appelées œsar en Finlande, qui sont constituées par des sables ou des cailloutis roulés, sans doute déposés par des torrents qui circulaient dans des tunnels glaciaires.

Le paysage typique et le plus commun de la moraine de fond reste celui du plateau, généralement bien cultivé, déboisé, semé de villages, avec des maisons seigneuriales entourées de beaux parcs.

Partout présente en profondeur, la moraine de fond disparaît souvent à la surface sous des accumulations de blocs et de cailloux formant des croupes allongées ou de vastes plaines de sable. Ces dépôts marquent de façon certaine la position du front du glacier stationnant au moment de son retrait, mais animé encore d'un mouvement assez rapide pour que de nouvelles masses de

glaces vinssent fondre, en abandonnant les moraines qui le souillaient, les cailloux et les gros blocs charriés depuis le fond de la Scandinavie (pl. LVI, B). On a suivi, du Slesvig jusqu'à Danzig, à travers le Mecklembourg et la Poméranie, une ligne presque continue de moraines frontales correspondant à un des stationnements les plus nets. Ses festons indiquent une série de lobes de glaces s'avançant dans les dépressions. Du côté interne apparaissent souvent des lacs ; du côté externe s'allongent des plaines sableuses, qu'on assimile aux sandr de l'Islande, étalés en avant des glaciers par le lacis des bras instables de torrents qui s'en échappent,

A côté des festons bien alignés, on rencontre des rides plus confuses, où les tranchées révèlent la moraine de fond, mêlée de sables et cailloutis stratifiés dont les couches sont redressées, parfois même des paquets de couches préglaciaires arrachés. Ces « moraines de poussée » sont de véritables plissements locaux soulevés par la progression irrésistible de l'inlandsis.

Au paysage des moraines frontales, plus varié que celui de la moraine de fond, correspondent en général des régions plus pauvres. Sur les sandr sableux subsistent des landes ou des pinèdes aux fûts grêles (Heidesand). Les remparts de gros blocs sont à peine voilés de quelques buissons. La culture s'est emparée des crêtes à éléments moins grossiers, des moraines de poussée et surtout du talus de transition aux plaines sableuses.

Les lacs introduisent un élément de variété de plus dans le paysage. C'est par centaines qu'on les compte (fig. 68). Une quarantaine ont plus de 10 kilomètres carrés de surface, deux s'étendent sur plus de 100, le Mùritz (115 km^), en Mecklembourg, et le Spirding (106 km^), en Prusse Orientale. Certains occupent des dépressions de la moraine de fond barrée par la moraine frontale ; mais la plupart ont des formes bizarrement ramifiées et allongées (pl. LVII, A), Il en est qui occupent des gorges sinueuses perçant la moraine frontale. Ces rigoles étroites, avec leurs ombilics atteignant plus de 30 mètres de profondeur, ont longtemps intrigué. Il n'est pas douteux qu'elles soient dues à l'érosion des eaux de fonte glaciaire, mais il ne peut s'agir que de torrents opérant sous la glace et dont le travail était d'autant plus puissant et plus irrégulier que l'eau circulait sous pression. On a remarqué que les rigoles lacustres forment souvent des systèmes convergents, qui aboutissent à l'origine de plaines sableuses du type des sandr (fig. 69). On a aussi reconnu la liaison de certains de ces lacs allongés avec des œsar. Les fentes et les tunnels sous-glaciaires pouvant changer de place d'un hiver à l'autre, rien d'étonnant à ce que de nouvelles rigoles fussent creusées, recoupant parfois les anciennes ; c'est à des points de croisement semblables qu'on observe les profondeurs les plus étonnantes.

Aspects régionaux. Le Slesvig-Holstein. — Tels sont les paysages qui dominent tout autour de la Baltique, du Slesvig à la Prusse Orientale. Leurs combinaisons locales ne sont pas sans présenter quelques variétés, mais il est difficile d'y distinguer des régions naturelles, et les noms que la carte enregistre correspondent plutôt à des groupements politiques, dus aux circonstances historiques. On peut dire qu'en général le climat devient de plus en plus rude vers l'Est, l'hiver plus sévère, la couverture de neige plus longue. Des forêts de hêtres, on passe aux monotones pinèdes. Mais la transition est graduelle. On peut noter encore la présence d'affleurements du sous-sol rocheux, plus

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fréquents à l'Ouest, et l'épaisseur plus grande, semble-t-il, des accumulations glaciaires à l'Est.

En fait, la seule région politique qui se distingue à peu près comme une région naturelle est le Slesvig-Holstein, racine de la presqu'île danoise, dont la situation isthmique est unique. Tout le pays est baigné par l'atmosphère océanique. Les pluies dépassent 70 centimètres. L'amplitude des moyennes mensuelles de température n'est que de 16°, et l'hiver est aussi doux qu'aux bouches de l'Ems et de la Weser (Sylt et Kiel, 0o,8, en janvier). L'humidité extrême et les brouillards d'automne font tomber les fruits pourris et compromettent parfois la moisson tardive. Sur les sols mal drainés, la tourbière menace la hêtraie souvent encore presque aussi belle qu'au Danemark.

Le relief lui-même doit quelques traits originaux à la position isthmique. Les deux types de côtes, si différents, de la mer du Nord et de la Baltique s'y affrontent, séparés par un dos de terrain dont les caractères sont intermédiaires entre ceux de la Lûneburger Heide et des croupes de Poméranie. A l'Ouest, c'est la continuation du littoral frison, ses grandes étendues de vase, ses chenaux de marée, ses îles basses couvertes de dunes, et ses fertiles Marschen. La Geest commence dès qu'on a franchi la ligne du littoral ancien, sur laquelle sont fixées des files de villages. On y retrouve les sables et l'alternance de landes et de marécages, avec les cultures réfugiées sur les éminences. A l'Est, le relief devient plus accentué, et on reconnaît par endroits des moraines récentes. Les golfes appelés Fôhrde peuvent être des rigoles de drainage sous-glaciaire, comme celles qui, en Poméranie, donnent des lacs, ou des ravins postglaciaires comparables à ceux qui mordent le bord de la Liineburger Heide du côté de l'Elbe ; dans les deux cas, la montée récente des eaux de la Baltique a créé la baie profonde. La mer a pu pousser plus loin et changer l'isthme en détroit. La dernière glaciation avait, en tout cas, recouvert tout le pays. C'est elle qui a étalé la grande nappe de sables de la Geest, d'où surgissent par endroits des buttes de Tertiaire, respectées par les érosions anciennes, quelquefois réduites à des paquets arrachés ou charriés par la poussée de l'inlandsis. C'est elle qui a déposé, sur un faîte préexistant, les cordons de moraines frontales aux reliefs chaotiques, dont l'altitude dépasse 100 mètres.

FiG. 69. — Les lacs de la Havel. Exemple d'un système de rigoles de drainage sous-glaciaire, d'après P. Wolstedt. — Échelle, 1 : 1 600 000.

Des lacs, marqués en noir (3), descend un réseau d'écoulement aboutissant au Sandr (2) de Beclitz, cône de sables fins étalés par les torrents sortant du front du glacier (5). Ce réseau de rigoles est accompagné d'un réseau de dépôts sous-glaciaires du type œsar (4). Il aboutit à l'ancienne vallée (1) de Baruth ; il croise la vallée (1) de Berlin, laquelle était alors sous la glace, le creusement se faisant dans le sol gelé. La flèche (6) indique le sens de l'écoulement.

L'ALLEMAGNE

L'opposition entre les deux fronts de l'isthme a été accentuée par le peuplement et la mise en valeur du sol. A l'Ouest, 9 p. 100 de la surface est encore en tourbière, 47 p. 100 en lande, 23 p. 100 seulement en labours. La densité est comprise entre 25 et 50 habitants au kilomètre carré. Les villages agglomérés recherchent les buttes de Tertiaire ou de moraines anciennes. Après la traversée de ce triste pays, l'Est fait une impression presque charmante, avec ses hauteurs souvent couronnées de forêts, les miroirs d'eau des lacs et des golfes, les prairies occupant les pentes ou les fonds assez bien drainés, et le pullulement des fermes partout disséminées. La densité moyenne de la population est supérieure à 80. Des ports et de vieilles villes sont au fond de chacun des golfes. Flensburg (63 139 hab.) est devenu plus important que Slesvig (18 451 hab.), mais est largement dépassé par Kiel (213 881 hab.), dont nous reparlerons à propos des grands ports de l'Allemagne du Nord (chap. XIX).

Mecklembourg et Poméranie. — Si le Slesvig-Holstein a vraiment une physionomie originale, ni le Mecklembourg ni la Poméranie ne sont des régions naturelles. De l'Elbe à la Vistule, on retrouve la même alternance des paysages : moraines de fond, moraines frontales, sandr et lacs ramifiés. L'épaisseur de l'accumulation glaciaire est considérable, atteignant plus de 100 mètres ; elle indique un stationnement prolongé du front glaciaire et, même avant le recul, un ralentissement de la progression du glacier gêné par un relief préexistant, dont on trouve les traces surtout à l'Ouest du Mecklembourg. Les falaises de craie de Rùgen ont révélé des dislocations qui affectaient, non seulement les couches tertiaires, mais même les moraines de glaciations anciennes, en rapport sans doute avec les dernières déformations affectant le bord du bouclier Scandinave, qui ont déterminé la position de la cuvette baltique. Ce bourrelet marginal surélevé par les accumulations morainiques n'est coupé que par deux grandes vallées, celles de l'Oder et de la Vistule, couloirs d'érosion qui devaient exister déjà avant la glaciation, car les sondages y trouvent la moraine jusqu'à 150 mètres de profondeur (fig. 13, p. 55). Elles ont guidé l'avancée des glaces et, pendant les dernières phases du retrait, ont joué le rôle de bassins terminaux, où ont persisté des lobes glaciaires, indiqués par les festons de moraines terminales.

A l'Ouest de l'Oder, le terrain est moins élevé ; à peine quelques buttes dépassent 150 mètres. Le pullulement des lacs signale à peu près le passage de la moraine principale par Schwerin et Neustrelitz, avec ses bosses caillouteuses (fig. 68). Au Sud, de grandes plages sableuses sont couvertes de forêts. Au Nord, domine le paysage de la moraine de fond, avec ses plaines découvertes et assez bien cultivées, coupées de quelques crêtes caillouteuses et de chenaux d'écoulement avec lacs allongés ou vallées humides.

A l'Est de l'Oder, on retrouve à peu près les mêmes zones, mais tout l'ensemble gagne de plus en plus en altitude vers l'Est, et la frontière avec l'État indépendant de Danzig a été tracée sur un pays de collines accidentées et boisées, la Pomérélie, atteignant 331 mètres au Theinberg. C'est ici que la puissance du Glaciaire est la plus grande, dépassant 150 mètres ; mais le ralentissement de la progression des glaces, qui a déterminé l'accumulation, est dû à l'existence d'un môle en saillie, peut-être dû à des dislocations assez récentes.

Tous ces pays ont été primitivement des solitudes forestières coupées de marécages et de lacs. Le peuplement y est encore assez lâche, la densité infé-

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rieure à la moyenne de l'Allemagne. La forêl de pins ou de hêtres, défrichée surtout au Nord sur les moraines de fond, a fait place à un semis de petits villages, dont l'origine slave paraît indiquée par la forme ronde ou les fdes de maisons égrenées. La conquête germanique, réalisée au moyen âge, n'a pas effacé les traces slaves de la nomenclature. Elle s'est accompagnée d'une organisation féodale, que la domination suédoise n'a fait que fortifier, aboutissant à la dépossession progressive des paysans au profit des seigneurs. La Poméranie et le Mecklembourg sont encore parmi les citadelles de la grande propriété prussienne.

Fermiers et journaliers ont continué, jusqu'au milieu du xix*' siècle, à produire péniblement de maigres récoltes, en faisant alterner le seigle avec l'avoine, la pomme de terre avec la jachère pâturée par les moutons. La Poméranie passe encore pour la province allemande qui a le plus fort troupeau ovin (plus de 800 000 têtes, soit 28 par kilomètre carré, presque une tête pour deux habitants). Un mouvement vers le morcellement des propriétés a commencé à se dessiner à partir de 1875 : en vingt-cinq ans, les grands domaines avaient perdu 5 p. 100 en Poméranie. Il en est résulté une extension de l'élevage du bétail à cornes et des porcs, avec formation de prairies artificielles et généralisation des assolements complexes, oîi le seigle ne revient plus que tous les trois ans au plus. L'augmentation du cheptel permettait la fumure et relevait le rendement, avant même l'introduction des engrais chimiques. En même temps, la production des pommes de terre a pris une extension extraordinaire. En Poméranie, elles occupent une surface égale aux deux tiers de celle qui est vouée au seigle. C'est une masse de près de 4 millions de tonnes de ce tubercule, que la province jette sur le marché chaque année. Culture d'autant plus précieuse qu'elle prospère sur les terres sablonneuses où les céréales réussissent mai, à condition qu'on lui donne une fumure et des engrais chimiques suffisants.

Tous ces progrès ne se sont pas pourtant accompagnés d'une notable augmentation de la population. La vie urbaine et l'industrie ne jouent qu'un rôle effacé. En dehors du port de Stettin, devenu le noyau d'une cité au rayonnement lointain, aucun centre n'atteint les 50 000 âmes, ni Kôslin en Poméranie orientale (28 812 hab.), marché de campagnes de moraine de fond, particulièrement bien cultivées, oîi l'on fait de la betterave ; ni même Schwerin (48 157 hab.), capitale du Mecklembourg, ville-résidence joliment assise dans un paysage lacustre, et dont les faubourgs s'étalent entre les nappes d'eau bordées de superbes forêts de hêtres.

La Prusse Orientale. — Isolée du corps de l'Allemagne par le couloir polonais de la basse Vistule, la Prusse Orientale est un pays que la nature ellemême semble avoir vraiment mis à part. C'est bien sans doute la continuation des croupes baltiques ; ce sont les mêmes paysages glaciaires, qu'on pourrait suivre plus loin encore à travers la Pologne, la Lithuanie et l'Esthonie jusqu'au bord du golfe de Finlande. Le dédale des lacs de la Masurie marque encore à peu près le passage du bourrelet principal des moraines frontales, en avant duquel s'étalent les sandr sableux, tandis qu'en arrière on retrouve les plaines de moraines de fond, accidentées de buttes résiduelles des glaciations anciennes ou de moraines de poussée. Mais rien n'égale, en Poméranie ou en Mecklembourg, l'étendue de ces lacs, Spirding, Mauer et Lôwensee, qui évoquent déjà l'image

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de la Finlande (pl. LXII, A). Nulle part en Allemagne les accumulations glaciaires n'ont atteint une pareille épaisseur : 150 à 200 mètres. Le contraste du faîte, qui a 300 mètres d'altitude près d'Osterode, avec les plaines argileuses situées au Nord-Ouest et les vallées humides où serpentent Niémen, Pregel et leurs affluents, est aussi sans exemple.

Plus encore que la vigueur de l'empreinte glaciaire, le climat et le tapis végétal annoncent un monde nouveau. Kônigsberg et Tilsit ont des températures qu'on ne retrouve qu'à 800 mètres dans les Alpes ou dans les montagnes hercyniennes : moyenne annuelle, 6°,? et 6o,5; janvier, — 3° et — 4°. La neige couvre le sol pendant 70 jours ; elle reste trois mois sur les hauteurs oîi s'étalent, gelées et couvertes d'un blanc tapis, les nappes lacustres ramifiées à l'infini. Le printemps est ici en retard de six semaines sur le Hanovre. A peine les feuilles commencent-elles à sortir à la fin d'avril. Dans les vastes forêts, qui couvraient jadis presque tout le pays et drapent encore les hauteurs dominant les lacs, les hêtres ont disparu, et l'ombre des conifères s'étend toute l'année. Sur les sables, ce sont surtout les pins aux fûts grêles ; sur les terres fortes, les sapins plus touffus. C'est vraiment le monde des forêts nordiques qui commence. Il a fallu la violente offensive des chevaliers teutoniques pour implanter ici vigoureusement le germanisme au milieu des tribus slaves.

La germanisation a été complète dans toute la zone littorale où s'étale la plaine de moraine de fond, coupée par de grandes vallées humides et dominée seulement, près d'Eylau et de Kônigsberg, par les reliefs de 100 à 150 mètres du Samland. Elle n'a pas entamé sensiblement le faîte morainique principal, avec ses lacs et ses immenses forêts, où persistent les Masures parlant un dialecte voisin du polonais ; mais elle y a installé quelques postes solides, avec le régime de la grande propriété aux mains de familles nobles, allemandes ou germanisées. Ce régime a subsisté même dans la plaine, sur les terres sableuses les plus pauvres, entraînant le dépeuplement, tandis que le morcellement du sol faisait des progrès dans les grandes vallées où la population augmentait.

Comme en Poméranie, l'extension de la petite propriété s'est accompagnée d'un meilleur aménagement du sol ; toutefois l'usage des engrais chimiques ne suffit pas ici à relever suffisamment les rendements du seigle et des pommes de terre, qui couvrent 30 et 13 p. 100 du sol cultivé. Le paysan se tourne de plus en plus vers l'élevage. Bovins et porcs sont en nombre à peu près égal, dépassant, dans l'ensemble de la province, une densité de 30 au kilomètre carré et une proportion de 60 têtes pour 100 habitants. L'élevage des chevaux, pratiqué surtout dans les grands domaines, reste en honneur ; nulle part en Allemagne du Nord on n'en trouve un pareil troupeau : 500 000 têtes, soit 13 par kilomètre carré. Les vastes forêts de conifères, bien aménagées, font l'objet d'un trafic important qui descend la Pregel et le Niémen. Une vie rappelant celle des campagnes de Suède ou de Lithuanie s'est ainsi organisée, et les produits du sol de ce pays pauvre comptent pour l'alimentation des centres urbains et industriels de l'Allemagne du Nord.

Des points d'appui créés pour la colonisation et organisés comme marchés régionaux, avec une solide armature administrative, on a pu voir sortir un certain nombre de petites villes, plus vivantes même que celles de la Poméranie. Allenstein et Gumbinnen, capitales du district des lacs, comptent 38 105 et 19 002 habitants. Tilsit et Insterburg, villes de plaine, gros marchés de bois et

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de bétail, l'une sur le Niémen, l'autre sur la Pregel, en ont 50 834 et 39 311. Kônigsberg, capitale provinciale, ville hanséatique et place forte, est, avec son port et ses industries, un centre de premier ordre.

Le littoral Baltique. — C'est une mer intérieure qui baigne les hauteurs morainiques, du Mecklembourg à la Prusse Orientale, et ce fait explique en partie l'évolution du littoral, déjà assez régularisé, malgré un relief bien plus accentué que du côté de la mer du Nord. On sait que la cuvette baltique, abandonnée par les glaciers, n'a d'abord été qu'un lac d'eau douce (lac à Ancylus). La jonction avec la mer du Nord date de quelque 5 000 à 6 000 ans seulement et est restée imparfaite. En l'absence de marées sensibles, les grands fleuves se sont trouvés impuissants à maintenir ouverts leurs estuaires, et, tandis que les vagues faisaient rapidement reculer les saillies du contour littoral, des atterrissements émergeaient en longues flèches barrant les baies, bientôt colmatées.

Nulle part ce processus n'apparaît plus clairement que sur le littoral de la Prusse Orientale, avec ses immenses lagunes (Haffen) et ses cordons littoraux (Nehrungen) dont la courbe harmonieuse s'appuie sur d'anciens promontoires, comme le Samland. Le contour littoral primitif devait être largement festonné, à en juger par l'étendue des plaines alluviales sans pente déjà gagnées sur les eaux par le Niémen, la Pregel, la Nogat ou la Vistule. Les lagunes, menacées par l'avancée des deltas, sont encore assez vastes pour pouvoir durer quelques dizaines de siècles. Sur leurs rives basses, la vie maritime est presque absente. Balayés de l'estran par les grands vents d'Ouest, les sables couronnent de dunes les Nehrungen. Pendant près de 100 kilomètres, la Kurische Nehrung allonge ainsi son ruban de sables, garnis de bois de pins, entre le miroir calme du Haff et la plage oii brisent les vagues, solitude infinie où les forestiers peuvent montrer aux visiteurs des troupeaux d'élans.

A l'Ouest de la Vistule, la côte de Poméranie paraît plus régulière. Elle a eu pourtant ses promontoires et ses baies ; mais celles-ci étaient moins profondes, les vallées étaient moins importantes, sauf celle de l'Oder, dont le Haff est en réalité le bassin terminal d'un lobe glaciaire. Les promontoires étaient eux-mêmes moins saillants, et l'alignement de leurs falaises avec les cordons littoraux est déjà presque parfait. Cet état de maturité implique la possibilité du recul, par l'attaque des vagues, non seulement des falaises, mais même des flèches sableuses. Ainsi s'expliquent les remaniements nombreux dont les massifs de dunes littorales portent la trace et qui ne peuvent être tous dus, comme on l'a longtemps supposé, à des déboisements.

II y a ici quelques possibilités de vie maritime. Mais c'est surtout à l'Ouest de l'Oder que les ports apparaissent, à la faveur des articulations d'un littoral moins évolué. L'épaisseur des accumulations morainiques y est moins grande, et le Tertiaire lui-même laisse pointer les roches crétacées, sur lesquelles les vagues viennent buter. Le recul des falaises serait plus lent, même si l'érosion marine était aussi puissante ; or elle est notablement réduite par la faible profondeur de la mer, d'ailleurs abritée par le Jutland contre les grands vents d'Ouest. Le transport des débris par les courants littoraux a tout juste réussi à édifier les flèches qui soudent entre eux les îlots rocheux de Rûgen, et à bâtir une pointe triangulaire instable comme celle du Dars. A l'Ouest de Rostock, la plupart des dépressions envahies par les eaux marines sont restées des golfes {Bodden).

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l'allemagne.

C'est ici le vrai foyer de la vie maritime ancienne sur les côtes allemandes. Sur une distance de 150 kilomètres s'échelonnent Kiel, Lûbeck, Wismar, Rostock, Stralsund et Stettin. La pêche n'a jamais joué ici un rôle important ; elle ne compte plus actuellement, à cause de l'impossibilité d'employer le chalut sur les fonds de la Baltique, parsemés de gros blocs glaciaires. La villégiature balnéaire fait la fortune de Swinemiinde, Misdroy et surtout de Sassnitz dans l'île de Riigen aux blanches falaises (pl. LVIII, A et B). Mais c'est le commerce qui a multiplié, au fond des rades abritées, les vieilles villes hanséatiques dont les navires visitaient toutes les côtes de la Baltique et de la mer du Nord. Avec les forts tonnages, le trafic, autrefois dispersé, s'est concentré, au détriment de centres jadis florissants. Stralsund (39 469 hab.) et Wismar (26 016 hab.) ne jouent plus qu'un rôle local. Rostock lui-même n'atteint pas 100 000 âmes (77 669). Liibeck, métropole de la Hanse, qui y tenait ses assemblées jusqu'à la fin du xvii^ siècle, s'est vu menacé dès que sont apparus les gros vapeurs. Comme Brème, Liibeck s'est créé un avant-port (Travemiinde) sur la coupure du Potanitzer Wiek, et projette le creusement de bassins modernes au Nord de ceux qui permettent la jonction de la navigation maritime avec la navigation fluviale venant de l'Elbe. Mais le trafic, qui atteignait à peine 1 million et demi de tonnes en 1913, n'est pas encore remonté au million en 1925. La vieille ville hanséatique, encore bien conservée dans l'anneau des boulevards qui remplacent l'enceinte, n'a réussi, avec les faubourgs, qu'à atteindre 120 000 âmes. C'est à Stettin et à Kiel qu'est de plus en plus concentrée toute la grande vie maritime aux larges horizons.

Les grandes vallées et le Brandebourg. — En dehors de la Poméranie occidentale, le front maritime de la zone des moraines baltiques est relativement pauvre. Son front continental est plus vivant. C'est une zone de vallées ramifiées, animée par la circulation, lieu de villes, parmi lesquelles la capitale actuelle de l'Empire ; foyer de la marche de Brandebourg qui a été le point de départ de la puissance prussienne et, par suite, de l'unité allemande. Entre les croupes de Mecklembourg et de Poméranie, qui dépassent 200 mètres, et les hauteurs du Flâming ou de la Basse-Lusace, il y a là un pays relativement déprimé, qui attire et semble toujours avoir attiré les eaux. Le soubassement des dépôts glaciaires est à plus de 80 mètres au-dessous du niveau de la mer près de Berlin. Les accumulations n'ont pas effacé ce large sillon, où devaient exister des vallées préglaciaires, orientées à peu près comme les vallées actuelles. Le front du glacier nordique en retrait s'y est arrêté, moins longtemps sans doute que sur les hauteurs baltiques et sans déposer des moraines aussi épaisses ; assez longtemps cependant pour barrer l'écoulement des eaux vers le Nord et déterminer la formation de ces larges chenaux, appelés par les géologues allemands « vallées primitives ». Les vai'iations du front et les changements de l'écoulement, qui en sont résultés, expliquent leur réseau anastomosé, dont on a peine à débrouiller l'histoire. Un des chenaux les plus continus est celui qui se suit depuis la Vistule à Bydgoszcz jusqu'à l'Elbe, par la Netze et la Wartha, puis par l'Oder de Kùstrin à Freienwalde et par les dépressions d'Eberswalde et la basse Havel. Un second, plus ancien et déjà moins net, est signalé par la Wartha moyenne, l'Obra, l'Oder et la Sprée (fig. 68). Le rétablissement de l'écoulement vers le Nord après la disparition glaciaire a dû être suivi d'une période d'érosion vigoureuse dans les

Phot. Brôkelmunn, Berlin

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