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B. LA CÔTE DE L'ILE DE RUGEN, PRÈS DE GŒREN

Aspect ordinaire des côtes basses du pays glaciaire.

G. U., t. IV, Pl. LVIII.

LA GRANDE PLAINE DU NORD

vallées qui, comme celle de l'Oder, débouchaient dans le lac à Ancylus à un niveau plus bas que celui de la Baltique, tandis que les parties des chenaux abandonnées étaient étoulïées dans les sables soulevés en dunes par le vent. La remontée récente du niveau de base a étalé partout les alluvions ; l'Oder ne suit plus les amphithéâtres de rive concave mordant les bords de sa vallée et a abandonné des méandres en isolant des buttes ; la tourbe noie les couloirs où se traînent la Netze et l'Obra. La Sprée zigzague entre ses lacs allongés dans des rigoles qui ont échappé au remblaiement. L'hydrographie, mieux organisée sans doute que sur les croupes baltiques, est encore loin d'être normale (pl. LVII, A). Le relief est peu différencié : entre les fonds de vallées humides et le plateau plus sec la différence est rarement de plus d'une trentaine de mètres.

L'aspect primitif de ce pays devait n'offrir qu'une alternance de forêts et de marécages. On n'en trouve plus qu'un reflet atténué dans les immenses pinèdes qui couvrent parfois les sables, dans les saulaies souvent inondées du Spreewald, les prairies tourbeuses de l'Obra et de la Netze (pl. LVII, B). C'était encore une région pauvre et peu peuplée quand la colonisation germanique y a fondé une série de places fortes et de marchés, aux passages les plus faciles des fleuves et des vallées marécageuses, Brandebourg, Fiirstenwalde, Kûstrin, Francfort-surrOder et Berlin même. L'occupation des vallées tourbeuses correspondant à d'anciens chenaux abandonnés n'a pas commencé avant le xvii^ siècle. Des villages fondés par Frédéric II, tous n'ont pas survécu. On les reconnaît aux maisons en pisé, alignées sur la route, à l'église restée encore parfois de bois. Dans rObrabruch, l'économie est encore fondée sur les prairies drainées et sur les étangs poissonneux vidés tous les trois ans pour être mis en culture. Entre les vallées anastomosées, les vieux villages slaves occupaient les hauteurs, surtout les parties légèrement ondulées, au sol de moraine argileuse. Ce sont encore les meilleures terres, d'où la forêt a disparu depuis très longtemps. Les villages y ont grossi ; les cultures se sont étendues et diversifiées, celles surtout du seigle et de la pomme de terre, en développant, grâce aux fourrages artificiels, l'élevage du bétail à cornes et des porcs.

La croissance des villes, et surtout de Berlin, a été le principal facteur du relèvement de l'économie rurale. Elle a même donné de la valeur à des terres sableuses ou humides, dans lesquelles prospèrent les légumes convenablement fumés et nourris d'engrais chimiques. Toutefois ces avantages ne retiennent les hommes sur la terre que dans un rayon de 30 à 50 kilomètres autour de la capitale, et, partout ailleurs, l'attraction urbaine tend plutôt à vider la campagne.

La croissance de Berlin a empêché tout autre centre de dépasser 100 000 âmes. Francfort-sur-fOder, Brandebourg étaient pourtant plus anciens et mieux situés. Francfort, place de commerce et ville forte, solidement assise sur le bord abrupt du plateau dominant la plaine inondable, au point oîi son rétrécissement en facilite le passage, a été une ville de la Hanse, marché de l'Orient avant même Leipzig et Breslau. Ses foires n'ont pas perdu toute importance. Son port est un grand entrepôt de bois. Mais l'industrie y tient peu de place, et la population atteint seulement 70 000 âmes.

Brandebourg était déjà une citadelle slave, campée à l'extrémité d'un lac allongé entre des coteaux boisés, dans un site singulièrement plus sain que celui du vieux Berlin. Conquise au x^ siècle, ce fut la première capitale de la Marche

L'ALLEMAGNE

germanique. Mais son développement comme centre industriel, portant la population à près de 60 000 âmes, ne date que du xx^ siècle et apparaît comme un reflet de celui de la grande ville impériale, déversant un peu de son énergie débordante sur la vieille cité longtemps endormie.

Tout va à Berlin, énorme agglomération de 5 millions d'âmes, qui déborde, au delà de la vallée marécageuse où elle est née, sur le plateau et dans les vallées voisines, taillant sa place dans la forêt, les champs et les prairies, éparpillant ses usines, ses villas et ses jardins ouvriers, avec leurs cabanes du dimanche, sur un rayon de plus de 10 kilomètres ; ville mondiale dont les destinées ne peuvent être comprises que dans le cadre de la grande plaine du Nord et même de l'Empire.

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