CHAPITRE VI
Sommaire. — Le continent européen est très articulé. Golfes et caps sont nombreux et de formes très variées. Les plus remarquables se trouvent dans les régions montueuses, presqu'île Scandinave (Sogne-fjord et cap Noi-d), Ecosse, Bretagne {cap Saint-Mat/iieii), Espagne septentrionale [cnp Finislerre), Italie, péninsule des Balkans (cap Matapan, golfe de Corinthe, golfe de S'i Ionique). Dqs détroits multiplies font commnui(iuer les diverses mers {Skagerrak et Kattegat, Pas de Calais, détroits de Gibraltar, de Messine, canal d''Olrante, Dardanelles, Bosphore). Cinq grandes péninsules (pe?ii??st(/e Scandinave, Jutland, Espagne, Italie, péninsule des Balkans), de nombreuses îles [Archipel anglais, Corse, Sardaigne, Sicile, ilei de l'Archipel) ajoutent à la richesse de la côte que modifie sans cesse Taclion de la mer. Elle détruit sur certains points (lies de la Frise) ; ailleurs elle crée par ses apports des cordons littoraux icoles de V Allemagne du Mord, du Languedoc).
Côtes. — Le continent européen est de tous celui qui a proportionnellement le plus grand développement de côtes.
Golfes. — Les golfes des côtes sablonneuses de Russie, d'Allemagne, de Danemark et des Pays-Bas sont peu profonds et de formes simples; tels les golfes de Bol nie, de
Finlande, de Biga, sur la Baltique, le Zuiderrée sur la mer du Nord. Les côtes de Norvège et d'Ecosse offrent, au contraire, des g-olfes {fjords et firlhs) très pénétrants,
Fig.4. — Un fjord norvûsien
composés d'un grand
nombre de chenaux long-s, étroits et profonds : tel est en Norvège le Sognefjord, long- canal de près de 150 kilomètres de développement.
Sur l'Océan on appelle souvent la mer de Biscaye golfe de Gascogne; mais les côtes n'y sont fortonicnt dentelées qu'à l'extrémité des f)éninsulos de Cornouaillcs, de Bretagne française, et dans ri'lsii.i^uni' scplcnli ionale.
Sur la Aléditerrance, les g-olfes sont de dimensions plus petites, mais généralement mieux ramifiés, à cause du voisinag"e des systèmes montag'neux. Les plus considérables parmi ces g-olfes sont ceux du Lion, de Gênes, de Triestc, d'Otrante, de Corinthe et de Salonique.
Caps." — Au nord, l'Europe se terminant en général par
Fis
b. — Granits du Cap Land's End (Angleterre).
une plaine basse, les caps sont rares, peu saillants, mal articulés. Au contraire, les côtes montagneuses de Norvèg-e et d'Ecosse, comme la péninsule rocheuse de la Bretagne française et la côle septentrionale de l'Espagne, présentent les caps les plus remarquables de l'Europe sur l'Océan Glacial et sur l'Atlantique. Ce sont le cap Noi^d, à l'extrémité septentrionale de la péninsule Scandinave ; le cap Lands end, au sud-ouest de l'Angleterre.
Isthmes. — L'Europe, sorte de péninsule de l'Asie, s'eflile de plus en plus de l'est à l'ouest et forme une
38 GÉOGHAPHIE GÉXÉBALE DE I/ETROPE.
série d'islhiiies entre les mers du nord et celles du sud. Mais on cite plus généralement les isthmes de Corinthe et de Pérékop. Un canal de quelques kilomètres a fait disparaître l'isthme de Corinthe, qui reliait la Morée à la péninsule des Balkans. L'isthme de Pérékop rattache la Giimée à la plaine russe.
Détroits. — Au nord la Baltique communique avec la mer du Nord par des chenaux sans largeur qui commandent les détroits du Skugerrak et du Katleyat. Ces chenaux, le Sund, le Grand et le Pclit-Bcll^ sont des passages difficiles à forcer. Le canal de Kiel pei-mot de les éviter.
La mer du Nord est moins nettement coupée de l'Océan, car, si le détroit du Pas-de-Calais est resserré, il reste au nord d'autres entrées plus vastes, entre l'Ecosse, les îles Shetland et la Norvège.
Au sud toutes les mers intérieures qui font partie de la Méditei'ranée n'ont d'accès sur l'Atlantique que par le détroit de Gibraltar (i4 kilomètres). Entre les deuxhassins occidental et oriental de la Méditerranée s'ouvrent deux détroits : l'un, celui de Messine, entre la mer Tyrrhénienne et la mer Ionienne ; l'autre, appelé drfroitde Sicile, surveillé par Malte, la Sicile et Tunis.
Le détroit ou canal d'Olrantc donne accès de la mer Ionienne dans la mer Adiiutique.
Le passage de l'Archipel à la mer de Marmara se fait par le long détroit des Dardanelles. De la mer de Marmara on gagne la mer Noire par le détroit encore plus resserré du Bosphore.
Le détroit de Kertcli ou dPénikale' donne accès delà mer Noire à la mer d'Azov.
Péninsules. — Au nord, les péninsules sont de deux types différents : les unes ne font que prolonger la plaine basse de l'Europe orientale et septentrionale; telles sont la presqu'île de Kola et la j)éninsule du .lufland, simple seuil entre la Baltique et la mer du Nord. Les autres conime la Scandinavie, constituée par un [)uissant massif monlagneuK, ou la Bi-etagne avec ses roches anciennes et ses formes accidentées, sont des régions distinctes, aux rivages élevés et bien découpés.
Les péninsules médite rran rennes sont les mieux carac-
térisées. Elles diffèrent beaucoup par le degré et le mode de rattachement à la masse continentale. Ainsi, g-ràce à l'extrême pénétration des eaux marines à l'intérieur des terres, TEspag-ne, l'Italie, la rég-ion située au sud des Balkans, sont considérées comme des péninsules. Mais elles tiennent au continent par de larges pédoncules de nature difl'érente : l'Espagne se lie par une chaîne montag-neuso qu'une dépression de plaines sépare des autres systèmes montagneux du continent. L'Italie s'attache par un cordon montag-neux qui soude les Apennins aux Alpes. Des presqu'îles, au sens étroit du mot, sont la Morée. et la (Iriinée que des langues de teri'c sans largeur rattachent au corps de l'Europe,
Iles. — La g'éographie politique considère les Açores, rislande, le Spitzberg- comme faisant partie de l'Europe. En réalité, ce sont des îles océaniques.
Les îles vraiment européennes ont été détachées de la masse continentale, tantc>t par do bi^usques révolutions, tantôt parles influences lentes etséculaires que révèle la g'éologie.
Dans les rég-ions des fjords, le long- des côtes de Norvèg-e et d'Ecosse, le rivage se découpe de plus en plus : les îles Lofoten font ressortir ce phénomène. L'archipel de la Grande-Bretagne a été séparé du continent et divisé luimême en plusieurs g-roupes par l'action de l'Océan.
h'Arc/iipel, entre la Grèce et l'Asie Mineure, témoigne d'une œuvre de destruction encore plus avancée. Ses îles nombreuses et petites sont les restes d'une grande masse de jonction qui s'étendait jadis d'un continent à l'autre, à la place où s'étend aujourd'hui la mer Ég*ée.
De même, il est très vraisemblable que les iles danoises, la Corse., la Sardaigne., la Sicile, les Baléares., sont des débris de terres considérables.
Enfin, l'existence d'autres îles est due à des soulèvements volcaniques qui ont fait émeiger et ont exhaussé en plusieurs points le plateau sous-marin : à cette catég-orie appartiennent le Stromboli et les îlots du groupe de Santorin dans l'Archipel.
En Hollande et sur la côte de l'Allemag-ne du Nord jusqu'au Weser, la série des îles de la Frise marque la place de l'ancien littoral. Elles ont été détachées du continent par l'action de la mer.
Action de la mer sur les côtes. —La mer est, en effei, l'un des agents les plus puissants de modification des côtes. Elle est à la fois un agent de destruction et de reconstruction.
Les grandes houles du large, poussées par les vents d'ouest, atteignent dans les mers accidentées de l'Europe une puissance extraordinaire. Sur le littoral écossais, le pliare de Bell Rock à ;34 mètres de hauteur est souvent enseveli sous la vague. Les lames exercent des pressions de 3 000 et parfois de 33 000 kilogrammes par mètre carré et peuvent soulever des blocs de 40 mètres cubes, comme il est arrivé h Cherbourg et à Plymouth.
La Manche, la mer du Nord, la Baltique sont des théâtres connus de l'action destructive des vagues. Au xiii^ siècle la mer forme le Zuiderzée. Les courants de marée, les courants réguliers et les tempêtes ont ouvert le Pas de Calais et l'élargissent sans cesse, rongeant les falaises, et réduisant leurs débris en sables et en galets. Ce que le flot enlève dans ces régions aux rivages de France et d'Angleterre, il le porte, grâce à l'action des courants, dans les polders de la Hollande.
Les appoints de la mer sur les côtes basses de rEurojio sont de dimensions et de formes différentes, suivant qu'ils ont été déposés par les flots d'un grand bassin océanique, ou par les mouvements moins importants des mers intérieures. Ils forment ici des dunes, là des cordons littoraux. Ainsi, les dunes des rivages de la Baltique ou même de la Méditerranée sont loin d'être aussi considérables que celles de l'Océan. Sur les côtes de F'rance, dans les Landes, le flux et le reflux ont la force de déplacer les apports. Parmi les exemples de flèches et de cordons littoraux il faut mentionner : sur la MéditeiTanée, en Italie, les abords du port de Venise; en France, le littoral du Languedoc. Dans la mer Baltique, les llèclics de sable [jiehrungen) forment des lagunes où se jettent l'Oder et la Vistule.
Action des fleuves. — Plus lentement, les fleuves contribuent à modifier l'aspect de la côte. Si nous n'avons pas de fleuves qui, comme le Gange, charrient annuellement soixante fois le volume des pyramides d'Egypte, des fleuves comme le Rhône, le Pô ou le Danube entraînent cependant une masse considiJral)lc d'ap|»orts.
Nos fleuves débouchent de façons différentes dans la mer, soit sous forme d'estuaire, soit en dessinant un délia. Les estuaires forment comme autant de prolongements de
la mer, que le flux remonte quelquefois fort loin dans l'intérieur. Ce sont autant de golfes d'eau douce, propres au développement de ports importants. L'Elbe en Allemag'ne, la Tamise en Angleterre, la Seine et la Gironde en France ont les estuaires les mieux caractérisés.
Quand les fleuves finissent en deltas, c'est au contraire la terre qui gagne sur le flot. De même qu'en Afrique les apports du Nil ont comblé un ancien golfe de la Méditerranée, le Pô gagne sur l'Adriatique 70 mètres par année. Le Rhône gagne chaque jour sur le golfe du Lion; le Danube sur la mer Noire ; la Volga sur la Caspienne.
Lorsque les fleuves débouchent en arrière de cordons littoraux ou de groupes d'îles, ils remplissent peu à peu de leurs apports les lagunes et les détroits. Ainsi font le Niémen au Kurisches-Hafl", laVistule dans leFrisches-HalT, l'Oder en arrière d'Usedom et de Wollin; le Rhin, la Meuse et l'Escaut dans l'archipel de Zélam e. Les apports de la Loire comblent lentement le détroit de Noirmoutier; le Don élève sans cesse le fond de la mer d'Azov.
Action du climat. — L'utililé du littoral, l'accès des ports à la navigation, varient non seulement pai- les conditions de profondeur, celle-ci constante dans la Méditerranée, variable avec les marées dans l'Atlantique, mais aussi par l'effet du climat : l'hiver de la Russie bloque par les glaces les ports du gollY' de Finlande et ceux de la mer d'Azov ou du nord de la Caspienne, aussi bien qu'Arkhangel sur la mer Blanche. Les fjords de Norvège et les firths d'Ecosse restent au contraire toujours libres, grâce aux courants et aux vents tièdes du sud-ouest ; mais ceux-ci les couvrent trop souvent de leurs brouillards, alors qu'une lumière intense signale de loin aux marins grecs les îles et les caps de l'Archipel.