I. — La Fi-OiiK
Généralités. — La végétatioti résulte dir€ctement du climat. La zone tempérée se prolong-eant en Europe, grâce aux influences océaniques, beaucoup plus au nord qu'en Asie et dans l'Amérique septentrionale, les végétaux qui caractéi^isent les reliions tempérées ont sur notre continent un domaine d'autant |»Ius lai;.;e du nord au sud. La répartition assez égale de Thumidité empêche l'existence de surfaces désertes, sans productions utiles.
La culture a donc proportionnellement en Europe un champ plus vaste que partout ailleurs. Les céréales y sont cultivées au nord même du cercle polaire jusqu'au 07' degré de latitude, alors qu'en Amérique elles ne d(''passent guère le 55*. La vigne dépasse en Europe le 50" degré de latitude nord, alors qu'en Amérique elle atteint à peine le 4;^" tleg-ré. ].,a zone mi''ditorrnnéermc possède encore des
palmiers sous une latitude beaucoup plus septentrionale que les autres continents. En Asie, cet arbre cesse d''être cultivé en moyenne au delà du 35" degré de latitude nord. En
A.Bcrthelot del.
Fig. ti, — Limites de ia culture des céréales, de la vigne, du palmier.
Europe, on en voit encore vers le AS" degré de latitude nord, en Provence.
Conditions de la végétation en Europe. — La végétation ne présente pas, il est vrai, en Europe une vie aussi intense, une frondaison aussi dense, une floraison aussi continue que dans les forêts vierg-es des pays équatoriaux.
Les arbres ù feuilles caduques et les plantes annuelles y occupent la plus grande place : c'est dire qu'ici la vég-étation appelle le travail et la prévoyance de l'homme, le labour périodique, les semailles, le choix des plantes et des semences, l'adaptation intellig-ente des cultures aux conditions diverses de chaleur, de lumière et d'humidité, au relief et à la nature des terrains. Les formes végétales y sont très variées, on peut les grouper dans les régions suivantes :
i" La zone méditerranéenne ;
2" Les régions articulées de l'Europe centrale et occidentale ;
?>" Les plaines de l'Europe orientale et centrale ;
4" La région septentrionale ou forestière de la Russie et a Scandinavie,
Région méditerranéenne. — La région méditerranéenne
est la plus favorisée au point de vue de là chaleur et de la lumière; mais l'humidité y est peu abondante, la sécheresse de l'été y interrompt ou réduit l'activité de la vie
végétale. En outre les montagnes occupent une grande partie de la superficie : plateaux, massifs en Espagne, montagnes et chaînes de toute orientation dans la péninsule des Balkans et l'Apennin : autant de régions qui ne se prêtent pas aux cultures les plus riches et où se maintient la vie pastorale avec transhumance, c'est-à-dire nécessité de déplacer les troupeaux d'une saison à l'autre pour chercher de nouveaux pacages.
Ces déplacements alternatifs de la montagne à la plaine et de la plaine à la montagne rapprochent les pays les plus méridionaux de l'Europe méditerranéenne (Espagne, Calabre) des régions plus sèches de l'Asie et de l'Afrique, où régne la vie nomade proprement dite, et les opposent aux terres à culture dense et continue de l'Europe atlantique, aux herbages abondants qui nourrissent toute l'année sur place les troupeaux de la Normandie, de l'Angleterre ou de la Hollande.
Par contre, dans les parties plus favorisées de la zone méditerranéenne, quelques cultures arborescentes auxquelles suffisent les pluies d'hiver, la vigne, l'olivier, l'oranger, ont fixé la population et constituent la principale richesse, aujourd'hui comme dans l'antiquité.
Dans leur ensemble, en effet, les régions méditerranéennes ont conservé, plus que toute autre, l'aspect et les cultures antiques; les conditions étroites du régime des [)luies les ont maintenues dans un état stationnaire. Aujourd'hui comme à l'époque romaine, ces pays ne peuvent se suffire en céréales.
Dans les forêts subsistent les arbres à feuillage toujours vert : le chêne vei't, le chéne-lièfje, lopin pwasol, le ci/près, l'if, Iq platane, Iq sycomore, le m;/rte, les lenlisques, le laurier-rose ; mais trop souvent ils se réduisent k l'état de buissons ou marjuis.
Il faut, bien entendu, considérer comme appartenant h un autre type les plaines de Lombardie et du bas Danube, qui doivent aux fleuves alpestres leurs abondantes récoltes.
Région de l'Europe occidentale atlantique. — La température y est moins élevée, la lumière moins vive que dans la précédente, mais la douceur relative de l'hiver et l'humidité constante y permettent une végétation continue et Tudaptation du sol aux cultures les plus diverses. Aussi est-ce (Jans ces régions (plaines de France, de Belgique,
Hollande, Danemark) que l'agriculture savante et intensive obtient, de nos jours, les rendements les plus élevés, soit en céréales dans les terrains riches et complets tels que la Beauce, soit en prairies dans les terres siliceuses, soit en fruits acides (pommes, poires, cerises).
C'est aussi dans ces pays que l'état ilu sol s'est le plus transformé depuis l'antiquité ou même parfois en une génération, comme il est arrivé en An,i;leterre où les forêts et les parcs à moutons du moyen âge firent place aux champs de blé dans les temps modernes, aux prairies pour l'élevage du gros bétail dans la seconde moitié du xix^ siècle, quand le marché anglais se fut ouvert aux blés de Russie et d'Amérique.
Grâce au climat maritime, l'acclimatation des plantes, qui semblerait devoir être limitée entre des parallèles de latitude, progresse aussi bien ici du sud au nord que de l'est à l'ouest : les pommiers, réputés les arbres caractéristiques de la Normandie, sont originaires de la Navarre.
Europe centrale. — On pourrait appeler Europe centrale une zone intermédiaire, représentée en g-rande partie par TAIlemagne, où la vég-étation est encore favorisée, mais à un moindre degré, par les influences du climat océanique, où les rigueurs du climat extrême ou continental font déjà sentir leur effet. On y rencontre encore des terres riches, telles que la plaine hongroise, mais les quantités annuelles de chaleur et d'humidité sont moindres.
Les forêts y couvrent nombre de massifs montagneux qui en portent le nom [forêt de Bohême^ forêt de Thuringe, forêt Noire, etc.). Les essences les plus répandues y sont le chêne, le tilleul, Vérable, le frêne, et dans les parties hautes, le sapin.
Europe orientale et continentale. — Dans l'Europe orientale , les végétaux rencontrent de tout autres conditions. La quantité de chaleur reçue annuellement est, si l'on excepte les contrées voisines du cercle polaire, assez considérable, mais répartie brutalement et sans transition. L'Europe orientale, avec son hiver glacial et son été brûlant, est moins favorable à la culture que les contrées précédentes.
Les pluies y sont moins abondantes que dans l'Europe occidentale; elles sont toutefois suffisantes encore pour permettre la culture, parce qu'elles tombent surtout dans la saison où elles sont le plus utiles, en été. Il faut excepter les steppes du sud de la Russie, le long de la mer Caspienne :
la sécheresse n'y permet ni la vie des arbres ni la culture régulière des céréales.
Le relief est peu considérable, presque nul. L'altitude du plateau de Valdaï — 3.31 mètres, — point culminant de la région, est inférieure à Taltitude moyenne de notre Limagne ; il n'y a point, de ce fait, une seule parcelle de terre perdue potir les végétaux.
En outre, cette partie de notre continent renferme des terres de qualité exceptionnelle, telles que les Terres Noires [tchernoziom) de la Russie, et les plaines du bas Danube. La couche d'humus atteint plusieurs mètres d'épaisseur dans la région du Don, et les Terres Noires représentent à elles seules 90 millions d'hectares.
L'Europe septentrionale. — Par la rigueur et la durée de leurs hivers, les plaines de la Russie boréale aussi bien que les plateaux et les montagnes de la Scandinavie se prêtent mal aux cultures alimentaires et portent surtout des forêts [bouleaux, pins, sapiiis, mélèzes).
Dans l'extrême nord enfin, les terres màrécag*euses des toundras que l'été ne dég'èle qu'à la surface portent la maigre végétation de la zone polaire : mousses, lichens, saules nains, rhododendrons.
Principales ressources végétales. — 1° Exploitation forestière. — Les plus grandes étendues de forêts avoisincnt la zone subpolaire : fa Russie compte jusqu'à 200 millions d'hectares do forêts; la presqu'île Scandinave plus de 23 millions.
Dans l'Europe centrale, les forêts couvrent surtout les régions montag-neuses des Alpes et des Karpates, plus de 18 millions d'hectares, dont ta plus g-rande partie appartient à l'Autriche-Hongrie.
Dans l'Europe méridionale les forêts et le maquis occupent à peu près la même superficie sur les hauts plateaux et les chaînes de l'Espagne, dans l'Apennin et dans les Balkans.
L'Europe occidentale, pays de cultures savantes par excellence, ne compte plus que 2 millions d'hectares de forêts.
2" Céréales. — La culture des céréales est une des plus importantes de l'EurojJe; sa ])roduction annuelle dépasse 1 niilliar'd TOd n)illio(is d'Iiecloiilres, soit GO p. 100 de la
production totale du giobe. La Russie seule, avec ses grandes plaines et ses terres noires, en produit le tiers (650 millions). Viennent ensuite la France et rAllemagne (300 millions d'hectolitres); puis î'Autriche-HongTie( 180 millions), l'Angleterre (150 millions), la Belgique et le Danemark (25 millions).
Les principales terres à froment, sont : au premier rang-, celles de France qui produisent chaque année plus de 100 millions d'hectolitres, et celles de la Russie méridionale ; ensuite celles de Hong-rie, de Roumanie, de Turquie et l'Angleterre méridionale.
Le seigle croît dans les terres plus pauvres et plus froides de l'Allemagne du Nord, des Pays-Bas et de la Haute-Autriche. 'L'orge eiVavohie sont des céréales caractéristiques de l'Europe septentrionale, de l'Allemag-ne du Nord, du Danemark et de la péninsule Scandinave.
Les péninsules de l'Europe méridionale, avec un climat plus chaud, mais des terres plus maigres et plus élevées, cultivent le maïs et le millet; la culture du ris, dont le centre principal était la vallée de Pô, est presque complètement abandonnée.
3" Cultures herbacées. — Parmi les cultures herbacées, les plus importantes sont celles de la pomme de terre et de la betterave. La pomme de terre prospère surtout dans les terres de l'Allemagne du Nord, de la France septentrionale, des provinces baltiques de la Russie, des îles Britanniques, de la Belgique et de la Hollande, c'esf-à-dire dans des terres sablonneuses et moins fiches que les champs à céréales. Les principaux pays producteurs de betteraves sont: au premier rang- l'Allemagne et l' Autriche-Hongrie, au second la Russie et la France.
4° Cultures arborescentes. — La culture arborescente la plus remarquable de l'Europe est celle de la vigne. Sa limite septentrionale est à peu près marquée par le 52" degré de latitude. En fait, à l'est, la culture n'est plus rémunératrice au delà du 47'' degré. Dans le sud de la Russie, on est forcé d'entérref les vignes pendant l'hiver pour les protéger contre les gelées. Le premier rang parmi les pays où est cultivée la vigne appartient à la France; les régions les mieux dotées sont ensuite Vltalie, V Espagne et la Hongrie,