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III. — Géographie économique

Agriculture; conditions naturelles. — L'immense étendue de l'empire russe comprend des pays de valeur très inégale, et rappelle à cet égard l'Amérique du Nord bien plus que les régions partout peuplées et cultivées de l'Europe occidentale. Le sol improductif y représente près d'un tiers de la surface : ce sont les toundras glacées et marécag-euses de la Russie boréale, où les Lapons et les Samoyèdes tirent leurs seules ressources de la chasse, de la pêche et de l'élève du renne; ce sont, à l'autre extrémité, les steppes salés du Sud-Est, la dépression sablonneuse des bords de la Caspienne, stérilisée par la sécheresse, simples terres de parcours des nomades Kirghiz, éleveurs de chameaux, de moutons et de chevaux.

Les forêts {polessia) occupent un autre tiers, toutes les régions septentrionales de la mer Baltique aux monts Ourals entre les Oi"^ et 56*= parallèles, dans les vastes grouvernements d'Arkhangel, Vologda, Viatka, Perm, Olonetz. et en Finlande où plus de la moitié du sol est couverte de bois. Clairsemées, coupées de landes et de marais, ces

forêts laissent pourtant quelque place à la culture duseig-le.

Les pi^airies ou steppes cultivés de la Russie méridionale couvrent environ 12 pour 100 : c'est le pays des Cosaques du Don; les pluies du printemps y nourrissent des herbes abondantes qui s'élèvent rapidement à 2 ou 3 mètres ; mais la sécheresse de l'été y empêche la vie des arbres et la récolte des céréaks.

Il reste pour la culture proprement dite 22 pour 100 du territoire; mais ce sont les terres les plus riches de la zone tempérée, le tchernoziom, la féconde « terre noire » des gouvernements de Kiev, dePoUava, Ivoursk, Kharkof, Voronej, Tambof, mieux pourvue dé matières organiques que le limon du Nil même. Cette Beauce g-ig-antesque, deux fois grande comme la France et cultivée par .30 millions de moujiks, est un des greniers à blé du monde.

(Toundras Sol f et

improductif! S'-^RP^^ ^ \ sales

Forêts

Prairies

Champs cultivés

Fig. 12. — Terres cultivées et terres i acuités en Russie.

Le n-jîime de la propriété diffère absolument de celui de la France. Le tsar possi'de à lui seul ou avec les memlirrs de sa faïuille prés de la nioilié di;s terres. Les grands jiropriétairos détienneiil les 2/o du reste. Les paysans russes ont êti'' alTraiicliis du siTvage sous Alexandre 11 ; mais les terres sont en grande partii' restées la propriété rommune des villages ou viirs. Les différentes familles se partagent pi-riodiciuement (ici tous les trois ans, ailleurs tous les dix ou vingt ans) les kds à cultiver, et ne peuvent les vcndr*'; on voit mênic dans ipielipies régions de steppes les récoltes mises clia(|ue Hunée en commun et partagées entre tous les habitants du » mir ». Cliinpie travailleur prend autant de fourrage qu'il peut en couper.

L'agriculture russe, avec ses conditions et son aspect

EMPIRE DK RUSSIE. Ôl

uniformes, identiques sur de grands espaces, est souvent exposée à de redoutables ravages par les brusqueries du climat continental. Les gelées tardives ou prématurées, d'autres fois l'insuffisance des pluies d'été ont compromis les récoltes sur de vastes étendues et amené la famine.

Production forestière. — La Russie est avec le Canada une des grandes forêts du globe ; les essences que l'on rencontre le i»lus fi-équemment dans les forêts septentrionales sont \e pi7i sylvestre, le sapin, Vaulne, le tremble, le mélèce et surtout le bouleau, l'arbre russe, comme l'appellent les Asiatiques. Au centre dominent le chêne, le tilleul. Vomie, Vérable. Le Caucase porte de magnifiques bois de chênes, de hêtres.

Sur 200 millions d'iioctares de forêts qùo possède la Russie, la moilié environ est la propriété du tsar. Mais cette richesse a été gaspillée en l^ussie comme ailleurs; et le déiioisement y fait des progrès rapides. La consommation normale absorbe déjà beaucoup de bois. Xa majeure partie des constructions est faite de planches ; le chauffage d'une population de 100 millions d'hommes pendant les longs mois de lliiver conlinental exige plus de 300 millions de stères. Qu'où pense à l'énorme flotte <le navires, barques, radeaux en bois nécessaires à la navigation (Inviale ou au cabotage ! Les usines à fer de l'Oural traitent le minerai avec des feu\ de bois ; nombre de ralTineries de Podoiie n'emploient pas d'autre ondiustible. Enfin, il faul, alimenter le commerce d'exportation ; les planches forment, au départ de la Russie, un excellent fret.

Or les arbres sont lents à se reproduire dans les régions médiocrement arrosées de la Russie; des bois, qui en F'rance atteignent leur plein dévebippement eu trente ans, ne se reconstituent dans l'Oural méridional (|u'en quatre-vingts et quatre-vingt-dix ans.

Cultures alimentaires. — La pi^oduction des céréales s'élève, en moyenne, à 700 millions d'hectolitres par an. Le 6/<? est surtout cultivé dans les terres 7ioires, puis en Bessarabie et en Pologne. La récolte peut varier de 120 à 165 millions d'hectolitres et ne dépasse pas toujours celle de la France, par suite des méthodes encore défectueuses. Le seif/le, résistant bien aux intempéries, est cultivé paiiout, mais principalement en Pologne : il forme la part principale de l'aHmentation du peuple, qui en fait du ptiin, de l'eaude-vie, et le « kvass », boisson nationale. Les récoltes de seigle s'élèvent à 230 millions d'hectolitres. La production de ïacoi7ie oscille entre 150 et 200 millions d'hectoliti^es; c'est la céréale des pays pauvres du Nord. C'est aussi dans le Nord, puis dans le Centre qu'on cultive le plus Vonje

(95 millions d'hect.). Le maïs est une des richesses de la Bessarabie (12 millions d'hectolitres).

La pomme de tei^re, cultivée surtout dans la Russie occidentale (Pologne et provinces baltiques), donne une récolte de 240 à 280 millions d'hectolitres.

Le vrai domaine des arbres fruitiers, c'est la Transcaucasie. Les vignes, nombreuses en Grimée, en Bessarabie et dans la vallée du Kouban, donnent rarement plus de 3 millions d'hectolitres de vin. Celui de Crimée a seul quelque réputation.

Cultures industrielles. — Le développement rapide des cultures industrielles a produit une transformation profonde dans la vie de la Russie. La culture de la betterave en particulier a eu l'importance d'une véritable révolution économique.

Étendue en Pologne et dans les terres noires, elle modifie le soi par l'engrais, transforme l'élevage, stimule lextraction du charbon, la constnirtion d'usines et de voies ferrées. La culture intensive et la grande industrie sont nées soudain ilans un pays naguère très arriéré. Les gouvernements de Kharkof et de Ivievv, puis la Podolie et la Volliynie comptent les plus grandes plantations de betteraves et le plus grand nombre de raffineries de sucre.

La Russie cultive le lin comme le chanvre en quantité supérieure à sa consommation et les vend sur les marchés de France, d'Angleterre et d'Allemagne. Les principaux centres de cette culture sont les provinces baltiques, les gouvernements de Jaroslavl et de Kostroma.

La culture du coton est localisée au sud du Caucase, de même que les plantations de mûriers.

Le tabac est surtout cultivé par les colons allemands dans les provinces de Tauride, de Volhynie, d'Ukraine, de Bessarabie et de Mingrélie.

L'élevage. — La Kussie est, avec les États-Unis d'Amérique, l'État le plus riche du monde en animaux domestiques.

La Russie élève 43 millions de bêles à cornes, surtout dans les steppes du Sud et les terres humides de la Finlande et des provinces baltiques ; 28 millions de chevaux. Les races indigènes, Orlnf, Roslo|)chinc et les chevaux larlares ont de précieuses qualités de vitesse et d'endurance que savent entretenir les cavaliers cosaques.

Le nombre des moutons atteint 60 millions, autant que la France, l'Angleterre et TEspagne réunies. La peau du mouton est la fourrure du moujik. Les porcs (13 millions) sont moins nombreux qu'en Allemagne.

Dans les steppes brûlants de la Caspienne, les Kalmouks se servent de chameaux (40 000). Dans les régions g'iacées du Nord, l'animal domestique de trait est le renne.

Fi g. -13. — Pêche sur la glace au dessus du gouffre du lac Siamgo aux eaux basses.

L'apiculture est très populaire dans toute la Russie, surtout en Ukraine, où le miel a long-temps servi de sucre et fourni la boisson. L'élève du ver à soie est limitée à la chaude Tianscaucasie. .

La pèche et la chasse sont aussi parmi les grandes ressources de la Russie. On l'hasse les animaux à fourrures, ours, reiiards, loups, dans les forêts du Nord et de l'Oural. Le commerce russe traite plus de 400 000 pelleteries par an. Au moyen âge les peaux de martres servaient de monnaie.

Industrie. — Conditions naturelles . — La Russie possède le combustible minéral, houille et pétrole, et les métaux industriels.

94 DESCRIPTION PARTICULlÈFtE DES ÉTATS EUROPÉENS.

Déjà plus de lô pour 100 de la population russe s'occupe d'iiidus- Irie. D'ailleurs la Russie élait préparée à celle transformatiou ; le peujjle avait depuis lon.^temps l'habitude de la main-ironivre des métiers les [ilus divers. Si la plupart des usines ont été fondées par des étrangers, les ouvriers russes étaient capables de s'adonner au travail des manufactures. D'autre part il n'y avait pas en Russie une distinction aussi nette entre paysans et artisans qu'il y en a dans nos pays d'Occident entre cultivateurs et ouvriers. Les loni^s hivers imposent à la culture un chômage de plusieurs mois ; les moujiks emploient ce temps à se fabriquer eux-mêmes les objets de [)remière nécessité. Ils sontcharpentiers, forgerons, tisserands aussi bien qu'agrii'ulteurs.

L'émancipation des serfs par le tsar Alexandre II a préparé l'ère industrielle en multipliant la population des villes, et en donnant aux manufactures des ouvriers et des acheteurs.

Ressources minérales. — Les richesses minérales de la Russie sont abondantes et variées, mais elles ne sont pas encore toutes également exploitées.

Le bassin houiller du Donetr, le plus vaste que l'on corynaisse en Russie, compte, sur les deux lig-nes Voronej- Rostov et Kharkov-Taganrog-, 192 mines malheui^eusetnent assez éloig'nées des centres métallurgiques. — Les bassins de Moscou et de Toula, de Polog-ne (Sosnovice) et de l'Oural sont entrés à leur tour en exploitation. La production totale des houillères russes atloint 22 millions de tonnes.

L'exploitation d\i pé/ rôle a ïa'il des progrès beaucoup jdus rapides; la Russie occupe, avec les États-Unis, le premier rang" y>our cette production.

Le principal centre d'exploitation du uaplite se trouve dans la piosqu'ilo d'Apchéron ; mais entre la mer Caspienne et la mer Noire on a reconnu l'existence de nondjreux gisements sur les deux versants nord et sud du Caucase. Outre le district de Bakou, ceux de Tillis, des péninsules de Tanian et de Kertch sont riches en pétrole. Tels puits temporaires de Bakou ont déversé jusqu'à COO tonnes d'huile minérale en un jour. Toute une Hotte de bateauxciternes sur la Caspienne et la Volga, 1 .^00 wagons-réservoirs transportent l'huile combustible de Bakou et de Batuum à Moscou, Pétersbourg et Varsovie.

De nouveaux gisements sont maintenant exploités dans la Russie septentrionale, le long des monts Timan.

L extraction annuelle du pétrole de Russie dépasse 0 millifjiis de tonnes.

La métallurgie a fait dans les dernières années de rapides progrès, l-.es Russes, habitués jusqu'ici à se servir d'ustensiles de cuivre, métal ]»liis facile à découvrir et à travailler, adoptent et fabriquent maintenant les instruments et les machines on fer et fn acier. Les minerais de fer de V Oural, de la Fitilandiu ''f 'f'oula, sont traités dans de puissantes

fonderies montées par des ingénieurs et à laide de capitaux français, à Perm, Zlataoust, Toula (fabrique d'armes), Brianak, Kertch. Citons aussi la fonderie impériale d'Oboukhov et les chantiers de constructions navales d'(Jdessa, Nicolaïev et Sébastopol. La quincaillerie et la clouterie sont fabriquées à Tver, Moscou, Kalouga, Nijni-Novg-orod.

L'Oural fournit ég'alement le cuivre (mines de Nijni- Tag'ilskii), le plomb, le zinc, le nickel, le chrome, Vor, le platine, les j^ierres p?'écieuses (émeraudes, améthystes, topazes, malachites).

Le Caucase a des mines de plomb aryentifère (Vladikavkaz).

Le sel, que les paysans consomment en quantité pour leurs conserves •l'hiver, provient des salines de la Russie méridionale (Bessarabie, Crimée, Astrakhan), des sources salées et des carrières de sel gemme de l'Oural et du Caucase.

Industries dérivées de l'agriculture. — La meunerie est la principale industrie d'Odessa, le g-rand port d'exportation des grains et farines. Les distilleries d'alcool de g-rains et de pomme de terre, les raffineries de sucre de betterave sont nombreuses en Polog-ne (Lodz) et dans les « terres noires ». Les cuirs de Russie, très recherchés du commerce, sont travaillés dans 3000 tanneries et még-isseries à Kazan, Moscou, Kalouga et Pétersbonrg-. Leur odeur particulière vient de l'huile de bouleau noir ■qui sert à les préparer. L'industrie des fourrures est une des plus prospères en ce pays ; pendant des siècles les peaux de martres furent la monnaie des Moscovites. — Le suif, que donnent les moutons des steppes, est traité dans d'importantes fabriques de bougies et de savon à Kharkof et Odessa.

Industries textiles. — La plus active des industries récentes est la filature et le tissage du coto?i et du li?i: à Tver, Moscou, Kostroma, Vladimir, Jaroslavl, Saint-Pétersbourg, et surtout en Polog-ne, à Lodz. La Russie compte déjà plus de 100 filatures travaillant le coton.

La laine, objet du commerce traditionnel en Tauride (Kherson), à Kharkof, Poltava, Varsovie, est tissée dans les villes de la Russie centrale, de la Pologne et à Riga.

En résumé, l'industrie russe a fait dans ces vingt dernières années de rapides progrès. Les gouvernements où l'in-

dustrie est le plus active sont ceux de Moscou, de Saint- Pétersbourg-, de Vladimir, de Kiev, de Toula, de Varsovie. La plupart des industries ont même pour centre commun le g-ouvernement de Moscou, qui reste plus que jamais la capitale économique de la Russie. Ainsi le caractère continental de cet État se manifeste jusque dans la localisation de son industrie.

Voies de communication. — Le problème des communications a une importance vitale dans un empire aussi étendu et dont peu de régions se suffisent entièrement h ellesmêmes. Peu favorisée pour les échanges extérieurs par son caractère continental, ses mers fermées, son littoral en majeure partie inaccessible l'hiver, la Russie est au contraire bien dotée de voies navigables qui assurent la circulation intérieure à grandes distances : leur longueur totale atteint 83000 kilomètres, et il a suffi de 1300 kilomètres de canaux artificiels pour établir la continuité du ti-afic entre les fleuves de la Caspienne el de la mer Noire et ceux de la Baltique.

La Volg-a est le nœud de tout le réseau; ses ports, Astrakhan, Saratof, Kazan, Nijni-Novg-orod, Rybinsk, Tver, communiquent avec la mer Baltique par trois systèmes de canaux : 1° le canal Marie, entre le lac Onega, le lac Blanc et la Gheksna; 2° le canal de la Tichvinka, qui unit cette rivière affluent du lac Ladoga avec la Mologa; 3° le canal Tverlskli ou de Tver, qui unit la Tvertsa, affluent de la Volga avec le lac Ilmen et le lac Ladog-a.

Le Dniepr communique avec la Dvina, le Nic'men et la Vistule.

Les routes, peu nombreuses et mal entretenues, sont loin d'éjîaler les roules françaises, même comme longueur totale; le plus souvent, elles se réduisent à de simples pistes, foudrii-res impraticables au printemps. Exceptons l'admirable roule qui traverse les défilés du Caucase central de Vladikavkas à Tillis, cbef-d'œuvre d'audace comparable aux routes des Alpes.

Ajoutons que l'entretien de bonnes chaussées est à la fois plus difficile et moins nécessaire en Russie que dans l'Europe occidentale; l'biver y est la vraie saison des trans|)orts; les traîneaux glissent sur la neige avec rapidité et moins de dépense de traction.

Le l'éseau des chemins de fer (55500 kilomètres pour la Russie d'Europe), quoique doublé dans les quinze dernières

années, éi^ale cependant à peine celui de l'Allemagne et est loin de sutTire à un si vaste territoire.

La plu|iart îles lignes n'ont quune seule voie, sauf celles de Saint-Pélersbourg à Moscou, de Dunabourg à Riga et quelques lignes de Pologne. L"écartement des rails est plus large que sur les chemins de fer des autres États. Nulle part on ne rencontre de voies aussi rigoureusement rectilignes que le chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Moscou, tracé d'un trait de pkime sur la carte par le tsar Nicolas fe'". — Le combustible le plus employé sur les locomotives russes est le bois ou le pétrole, non la houille.

Le centre des chemins de fer comme des routes est Moscou. De là rayonnent en tous sens des lig-nes vers Pétersbourg-, Varsovie, Odessa, la Grimée, Vlavikavkas, Orenbourg-, Perm et lékatérinbourg-, .Taroslavl, Volog"da et Arkhangel. Une vaste étendue de pays au nord, à l'est et au sud-est, reste en dehors des mailles du réseau: ce sont les régions des toundras et des steppes salés. De même les voies sont rares dans la région des marais du Pripet.

Mais la préoccupation dominante du g-ouvernement russe a été, très justement, de relier au réseau ferré ses conquêtes asiatiques. Ce fut d'abord la construction du chemin de fer transcaspien, œuvre du général Annenkof ; partant d'Ouzoun-Ada et Mikhaïlof sur la mer Caspienne, la lig-ne a été audacieusement poussée ù travers les déserts jusqu'à Merv, Samarkand, Tachkent et Kokand.

Cette lig-ne du Turkestan est complétée par la voie qui long-e le Caucase méridional de Bakou à Tiflis et Batoum.

Enfin les dix dernières années ont été employées à une œuvre g-igantesque, la construction du Transsibcrieii, levier de la puissance russe en Asie. Cette voie de 9700 kilomètres, la plus longue du globe, relie maintenant Moscou à Irkoutsk, au lac Baïkai, à la vallée du fleuve Amour et atteint l'océan Pacilique à Vladivostok. Les Russes lui ont donné une nouvelle issue à travers la Mandchourie pour aboutir à leur station navale de Port- Arlliur.

Commerce intérieur. — Los foires. — Le commerce intérieur est assez actif en Russie par suite de la variété des produits d'un territoire aussi étendu. Il a gardé la forme qu'il avait dans toute l'Europe au moyen âge ; il se fait d'une façon temporaire dans de grandes foires qui reviennent

chaque année dans les différentes villes, surtout en été, lorsque la navig-ation est possible sur tous les fleuves.

Entre toutes il convient de distinguer Moscou, centre du commerce de la rég-ion industrielle, et i\ijni-Novgorod, centre du commerce entre l'Asie et l'Europe orientale.

ly,i foire (lo coUo doniiùrc \ ille donne lieu pendant le nuiis (raoùl, à des transactions de plus de ôtX) millions de francs. Alors plus de 2()00l»0 marchands échangent les métaux de l'Oural, les produits manufacturés russes et européens, les denrées coloniales, les objets d'alimentation, céréales, poissons , le bétail, les chevaux, les cuirs, les fourrures, les bois. On y voit les I^Dukares qui apportent du coton et des peaux, les caravanes des Persans chargés de tapis, de soieries, de riz; celles des Chinois marchands de thés noirs. Les Indous y tiennent marché de châles de Caciiemirc. Et à la lin d'août toute cette clientèle asiatique repart avec les cargaisons de marchandises russes qui seront revendues au loin.

Pcrm, Poltava, Kiev, Rostov, Kazan, ont aussi des foires célèbres. Kaznn est un entrepôt de grande valeur pour les échanges entre la Russie et la Sibérie; Kharkof, l'entrepôt et l'étape intermédiaire entre Moscou et Odessa.

Mais, à mesure que les chemins de fer se multiplient, l'importance des foires tend à diminuer parce qu'elles deviennent moins nécessaires.

Commerce extérieur, — Le commerce extérieur de la Russie est encore loin de correspondre à ses ressources naturelles. Cet État dix fois grand comme la France ne fait pas un commerce égal à celui de la Belgique (4 milliards 300 millions de francs).

La Russie achèl.e de moins on moins, par snile de di^oits protecteurs très lourds, les wa/ù-res prcifiirres nécessaires à son industrie, métaux, coton, et les produits manufacturésdu dehors. FA\c expoî'te au contraire en (pi,intit(! croissante les céréales^ le bois, le Ihi, \g pc'lrolc.

L'Allemar/ne et la Grande-nrclar/tie occupent le premier rang dans les échanges avec la ilnssie. Toules d(Hix lui vemlent leurs produils manufacturés, et lui achètent, rAngIclerro le blé, l'Allemagne lo seigle ; la moitié du pain (|ue l'on mange à Herlin est fait avec des seigles de Jiussie.

La France vimt au troisième rang : elle achète du blé et vend ses vins et ses produils de luxe Les ex|iorlations françaises en Itussie (7Ô millions) représcntent;ïi)eine le I/o du chiiïre îles exporlal ions allemandes ou anglaises. Par contre les Français ont jilacé prèsde 10 niillianlsm Hussie, soit en fomls d'Klat, soit en capitaux industriels.

Parmi 1rs pays asiatiques, la C/ilm' es! le |,,i\s (pii échange le pins avec la Russie (\i() millions de francs). i;ilc lui vend !,■ Ihc r[ la soie.

Marine marchande. — l^a principale, cause de l'infériorité commerciale de la Russie a étéjusqii'ici riiisiifllsancc de sa

marine niarchando. Malgré ses récenis prog-rès, si elle dépasse aujoiirdliui la (lotte suédoise, elle est encore loin d'ég'aler celle de la Norvège ; elle ne représente encore qif un total de ooOO navires et un tonnage de 655000 tonnes, dont J040 steamers jaugeant 870000 tonneaux.

Encore faut-il observer que la Finlande à elle seule arme la moitié des voiliers de l'empire russe et lui fournit ses meilleurs marins.

Le mouvcinriit des enlrét'S el dos sorties de Ions les ports de la Russie d'Eiiro[ie est d'environ 22 millions de tonneaux, dont 2 miliioiis pour Odessa, ■ ■e qui représente à peu près la moitié du mouvement des ports liollandais, et le neuvième du mouvement des ports anglais.

Les ports de la Baiti(pie, Lihau, Riga, Sainl-Pélersboitrf/, expédient des bois, des avoines et des seigles. — Dans la mer ÎS'oire, Odessa est le siège de Texportation des blés; Uuloian, le port des pétroles. Signalons aussi Taganrog el Rostov sur le Don pour l'exportation des céréales, du suif et du poisson.

L'empire russe en Asie. — La Russie n"a point, à proprement [jarler, de colonies ; les pays asiatiques qu'elle s'est annexés, au delà du Caucase d'une part, au delà de l'Oural et jusqu'au Pacifique de l'auli^e, enfin au cœiu" de l'Asie centi\alc, touchent tous à la Russie d'Europe. Il n'y a point de possession isolée.

L'empire russe s'étend hors d'Europe sur 10 870 000 kilomètres carrés, c'est-ii-dire sur une étendue trois fois plus grande que la Russie propreinent dite et supérieui^e de moitié à celle de toute l'Europe. Au total l'empire russe comprend le quart de l'ancien continent et le sixième des terres du globe. Mais la yiopulation de cet immense territoire (1.'30 millions d'habitants) n'atteint guère que le tiers de celle de l'empire anglais.

La Sibérie. — La Russie s'étend, par delà l'Oural, jusqu'au Pacifirpie par la Sibérie. Cette région couvre une superficie de 12 millions et demi de kilomètres carrés.

La Sibérie fut exploitée à l'origine comme pays minier, et surtout comme pays producteur de métaux précieux. L'or s'y rencontre en efîet dans la région du Haut-Obi, vers la ville de Tomsk; Y argent y fut aussi exploité. Mais la concurrence de la Californie, de l'Australie et de l'Afrique australe a rendu cette industrie moins florissante et peu rémunératrice ; la découverte des mines de houille et de

fet\ rétablissement de voies de communication, pourront y faire naître une grande industrie métallurgique.

Mais, outre la chasse des animaux à fourrures, la principale ressource de la Sibérie est et deviendra de plus eu [)lus l'agriculture. Les colons slaves y retrouvent dans les ])rovinces méridionales la « ten-e noire » semblable au tchernoziom de la Russie d'Europe et propre à la culture des céréales

Les voies ae communication soni encore rares, il est vrai, pour une si vasie étendue. îjans bien des provinces, sans compter les touudras infertile», ic sol est à peine défricbé ; le domaine des forêts est si consiiiérable que les colons ne suffisent pas à l'exploiter. Mais l'entreprise gigantesque du chemin île fer transsibérien, qui réunit aujourd'hui Moscou aux rives du Pacifiipie, a vaincu le grand ennemi de l'empire russe, la distance. Grâce à cette voie nouvelle, longue "de 9 700 kilomètres, la Sibérie ne parait plus l'affreux séjour réservé aux seuls condamnés; elle attire par centaine de mille les émigrants libres, les moujiks, auxiiuels le gouvernement distribue les lots de culture.

Aujourd'hui les huit gouvernements sibériens ne sont peuplés que de 0 millions d'habitatils, soit 1 par 2 kilomètres carrés. La région où les colons se réunissent en jiliis grand nombre est la Trcnisbaïkafic, sur les confins mongols, siège d'un commerce déjà actif avec la Chine. La [ilus gr-ande ville est Irlcoutsk (70 0;H) hab. i, qui doit sa prospérité à la même cause. L'ancienne capitale, Tohohl; (21000 hab.), n'est plus que la rpiatrièmc ville; Toinslc (07 OOOhab.), 0///.S/.- (:î7 000 hab.jet l7ar///-o,s/o/i: (.'iSOOO hab.) la dépassent.

Les Russes en Chine. — Par rocciq)alion du port chinois de Port-Arthur, sur le golfe du Petchili, à l'extrémité de la j)resqu'île du Liao-toung, la Russie avait cru saisir enfin des avantages longtemps inespérés : 1° un port libre de glaces sur le Pacifique ; 2° une nouvelle issue ])lus favorable pour l(î transsibérien et l'occasion d'assurer par la construction des chemins de fer russes en Mandchourie la prépondérance de l'empire des tsars sur cette province et sur la Chine du Nord. Mais devant eux s'est dressé un adversaire aussi redoutable que les plus grandes ])uissances euro|)éennes, le Japon, vieil Ktat asiaticpie rénové par les méthodes occidentales, |)euplé de 'i8 millions d'habitants.

Territoire transcaspien et Asie centrale. — Beaucoup moins riches sont les possessions russes tpii se développent

EMPIRE DE RUSSIE. lOi

entre la Caspienne, les Paniirs, les Thian-Chan, l'Ala-tau el le Tarbagalaï. Elles couvrent une superlicie de 3 millions 12 de kilomètres cairés.

C'est un pays déprimé, puisque la Caspienne est à 26 métrés au-(iesso\is du niveau de la mer, et que la nier d'Aral, séparée de la précédente par le plateau de l'Oustourt, dans une région plus haute, est à 48 mètres audessus. Le climat y est essentiellement continental et cette région s'assèche graduellement. Le pays est généralement peu fertile, sauf dans le voisinage immédiat des fleuves, et hahilé i)ar des peuples nomades. Le commerce, qui s'y fait en grande parlie au moyen de caravanes, s'est développé dejuiis la conquête russe, surtout depuis la construction du chemin de fer Iraiiscas|«cn menant de Krasnovodsk aux confins de l'Afghanistan et à Samarkand.

Ce vaste territoire, peuplé de 6300000 habitants, a pour capitale Tachkent (150000 hab.); il est divisé en onze gouvernements, qui composent la lieutenance (jc'nrralc de TiD'kealan ou d'Asie centrale. — Les villes de S<uiuiv- Âï??u/ (58'000 hab.) et A'o/,Y//?f/ (82 000), desservies parle chemin de fer transcaspien. entretiennent un commerce important de caravanes avec la Chine. Les Russes reçoivent par là le thé et les soieries.

Etals prolé(jés par la Russie. — Deux khans ou chefs du Turkestan ont conservé, sous le protectorat de la Russie, une indépendance purement nominale. Le khan de Jiokhara possède sur la rive droite de TAmou-Daria un territoire de 250000 kilomètres carrés, peuplé d'environ 2 millions d'habitan's. Sa capitale, Bokliara (70000 hab.), est le lieu de passage des caravanes indiennes et en même temps une ville sainte des musulmans. Le khan de Khiva commande seulement à 7 ou 800000 habitants.

La mise en valeur de ces pays a déjà fait de rapides progrès. Les plantations de coton y ont pleinement réussi.

Conclusion. — La Russie est le plus vaste des Étals européens et l'empire russe le plus étendu d"un seul tenant rpii existe sur le globe. C'est le type des États continentaux, par ses formes massives, ses côtes mal articulées, et surtout par les écarts excessifs de la température; ce caractère continental, qui réagit sur toute la vie économique de la Russie, n"est qu'imparfaitement compensé par les qualités de ses g-rands lleuves qui communiquent facilement entre eux.

Mais la Russie n'en possède pas moins d'abondantes

402 DESCRIPTION PARTICULIÈEiE DES ÉTATS EUROPÉENS.

ressources minérales et végétales, dont l'utilisalion méthodique a commencé, il est vrai, très tard et est encore très incomplète. La Russie ne fait g-uère qu'entrer dans l'ère de grande activité industrielle où l'ont précédée tous les autres États de l'Europe et ceux du Nouveau Monde.

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