II. — Géographie politique
Formation territoriale. — La plaine orientale, réunie aujourd'hui sous une seule autorité, était mal connue des Grecs et des Romains, dont les voyageurs visitèrent seulement les régions riveraines de la mer Noire. Les Grecs désignaient ses habitants sous le nom de Scythes, les Romains sous le nom de Sarmates. On ne peut même savoir exactement dans quelle mesure les barbares envahisseurs d'origine asiatique occupèrent ce pays, Les Golhs, les Huns et les Avares y passèrent, chacun à son tour. Mais le fond de la population resta formé par les Slaves.
Au moyen âge, l'arrivée des Varègues, Normands venus de la Suède eut pour résultat la formation d'un premier État auquel ils donnèrent le nom
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de Russie. Rurik, leur chef, maître de Novgorod, fut proclamé duc de Russie. Un siècle plus tard, Vladimir P'', maître de Kiev d'où il envoyait des flottes de pirates contre Constantinople, se convertit au christianisme avec sa nation (972-1015). Jusqu'à la fin du xii« siècle (1169), Kiev fut la cilé maîtresse en Russie. Au xiii« siècle, des républiques prospères ont pour sièges Novgorod et Pskov, dans la région de la Baltique et des lacs . L'invasion mongole détruit tous ces États, à la fin du xiix" siècle ; les tsars de Moscou ne jouissaient point d'une indépendance réelle, les Slaves payaient tribut au khan de la Horde d'Or.
C'est seulement au xv« siècle q\i'Ivan le Grand (1462-150.')) chasse les Mongols, humilie les princes lithuaniens et fonde un empire moscovite ayant pour limites le Dniepr au sud-ouest et l'Oural à l'est. Son œuvre fut complétée par Vassili Ivanovitch, mais surtout par Ivan le Terrible, qui. après les longues guerres contre les Tartares, les Polonais, l'Ordre livonien et la Suède, put commencer la conquête de la Sibérie. Ainsi, à peine défivrés du joug des Tartares, les Russes commençaient à déborder à leur tour sur l'Asie. Une troupe d'aventuriers cosaques, conduits par Irmak Timofeief, pénétra à travers les forêts de l'Obi et de l'Irtich jusqu'à la ville tartare de Siôir, qui tomba en leur pouvoir et dont le nom a été étendu à tout le pays. Dès 16i8, Dejnef atteignait les rives du détroit qui a reçu plus tard le nom de Behring. Les troubles soulevés par le faux Dimitri, des guerres malheureuses contre la Pologne, retardèrent tout progrès en Occident jusqu'à l'avènement de Pie7Te le Grand.
Les victoires de Pierre le Grand sur la Suède rendirent la Russie maîtresse des provinces baltiques. Les mers intérieures du Nord lui étaient désormais ouvertes; la Russie pouvait avoir une marine et devenait une des grandes puissances actives de l'Europe. La fondation de Saint-Pétersbourg (1703), aux bouches de la Neva, fut le signe de cette transformation. L'État moscovite avait désormais une issue vers les mers d'Occident.
Au xviii« siècle (1743), la Finlande est entamée comme les provinces baltiques. C'est à Catherine II la Grande que la Russie doit le plus après Pierre le Grand. La conquête de la Crimée ouvre à l'empire des tsars les mers intérieures du .sud de l'Europe, comme Pierre le Grand lui avait ouvert une issue sur les mers du Nord ; Ihéritage de la Courlande augmente son domaine baltique, cl le partage de la Pologne le rapproche de l'Europe centrale.
Au xix« siècle, le reste de la Finlande est conquis par Alexandre l^'; la Bessarabie rapproche les Russes de la péninsule des Balkans ; et la guerre contre la Turquie (1877-78) leur rend les avantages qu'ils avaient perdus en 18Ô6 par le traité de Paris, conséquence de la guerre de Crimée. En même temps ils obtenaient, outre un territoire important au sud du Caucase, des ports sur le littoral oriental de la mer Noire.
Le développement de la conquête et de la colonisation russes en Asie n"a pas été moins prodigieux. Aujourd'hui, le tsar règne des mers européennes jusqu'au Pacifique ; l'aigle à deux tètes, symbole de l'empire, plane de Saint-Pétersbourg à Vladivostok sur toute la grande plaine qui s'étend au nord de l'ancien continent.
Population. Races. Religions. — La population totale de la Russie, en y conipi'eiiant l;i Finlande elles provinces 1u Caucase, est d'environ ll."0 niillions d'habitants (plus que
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TAllemag-ne et l'Autriche-Hongrie réunies). Ce nombre considérable ne représente cependant pour un si vaste territoire qu'une population très peu dense, en moyenne 21 habitants par kilomètre carré. Mais il ne faut pas s'en tenir à des moyennes pour comparer la Russie aux autres Étals européens ; les habitants ne sont pas répartis sur toute la surface de l'empire : ils sont, au contraire, concentrés dans une rég-ion qui représente environ le quart du territoire et qui n'est pas trois fois grande comme la France. Ainsi, tandis que les toundras du Nord et les steppes du Sud-Est sont presque déserts et ne comptent pas i habitant pour 3 kilomètres carrés, la Polog-ne, qui en nourrit jusqu'à 90 par kilomètre, et le gouvernement de Moscou (73) ont une densité de population comparable à celle de pays de l'Euiope centrale comme l'Autriche-Hongrie et supérieure à celle de l'Espag-ne. L'aug-mentation annuelle dépasse un million d'àmes.
Malgré son unité g-éog^raphique, l'uniformité de son relief et de son climat, la Russie a été peuplée par les races les plus diverses, car toutes les invasions d'Asie en Europe ont laissé quelques traces dans la plaine orientale.
Mais la race dominante est la race slave. Elle compte 90 millions d'individus et se divise en trois familles, les Russes blancs, les Petits Russes et les Grands Russes. Les Russes blancs occupent au nord-ouest et à l'ouest les pays lithuaniens; les Petits Russes sont surtout fixés au sudouest, dans l'Ukraine et vers les confins roumains; les Grands Russes, les plus nombreux de tous (environ 48 millions), sont répartis sur le reste du territoire, au centre et à l'est, où ils ont accompli l'œuvre de colonisation qui aboutit à la fondation d'un grand empire, et absorbé les races étrangères au profit de l'unité nationale.
Les groupes les plus nombreux, après la famille des Russes proprement dits, sont les Ruthènes (10 millions), les Polonais (8 millions) et les Lithuaniens (3 millions et demi).
Les Allemands sont assez nombreux dans les provinces baltiques. Leurs colonies se sont aussi établies sur la Volga inférieure, au sud de Saratov.
Les Finnois et les Samoijèdes habitent les terres glacées du Nord-Est où ils vivent de la chasse et de la pêche.
La Russie comprend en outre dans les steppes du Sud-Est des Tartares ou Mongols nomades, sans compter ceux qui
sont fondus dans la population slave. Enfin les vallées du Caucase sont habitées par les races les plus variées, dont quelques-unes remarquables par leur beauté (les Circassiens) ou leur intelligence (Arméniens).
Les religions ne sont pas moins nombreuses que les races. Au premier rang- se place le cJiristiaiiisme gréco-russe qui compte environ 80 millions d'adeptes; sur J4 millions de catholiques^ plus de la moitié (8 millions) sont des Polonais ; la Finlande est protestante (2000000); il y a dans les provinces du Sud-Est plus de 2 millions de musulmans. Les Israélites sont répartis entre les provinces occidentales de l'empire. L'idolâtrie est encore répandue parmi les Samoyèdes et les Finnois de la Russie septentrionale.
Grouvernement. — Le gouvernement est la monai^chie absolue. Les lois sont les « ukases », c'est-à-dire les ordres de l'empereur. Le tsar est aussi souverain en matière de religion et préside le Saint-Synode.
Le budget de l'empire est de 3 milliards 800 millions. La dette, en grande partie extérieure, dépasse 18 milliards.
Uarmée permanente de la Russie est la plus considérable qui existe en Europe et au monde : elle compte près d'un million d'hommes; en temps de guerre la Rinssie peut mettre en ligne plus de )'• millions d'hommes et environ 400000 chevaux. Les cavaliers des steppes, les Cosaques, constituent une force militaire de pi'emier ordre dans des pays de plaines comme la Russie, l'Allemagne du Nord et la Hongrie. Mais la mobilisation de l'immense armée russe nécessite un temps plus considérable que celle dos armées rivales, à cause de l'énormité des distances.
Ajoutons f|iie la Russie possède une force défensive redoutable dans son climat continental; {îlncécs en hiver, marécageuses au printemps, bnllécs par le soleil en été, les plaines russes, (|ui en apparence n'offrent aurun obstacle, sont un champ de bataille nieurlrior pour les envahisseurs.
La flo/re russe se cunipose de 300 navires, dont 40 cuirassés, montés par (■.■jOOO hommes.
Divisions administratives. — L'empire russe compiciid quatre parties, sans compter les territoires asiatiques.
l. La Jtussie d'A'uro/ie est subdivisée en 48 gouvernements. Ses principales régions sont:
1° La (irandc-ltussiey ((ui oci:upc le centre de la plaine
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orientale et s'est formée autour de Moscou. Cependant elle s'étend au nordjusffu'à l'océan Glacial parle gouvernement d'Arkhanfft'L Sa superficie, 2300000 kilomètres carrés, égale 4 fois la France.
2° La Russie oi'ientale comprend le bassin moyen et inférieur de la Volga, moins les affluents de droite. Ses principaux gouvernements sont ceux de Kazan., de Sarafoo, d'Oldenbourg au sud de l'Oural et de Perm dans l'Oural central. Les Cosaques de l'Oural sont sous la dépendance du gouverneur de cette région.
3" hd. Petite-Russie et V Ukraine représentent l'État qui s'était jadis formé sur le Dniepr autour de Kiev, la première en date des grandes cités russes.
A° La Russie méridionale renferme les provinces riveraines de la mer Noire depuis le Pruth jusqu'au Kouban. Là sont situés les grands ports d'Odessa, de Kherson, de Sévastopol.
5° La Russie occidentale occupe le territoire pris à la suite du premier partage de la Pologne, les provinces lithuaniennes, avec la région marécageuse du Pripet.
6" En-fln les provinces baltiques, Courlande, Livonie, Est/ion ie, forment un groupe à part avec Saint-Pétersbourg pour chef-lieu.
IL Le royaume de Pologne groupe autour de Varsovie la majeure partie des pays acquis à la suite des partages.
IlL Le grand-duché de Finlande, dans la péninsule du même nom, a toujours conservé une certaine autonomie administrative depuis la conquête russe. Aussi est-ce une des parties les plus prospères de l'empire.
IV. Le gouvernement du Caucase, qui occupe maintenant les deux versants de ce grand système montagneux, est subdivisé en deux territoires, celui d'Europe" et celui d'Asie.
Villes. — La Russie compte sept villes d'une population supérieure à 200000 habitants.
Saint-Pétersbourg , créé en 1703 par la volonté de Pierre le Grand, au milieu d'une région marécageuse qui lui rappelait la Hollande, compte 1078000 habitants en hiver, et 150000 de moins en été. Protégée du côté du golfe de Finlande par les importantes fortifications de Kronstadt, elle est en communication par des canaux et des chemins
de fer avec toutes les réiiions delà Russie. Avec ses grandes avenues bordées de maisons en pierre, cette capitale toute moderne ressemble plus aux autres grandes villes européennes qu'aux anciennes villes russes.
Moscou (1300000 habitants avec ses faubourg-s), sur la Moskva. était la capitale avant Pierre le Grand ; ruinée par Tincendie qu'allumèrent les patriotes russes à l'arrivée de l'armée française en 1812, elle est redevenue grande et prospère par l'industrie et le commerce. Elle est restée le centre national et économique de la Russie. Sa population s'est accrue de 27 p. 100 en cinq ans, progression ég-ale à celle des villes toutes modernes des États-Unis. Les monuments de Moscou , le palais-forteresse d u Kremlin , ses églises avec leurs douze cents coupoles de toutes formes et leurs flèches dorées ou peintes, ont un aspect oriental qui contraste avec l'aspect régulier de Saint-Pétersbourg'.
Varsovie (750000 habitants), sur la Vistule, est la capitale de la Pologne, située au centre d'une riche région agricole ; elle est aussi importante comme point de réunion de lignes de chemins de fer nombreuses, venant d'Autriche et d Allemagne. C'est donc une ville de transit entre l'Europe occidentale et la Russie.
Odessa (400000 habitants) est le port le meilleur et le plus actif de la mer Noire. Fondée au xviii* siècle par Catherine II, embellie par les soins d'un émigré français, le duc de Richelieu, elle est aujourd'hui une des villes de commerce et d'industrie les plus prospères. De là partent les principales lignes de navigation à vapeur.
Ludc (en Pologne), simple bourgade de 200 habitants en 1820, est devenue en quelques années une des grandes cités ouvrières de l'Europe et compte aujourd'hui 352000 âmes. Ses rues rectilignes et perpendiculaires les unes aux autres comme dans les villes champignons d'Amérique atteignent jusqu'il 10 kilomètres de long.
Jtif/a (283000 habitants), l'ancienne capitale de la Livonie, est à la fois une grande place forte maritime, un port de commerce actif, et une ville manufacturière.
Kiev, sur le Dniej)r, la première en date des cités russes, la plus riche en monuments religieux, est restée l'une des plus in)i)ortantes avec 310000 habitants.
La Russie- [lossède encore douze autres villes de plus de iOOOOO habitants : hlt/ir/,ov, au centre des terres noires;
Vilna, Saratof, Kazan, lékatérinoslav, Rostov, Toula, Kichinev, Asti'akhan, et au delà du Caucase Tiflis (160000) et Bakou (179 000).
Citons aussi Nijui-Nocf/orod au confluent de TOka et de la Volga. Sa population fixe n'est que do 190000 habitants ; mais ses foires attirent chaque été près de 200000 marchands ou paysans, et les ventes qui s y font atteig-nent la somme de 500 millions de francs.
La Russie compte encore un assez grand nombre de villes dont la population dépasse 20000 habitants ; elles sont gToupées principalement dans la Russie centrale [Woronej, OreU Tver, Jaroslavl.
Mais il ne faut pas appliquer à ces agglomérations les idées qu éveille en nous le mot de ville ; les villes russes avec leurs maisons encore bâties pour la plupart en bois et dispersées sur un grand espace, par crainte des incendies, ont plutôt l'aspect d'immenses villages. On a pu appeler justement la Russie « l'Europe de bois ». La distinction entre la vie urbaine et la vie rurale y est moins nette que dans l'Europe occidentale, la bourgeoisie moins nombreuse et moins influente. La Russie ne comprend à vrai dire que deux classes très inégales, l'aristocratie des grands propriétaires, et la masse des moujiks (petits liommes), moitié cultivateurs, moitié artisans.