I. — Géographie physique
Situation et limites. — La péninsule il>érique esL la plus occidentale des péninsules méditerranéennes : elle se distingue nettement de l'Italie et de la péninsule des Balkans. En effet, tandis que ces deux masses se rattachent étroitement à l'Europe centrale, les Pyrénées, se dressant comme un mur, isolent l'Espagne et le Portugal du reste du continent.
Le détroit de Gibraltar sépare seul la péninsule ibérique de l'Afrique mineure. De fait, il y a entre ces deux contrées des ressemblances frappantes de relief et de climat, et l'on a pu dire même que l'Afrique commençait aux Pyrénées.
La péninsule ibérique, baignée au sud et à l'est par la Méditerranée, au nord et à l'ouest par l'Atlantique, occupe une superficie de 500 000 kilomètres carrés (à peu près l'étendue de la France, de la Belgique et de la Suisse réunies). Elle est de forme massive et presque quadrangulaire. Sa structure est moins complexe que celle de l'Italie et surtout que celle de la péninsule des Balkans.
Elle est partag'ée inégalement entre les deux royaumes d'Espagne (497 000 kil. carr.) et de Portugal (92 000 kil. carr.).
Formatîoa du soL — Le trait caractéristique de la structure géologi(|uc de l'Espog-ne, c'est la prédominance des roches primitives et primaires à l'ouest et au nordouest (la Galice, par son sol et par ses côtes profond('^ment découpées, rappelle la Bretag-ne), tandis qu'à l'est et au sud les sédiments tertiaires forment en majeure partie la vallée de l'Èbrc et le plateau de Castille et présentent par leur nature et leurs plissements de nombreuses analogies avec les montagnes et les plateaux africains de l'Atlas ou Maghreb.
La péninsule ibérique est une des terres d'Europe le plus fréquemment éprouvées par les tremblem.ents de terre: les traces de volcanisme s'y rencontrent en assez grand nombre, surtout h l'est. Les steppes de la Manche^ aux environs de Ciudud-lléal, renferment un cercle de volcans éteiîi(s\ et dans la i-ég-ion do la (Uttalor/nr comprise entre le Llubregat et le Ter, on n"a pas cuni|)lé moins de (jua-
rante-quatre cratères inactifs. Les restes d'une période volcanique passée se rencontrent même sur toute la côte orientale d'Espag'ne, depuis le cap de Gâta jusqu'aux Pyrénées.
Relief. — Disposition générale. — La péninsule ibérique est un pays de haut relief : les plaines y occupent à peine la quinzième partie de sa surface.
Le trait saillant, c'est l'existence d'un vaste plateau central., la Castille., qui représente la moitié du territoire espagnol. Ses pentes s'inclinent du nord-est au sud-ouest vers les terrasses du Portugal, tandis qu'il est bordé au nord et au sud de ^systèmes montagneux qui l'isolent du g'olfe de Biscaye et de la vallée de l'Èbre, ainsi que de la plaine du Guadalquivir. Deux systèmes extérieurs limitent la péninsule : au nord, les Pyrénées; au sud, la Cordillère Bel i que.
Le plateau central. — Le plateau central espag-nol ou meseta couvre à lui seul plus de 200000 kilomètres carrés. 11 est bordé sur trois faces par un cercle de hauteurs : les monts Ckintabriques au nord, les monts Ibériques, les montes Universales au nord-est et h l'est, la sierra Morena au sud.
1'' Bordures du plateau central. — Les monts Gantabriques (nom d'origine celtique qui sig-nifie coin de l'onde, Kent-Aber) s'étendent de l'est à l'ouest, depuis le port de Vélatc où ils se soudent aux Pyrénées jusqu'au cap Finisterre, parallèlement au littoral du g-olfe de Gascogne. Ils couvrent les anciennes provinces de Biscaye, des Asturies et de la GaUce, où ils s'épanouissent en multiples rameaux qui forment un vrai dédale de vallées et dessinent les nombreux promontoires de la côte. Par leur aspect, leur vég-étation, forêts de hêtres et de chênes, leurs prairies, ils rappellent les paysages de la France occidentale. Le point culminant, la Pena de Europa, s'élève à 2678 mètres, tandis que le col de Reinosa assure un passag-e entre la haute vallée de l'Èbre et le port de Santander.
Les inonts Ibériques sont moins une chaîne continue qu'une série de massifs indépendants, tels que la sierra Demanda, la sierra de Moncai/o (2340 mètres), à pentes très raides sur la vallée de l'Èbre, et s'inclinant au con-
traire par une série de gradins sur le plateau de Gastille. Le principal passage est le détilé de Pancorbo, où passe le chemin de fer de Vitoria à Burgos.
hes Montes Uîii ressaies, à l'est, sont le centre hydrographique le plus important de la péninsule; là naissent les sources du Tage, du Guadalaviar, du Jucar et du Guadalupe.
La bordure méridionale formée par la sierim Morenn présente un rempart moins élevé que la chaîne septentrionale des monts Gantabriques. L'altitude moyenne n'en est que de 1 200 mètres et domine d'assez peu le plateau castillan. Son nom, la Montagne JVoire, lui vient des tons sombres des maquis ou buissons qui recouvrent ses flancs. Vers le sud ses pentes sont plus raides, c'est une muraille abrupte, mais coupée de nombreuses brèches par où s'échappent les torrents qui descendent au Guadalquivir. La plus célèbre de ces brèches est le défilé de Despena -perros.
2° Le plateau central. — Le plateau central, qui domine la géographie de la péninsule et lui donne sa forme massive, comprend deux étages : la Vieille-Castille et la Nouvelle-Castille.
Le plateau de Vieille-Castille est le plus vaste et le plus élevé des deux. La pente g-énérale, indiquée par le cours du Douro, s'incline vers l'ouest. Malgré les nombreux accidents qui font varier l'altitude de ce plateau de 570 mètres à 1 150 mètres, le paysage est monotone, sans arbres, les cultures y sont médiocres et peu variées, par suite de la sécheresse. Les villes s'étagent aux altitudes suivantes : Valladolid, 7G0 mètres; Sa'lamanquc, 815 mètres; Burgos, 800 mètres; Ségovie, 1000 mètres, sous un climat rude exposé aux fortes et brusques variations.
«Do Burjîos à Vallailolid. dit M. de Launay 'CIuIj alpin, 1880. p. Id'i), c'est un eiïi'l df itleiii midi pauvre et morne, sous la crudité d'un soleil troj» blanc ; une plaine sans moissons, sans herbes, tonte nue, aux tons neutres, teircux, passés, des files d'arbres maigres et droits couleur poussii-re; des lits de torrents à sec; de pauvres maisons de pisé aux toits do tuiles pâlis; à llinrizon quekfncs collines |(lates. un ciel éblouissant, un édairafie intense ; et, faute de reliefs, pas d'omhres. »
La "Vieille-Castille est séparée au sud de la Nouveiie- Ciistille par une cliaîne médiane, masse de g-ranit, découpée en sierras, dents de scie; c'est la sierra Oaadarrama, qui
culmine au pic de Penalabra (2 405 mètres), la sierra de Gredos (^avec la Plaza de Almanzor, 2000 mètres), et la sierra de Gatà. Ces massifs ont leurs pentes les plus raides sur le versant sud, ce qui répond, du reste, à la diiïéi'eiice de niveau des deux étages de la Castille.
La sierra de Gredos est le g'roupe de monlag-nes le plus élevé et le plus pittoresque du centre de la péninsule; ses sommets couverts de neig-e pendant plusieurs mois de Tannée, ses pentes couvertes de bois et de pâturages contrastent avec la sécheresse et l'aspect dénudé des plateaux. Les principaux passages à travers les monts de Castille sont le col de S'omo Sterra (1430 mètres; et la passe (ÏAvila, qu'emprunte le chemin do fer de Valladolid à Madrid.
Vers le nord-est, au contraire, il y a transition entre la Vieille et la Nouvelle-Gaslille par le plateau de Soria.
Le plateau de Soria, d'uap altitude de 1 000 mètres, est le type de cette forme de relief que les Espa^uols désigneut sous le nom de paramera, liaute surface plate, uniforme et désoli'c, couverte de maigres laudes, vaste steppe dépouillé d'ariires, froid et baltu par les vents. « Dans ces solitudes, a dit Bory de Saint-Vincent, on se croirait transporté au milieu des déserts de la Tartarie * ». La langue espagnole abonde en termes siguificalifs pour exprimer la pauvreté de pareilles régions: despohlado, pays dépeuplé; deheaa, terre abandonnée.
Le second étag-e du plateau central comprend la lYouvelle-Caslille et la Manche. L'altitude y est inféiieure à celle de la région précédente. Madrid n'est qu'à 050 mètres. Ses pentes aboutissent à deux vallées, celle du Taye, étroite et profonde, et celle du Gnadiana, que sépare une chaîne d'une hauteur moyenne de l 500 mètres, les monts de Tolède et la sierra de Guadalupe. Au sud-est, il faut signaler une direction particulière des pentes : les hautes plaines de la Manche ne s'inclinent pas vers l'Atlantique, mais vers le Jacar et la Méditerranée.
Les g-raviers, les sables et autres vestig-es de l'ancien état lacustre donnent sa physionomie propre à la région. Ici encore l'aspect est triste, surtout dans les déserts {despoblados) de la Manche, pays poudreux, sans arbres, où pousse surtout le chardon. C'est bien le pays des mi-
1. Ilory de Saint-Vincent, Aperçu sur la géo(jniphie physique de l'Esjiugne.
rages, où Cervantes a justement placé les aventures étranges de son héros maigTe et rêveur, Don Ouijotte, le chevalier de la Triste Figurd.
Les plateaux de Vieille et de Nouvelle-Gastille se terminent de façon assez différente sur l'Atlantique. A l'ouest de la Vieille-Gastille s'étagent les Terrasses du Portugal, constituées à la fois par les dernières ramifications méridionales de la chaîne cantabrique et les prolongements septentrionaux de la sierra de Gâta. Celle-ci projette vers le sudouest une autre ramification, la sierra da Estrelki, qui se prolonge parallèlement au cours inférieur du Tage jusqu'au cap de Roca. Quant au plateau de Nouvelle-Gastille, sa zone de transition est marquée par le plateau d'Esfremadure, lequel est traversé de nombreux chaînons à faible relief. Tous viennent finir sur la plaine, très en arrière de la côte, contrairement à ce qui se produit pour les autres systèmes de hauteurs en Espagne. Cependant, les hauteurs et terrasses de ÏAlgarve dominent de près le littoral méridional du Portug-al.
Les plaines extérieures. — Les deux plaines les plus importantes de l'Espagne, placées aux deux extrémités du ]>lateau central, sont interposées entre les Pyrénées au nord, et le système d'Andalousie au sud.
La plaine d' Andalousie s'ouvre largement sur le g-olfe de Cadix. Dominée au nord par le versant abrupt de la sierra Morena, elle a une forme générale triangulaire et une très faible altitude. Andujar, qui marque à peu près sa limite extrême vers TintéiMcur, estseulementàSOO mètres au-dessus du niveau de la mer. Cordoue est à 100 mètres. A partir de Séville la plaine, formée d'alluvions récentes, est parfaitement unie : l'écoulement des eaux se fait lentement et se fait mal; de là, formation de vastes marécages à l'embouchure du Guadalquivir.
La plaine de VÈbre, dans l'Aragon, n'est qu'un étroit sillon pressé de tous côtés par les montagnes, hauteurs ibériques, Pyrénées, hauteurs côtières de la Catalog-ne.
Los monts (lola Catalogne, qui ferment presque complètement Li vallée de rKI)re et ne lui laissent qu'une étroite issue vers la .Méditerranée, sont domini's par le massif du Moniserraf, aux formes élrauf^ement ili-eoupées ; on V cutnple par l'enlaines les tours, les ;iif,'ui Iles, les ^'rôties, h's pieri'e> percées, (le même qu'en Allemaj^ue dans la Suisse saxouue.
En dehors de ces deux plaines de l'Andalousie et de la vallée de FÈbre, il existe, tout le long- des côtes espagnoles, de nombreux espaces déprimés, d'assez faible étendue sur la Méditerranée, plus largement développés sur l'Atlantique et qui, séparés les uns des autres par des caps montagneux, forment comme une ceinture de plaines littorales. Entre toutes ces plaines, hiierta de Valence, Jiuerla fTAlicante, etc., il faut remarquer la plaine du Ta^e inférieur, et de même, à l'ouest du prolongement montagneux de la sierra da Estrella, la série de terres basses qui s'étendent jusqu'au Douro. i
Les systèmes extérieurs. — Au delà des deux plaines de lÈbre et du Guadalquivir s'étendent d'une part les Pyi'énées, de l'autre le système d'Andalousie ou Cordillère Bétique.
Les Pyrénées sont, elles aussi, une sierra. Leur aspect est assez caractéristique, vu de France surtout, car les plus hauts sommets de la chaîne se profilent sur l'horizon en dents de scie ; mais elles appartienuent bien à lEspag'ne par les deux tiers de leur superficie et par leurs massifs les plus élevés.
Sur une long-ueur de iÛO kilomètres environ, entre le cap Creus et l'embouchure de la Bidassoa, les Pyrénées ont une direction g'énérale de l'est-sud-est à l'ouest-nordouest, leur larg-eur varie de 50 à 120 kilomèti-es ; les avantmonts occupent beaucoup plus de place en Espagne qu'en France. Les Pyrénées sont séparées du plateau de Castille par la long-ue vallée de l'Èbre, mais se soudent vers l'ouest aux monts Cantabriques.
Si les Pyrénées n'ont pas de sommets égaux à ceux des Alpes, leur altitude moyenne est néanmoins considérable, et les passages ou ports y sont généralement élevés, sauf aux deux extrémités. La masse des hautes terres se prolong-e sur le versant espagnol par un ensemble de cirques fermés, plateaux, et d'avant-monts : les sierras de \diPena, de Giiara, del Monsech qui couvrent la Navarre, une partie de l'Arag-on et la petite république du val d'Andorre.
Les Pyrénées orientales, avec leurs sommets granitiques de formes arrondies, s'étendent depuis le cap Creus et le cap Cerbère jusqu'au val d'Aran. d'où sort la Garonne. Elles commencent par des hauteurs médiocres, les Albéres, que la route carrossable du l'erlhus traverse à 2'JO mètres
2o2 DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES ÉTATS EUROPÉENS.
seulement d'altitude. Mais déjà le col de \a. Perche, qui assure la eoramunication eiilre le Uoussill'in et la vallée de la Cerdagiie, dépasse 1 (jOO métros; les massifs A'oisins, le Puigmal et le pie de Carlilte, s'élèvent à près di* 30OO mètres. Dès lors les Pyrénées opposent une barrière haute de cimes neigeuses, telles i[ue le Montealm ':î080 mètres).
Les Pyrénées centrales, ou liantes Pyrénées, s'étendent de la souree de la Garonne au val du gave d'Aspe. Elles eonipreuuenl le massif sauvage de la Maladetta (mouls Maudits;, qui culmine au pic d'Anelliou ^3S0i m.:, et les sommets aussi difficiles d'accès du Posefs (3 3(J7 m.) et du mont Perdu (:î3ô'2m. , connus jadis seulement des pâtres qui venaient conduire leurs troupeaux sur les eslihas (pàtur.iges d'été) des hautes vallées de TAragon.
Les passages sont rares dans celte partie du système, et très élevés : le col ou port d'Oo, par exemple, entre BagLières-de Ludion et Vénasipu^ est à 3 000 mètres.
Les Pyrénées occidentales, heaui-oup moins hautes, n'atteignent en aucun point la limite des neiges per[)étuelles. Les cols se multiplient et s'ahaissent, dans le pays basque, de 1 iôO mètres au col de RancfVdux. à 858 mètres au port de Belatte, entre Rayonne et Pampelune, et jusqu'à G50 mètres au port iïkUazahal. que traverse la voie ferrée de Paris à Madrid.
De même que les Pyrénées flanquent au nord la vallée de J'Èbre, la Cordillère Bétique limite au sud les plaines du (iuadalquivir, l'Andalousie. Ce système comprend à l'est de hauts plateaux dominés par la sierra Sagra (2 'lOO métrés , et au sud une série de chaînes qui s'élèvent audessus du littoral ot des petites plaines côtiéres de Malaga cl d'Almeria. La partie la plus importante par sa masse et son altitude est la sierra Nevada, aux cimes schisteuses roi/verfes de neige; le sominet le plus élevé, le Mulaharen, poiid. culminant de toute la péninsule (15 iSl mèlres), porte même un glaciei% le [ilus méridional do rh]urope. C'est ce |)uissanl réservoir d'humidité qui assure la fertilité de la « veija » de Grenade, de même que les neiges du lituit Allas alimentent les jardins de Fez au Maroc.
Climat. — C(> f|ui distingue le ]>lus les diverses rég-ions de la péninsule ibérique, ce sont les dill'érences climatériques, la ré|)artilion très inég-ale de la chaleur et surtout de l'humidité. On peut y distinguer quatre zones de climat :
A l'ouest, au nord-ouest et au noni, les pays basques, les Asturies, la Galice et le Portug-al, bref le versant septentrional ot occidental dos monts Caiital)riques,sonl soumis au climat océaniqu(!, tempéré, et rappellent par la IVaicheur relative de l'elé (17 à 20" en moyenne) les pays de la France occidentale avec un hiver jtlus doux encore
PÉNINSULE IBÉRIQUE. 2oâ
et plus ensoleillé (+8 à -f 10") : SantQnder,Bilbao, Santiago, Lisbonne.
Les pluies que les vents d'ouest et de nord-ouest déchargent sur ces teiTains accidentés sont abondantes et ne font défaut en aucune saison : 1"\75 de pluies annuelles à Santiago, 0™,83 à Oviedo. Il tombe plus d'eau en trois mois dans les Asturies que pendant toute l'année en Castille.
Le plateau central (Vieille et Nouvelle-Custille, Léon, Estremadure), et, malgré la ditîerence de niveau, une grande partie de l'Aragon, la. vallée fermée de TÈbre, sont soumis, au contraire, au climat continental, sec et sujet à de fortes variations. Linfluence de l'Océan ne s'y fait point sentir, arrêtée par les bordures montag-neuses de la Meseta.
On connaît la réputation du climat de Madrid : " Acuf mois d'hiver et trois mois d'enfer ». « L'air de Madrid, assez subtil pour ne pas éteindre une boufiie, mais tuer un lionune. » Le costume castillan, ample manteau {cupa qui enveloppe tout le corps, n'est pas une fantaisie de la mode, mais une nécessité permanente imposée par le climat. Les nuits et les matinées d'hiver sont glaciales sur ce plateau; la sérénité du ciel augmente la dé-perdition de chaleur du sol ; aussi le thermomètre donne-t-il des indications très différentes, suivant qu'on le place à la hauteur des yeux ou au niveau même de la terre; dans ce dernier cas, il descend presq\ie toujours au-dessous de zéro à 7 heures du matin. L'été, quand souflle lèvent d'Afrique, le Solano, la chaleur est accablante, autant que l'ondn-e est rare sur d'immenses surfaces incultes. Les variations annuelles de température peuvent atteindre 48» à Madrid et 50° à Saragosse, entre — 8» ou —9" et -1-42».
La pluie est insuffisante et mal répartie : o8 centimètres par an à Madrid, 28 à Salamanque, 21 à Ciudad-Real, rég-ime comparable à la sécheresse des plateaux algéinens; et ces pluies d'un total si médiocre tombent iri^ég'ulièrement : averses torrentielles en septembre, sécheresse [•resque absolue en été ; à peine 3 ou 4 centimètres de pluies estivales à Madrid et à Salamanque. Seules les siei^ras les plus hautes de l'Espagne centrale reçoivent quelques pluies dorag-e en cette saison.
Les plaines d'Andalousie et la côte sud-est de l'Espag-ne ont un climat vraiment africain : la température moyenne de l'été est de 25'' à Murcie, 28" à Se vil le.
Grenade, grâce à son altitude supérieure (600 mètres), a une température plus fraîche, 23".
L'année est divisée dans l'Espagne méridionale presque
2b4 DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES ÉTATS EUROPÉENS.
exactement en deux saisons, l'hivernag'e ou saison humide, d'octobre à janvier, et la saison sèche, de janvier à octobre; il arrive même qu'une année entière s'écoule sur les steppes du littoral, au sud des provinces de Grenade et de Murcie, sans qu'il tombe une goutte d'eau. La moyenne annuelle des précipitations n'y dépasse g-uère 0™,35. Les provinces portug-aises qui prolong-ent cette région à l'ouest, l'Alg-arve et l'Alemtejo, sont, elles aussi, soumises à ce climat africain. Toutefois le voisinage immédiat de l'Océan y rend les précipitations un peu plus abondantes.
La Catalogne jouit du climat vraiment médlterranccn et tempéré; elle reçoit surtout des pluies d'automne et de printemps.
An total, ribérie, nialf^ré sa situation au midi et à rcxtrômité occidentale (le rEuroi)e, est peu avantagée par son climat. Plus de la moitié du territoire ne reçoit que des pluies insuffisantes. Si l'on trace une ligne sinueuse de Tarragone àHuesca, Logrono, Léon, Salamauque, Badajoz, lluelva, on départage la péninsule en deux parties inégales : le nord cl l'ouest humides ou assez bien pourvus de pluies ; le cenlrc et l'est représentent l'ibi'rie sèche, l'Espagne des steppes, où la culture n'est possible qu'à l'aide de l'irrigalion arliticielle.
Cours d'eau. — Les fleuves s'écoulent par deux di?'ections p)'hicipales à la surface de la péninsule : les uns du nord-est au sud-ouest vers l'Atlantique, les autres du nordouest au sud-est vont à la Méditerranée.
La li!j?ie de partage des eaux, formée des monts Cantabres, des monts Ibéricjues, des moules Unlversales et de la sierra de Sagra, décrit une sorlc d'arc de cercle dont la convexiti' esl, dirigée vers l'est ; elle n'est point nianpiéc parla série des plus grandes hauteurs, mais consiste souvent en j)laleaux de médiocre ('hjvation et de peu d"é|)aisseur. Ainsi Tlibrc supérieur n'est S(''i)aré des sources de la Pisuerga, affluent du Douro, que par un plissement large à peine de 3 kilomètres. Le point de rapprochement le jilns remariinable des cours d'eau espagnols est le groupe des montes lUtiversales, au nord-ouest de Valence : de là sortent les sources du Tage, du Guadalaviar et du Jucar, une partie de cidles du Guadiana et un afilueiit de droite de l'Ehre.
Les cours d'eau (les pays basques et des Asturies sont courts et encaissés dans d'étroites vallées transversales.
Dans la Galice, jjIus articulée et munie de vallées ramifiées, a pu se développer déjà un fleuve plus considérable, le Minho (305 kil.), auquel son affluent de g-auche, le Sil^ apporte un tril>ut d'eaux abondantes. Ce fleuve est navigable sur une faible étendue, à partir de Tuy\ son
PENINSULE IBÉRIQUE. 2bb
embouchure encombrée d'une barre rend d'ailleurs le chenal difficilement accessible.
Le Douro, le Tageei le Guadlana composent le groupe des neuves de plateau par excellence. Il y faut ajouter, sur la Méditerranée, laSegura, le Jucar et leGuadalaviar.
Le Douro prend naissance dans la partie la plus haute du plateau de Vieille-Castille, dans le plateau de Soria. Il coule entre des berg-es rocheuses très élevées; ses affluents les plus importants lui viennent, à droite des monts Asturo- Gantabres : ce sont la Pisuerga et le Carrion\ à g-auche, les sierras de Guadarrama. et de Gredos lui fournissent moins d'eau par le Tormès. Au moment où il passe à Zamora, il est encore à plus de 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il devient navig-able près de la Tour de Moncorvo^ ayant quitté les pentes rapides du plateau ; pendant 142 kilomètres, il porte de gTosses barques. Mais son débit est trop variable pour permettre la navigation d'une manière suivie. A son embouchure, où il est larg-e de 250 mètres, est située la ville de Porto ou 0 Porto^ que les navires de médiocre tonnage peuvent seuls aborder. Les crues du Douro sont dang-ereuses. Ce fleuve, long- de 780 kilomètres, draine une superficie de 100000 kilomètres carrés. Son bassin est le plus étendu de la péninsule.
Le Tage sort de l'important système hydrographique des montes Universelles ; à peu près parallèle au Douro, il coule au centre des plateaux espagnols, entre la série de chaînes qui séparent les deux g-rands plateaux l'un de l'autre et les chaînes médianes du plateau de Nouvelle-Castille. Jusqu'au pont d'Alcantara, sur toute l'étendue de son cours espag'nol, son lit, embarrassé de rocs, n'est qu'une fente profonde du plateau; parfois même, il coule au fond de véritables g-org-es, d'où son nom, Tajo, qui signifie défilé. Sur le plateau où les pluies sont si rares et l'évaporation si intense, ses affluents sont pauvres et le fleuve n'est point encore navig-able. Le Manzanarès^ qui passe à Madrid, mérite à peine le nom de rivière.
C'est tout près de la frontière portug-aise que le Tage sort du lit profond qu'il s'est creusé dans le plateau ; mais il ne devient navigable qu'à Abrantès, à 190 kilomètres de son embouchure. C'est dès lors un fleuve large et profond, mais encombré d'îles et de bancs de sable. Après un cours de 885 kilomètres, il débouche dans la mer, au delà de
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Lisho?ine, par un chenal resserré, après avoir formé, devant celte capitale, une rade magnifique qui peut recevoir les plus puissants navires.
Le Guadirnia, 845 kilomètres, prend sa source dans la •partie méridionale de la Manche et parcourt la partie méridionale delà Gastille. Il coule d'abord vers le nord-ouest; reçoit, par le Zancaim et le Giquela^ les eaux du versant sudouest des montes Universelles; puis traverse une plaine marécageuse et disparaît près de Tomellosa. 11 est si peu abondant dans cette partie de son cours qu'il est guéable en toute saison comme les ouadi du Mag-hrcb; il reparaît à 30 kilomètres plus bas environ et ses nouvelles sources ont le nom de Ojos del Guadiana, les Yeux du Guadiana*. Dès lors il coule parallèlement au Tag-e jusqu'à Badajoz; puis sa direction chang-e brusquement vers le sud, et, pour atteindre la mer, il doit traverser les derniers contreforts de la sierra Morena; il forme des rapides infranchissables, comme le Saut du Loup (Sallo del Lobo). Même dans son cours inférieur, le Guadiana est dune navig-ation difficile, à cause de la barre (jui encombre ses bouches.
Le GiHiddlquivir (Oued-el-Kébir — grand (leuve en arabe), le fleuve de plaine le plus caractérisé de la péuin^i le ibérique, est formé par deux bras : au nord, le Gnudalima?\ né dans la sierra de Aloaraz; au sud, le Guadalquivir proprement dit. Par son cours supérieur dont le domaine est peu distinct de celui du Guadiana, le Guadalquivir est encore un fleuve de plateau. Mais la plaine d'Andalousie où il coule ensuite couvi-e une surface trois fois plus considérable. Le Guailalquivir reçoit à gauche son affluent le plus important : c'est le Genil, qui lui apporte les eaux de la sierra Nevada, et le rend navig-able. En ellet, les bâtiments de mer jjeuvent le remonter jusqu'à Séville ; mais la bateilei'ie est déjà active h f)artir de Gordoue. L'embouchure du fleuve est large, mais dit'firiie à franchir ;"i cause de la formation d'une barre. — Long- de 57U kilomètres, le (niadalquivir est utilisé par la navigation sur les trois quarts de son cours, tandis que le Guadiana, le Tngc et le Douro sont à peine accessibles sur un quart de leur parcours.
ISur la Méditerrané«\ la Srf/nra, sorlie de la sierra de
T. (U'\U' il(''iiipriiiii;iti(>ii osl ;iiial(ii;ui' à li.'\])rcssinn aiabc <' aïii », qui si;riiitip à la fois -idii/ve et ir^il.
PÉNhNSULE IBERIQUE. 257
Sagra, le Jucar et le Guadalaviar sortis des montes Universales, sont tous semblables. Long-s de moins de 300 kilomètres, ils coulent dans des vallées âpres et sauvages et franchissent par des cascades et des rapides l'espace hérissé de montagnes qu'ils ont à parcourir. D'autre part, le peu d'abondance des précipitations fait ces fleuves pauvres en eau.
Ils sont donc inaccessibles à la navigation et ne rendent de services qu'à l'agriculture de cette région d'un caractère africain. Parfois, à la <;uite de violents orages ou d'une longue période de pluies, dans cette région oii les pentes rapides facilitent le brusque écoulement des eaux, les trois fleuves se transforment eu redoutables torrents analogues à nos torrents de TArdèche et du Gard. Maintes fois la liuerta de Murcie a été de la sorte dévastée par des crues soudaines de la Segura.
U'Èhre, long- de 750 kilomètres, coule dans une dépression moins basse et moins ouverte que celle du Guadalquivir. Il naît à 820 mètres d'altitude, dans les monts Cantabres, à peu de distance du golfe de Gascogne, descend rapidement du nord-ouest au sud-est, au fond d'une vallée encaissée; il entre bientôt dans le bassin de Tudela, où l'Aragron lui apporte les eaux des Pyrénées centrales et occidentales. 11 traverse ensuite le bassin- de Saragosse, accompagné par le canal Impérial, et côtoie les steppes de l'Aragoa, jusqu'au confluent du Sègre, qui ranime le fleuve en lui apportant, avec les Nogueras, les eaux de la Maladetta et des Pyrénées orientales. Sur la droite, l'Èbre reçoit deux affluents très irréguliers, le Jalon et le Giiadalope. Pour parvenir à la Méditerranée, l'Èbre doit franchir la chaîne de Catalogne, par un étroit défilé entre Mequinenza et Tortose. Il arrose alors la plaine ou « huerta » de Tortose et se jette dans la mer par un delta. L'Èbre, malgré ses affluents pyrénéens, a un débit très peu soutenu, une centaine de mètres cubes au mois d'août, plus de 4000 mètres en janvier. Aussi est-il peu propre à la navigation ; l'embouchure même n'a pu être rendue accessible que par un canal artificiel.
Deux torrents pyrénéens, le Llobregat et le Ter, se jettent dans la Méditerranée au nord de la vallée de l'Èbi^e.
Littoral. — La péninsule ibérique fait contraste avec les deux autres péninsules de l'Europe, par son caractère massif, par son manque d'articulations; l'Italie et la pénin-
suie des Balkans sont beaucoup plus rU'COupées par la mer.
Les côtes du nord et du nord-ouest de l'Espag-ne sur le golfe de Biscaye et sur TAtlan tique sont assez riches en baies profondes, qui ont déterminé la double originalité de ces populations de montagnards et de marins.
Les falaises sont creusées de rias, dans lesquelles s'abritent les ports de Saint-Sébastien, Santander, Gijon.
Au cap de Vatx'S commence la côte de Galice, la plus articulée de la péninsule : les caps Ortcgal et Finisterre y sont de vrais promontoires; les baies larges, sinueuses, la Corogne, le Ferrol, Pontcvedra, Vigo, rappellent la Cornouaille bretonne et la rade de Brest.
De l'embouchure du J//?i//o jusqu'au cap Saint-Vincent, la côte portugaise est de forme simple, presque recliligne, en bordure do deux grandes plaines. Dans une première section du Minlio au cap Mondego, le littoral, sablonneux et plat, contraste vivement avec les falaises rocheuses de la Galice et rappelle l'aspect de notre httoral landais.
Le voismage des montagnes qui terminent à l'ouest la chaîne de séparation des deux plateaux espagnols produit un relèvement très marqué au cap da lioca, le promontoire le plus occidental d'Europe. Au sud de l'embouchure du Tage qui donne accès au port de Lisbonne s'ouvre la baie de Setubal, où les marais salants alternent avec des falaises d'élévation médiocre ; puis la côte redevient basse et bordée d'alignements de dunes.
Au promontoire du cap Saint-Vincent, la côte change brusquement de direction et s'oriente à l'est, serrée de près parles monts de l'Algarve jusqu'aux bouches du Guadiana. Mais dès la baie de Huelva la plage redevient basse; la vague vient battre les terres plates de l'Andalousie. La ligne du littoral est jusqu'au Guadalquivir régulièrement courbe; il présente une accumulation de dunes, les Arenas Gordas, derrière lesquelles s'étendent Las marismas, grands espaces très marécageux. La côte se relève entre la baie de Cadix et la pointe de Gibraltar; les caps Trafalgar el Tarifa en sont les points li'S plus saillants. La Le rocher de Gibraltar, à l'est de la baie d'Algésiraz, élevé de 125 mètres, est relié au rivage par une langue de sable; il est indépendant de la masse ibérique.
La côte méditerranéenne dessine une série de courbes concaves dont les points saillanls sont les caps de Gâta, de
Palos, de la Nao, et, à l'extrémité des Pyrénées, les caps Creus et Gervera.
Du cap de Gibraltar ou Punta de Europa jusqu'au cap de Gâta, la montagne serre encore de près la côte méditerranéenne où se remarquent les baies de Malaga et d'Almeria. Le rivage espagnol, symétrique ici au rivage africain, présente les mêmes caractères géographiques.
Avec une nouvelle direction du sud-ouest au nord-est la région côtière comprise entre les caps de Gâta et de
Fif
31. —Vue du versant Est du rocher de Gibraltar au-dessus de la baie des Catalans.
la Aao olFre les mêmes caractères : l'échancrure la plus remarquable est celle du grand port de Carthagène, puis la petite baie d'Alicante. La montag-ne serre déjà de moins près la "côte.
Du cap de la Nao jusqu'aux bouches du Guadalaviar on remarque une long-ue série de marécages ; puis au nord de Valence, sur une ligne presque droite, orientée du sudouest au nord-est, sont échelonnées les célèbres huertas, riches pays de culture de l'Espagne orientale. Au nord de l'Èbre jusqu'aux Pyrénées, les monts de Catalogne bordent le littoral : un de leurs contreforts abrite le grand port de commerce de Barcelone.
Les côtes océaniques de la péninsule s'étendent sur 1 675 kilomètres, les côtes méditerranéennes sur 1 l.ôO kilomètres : au total 2 825 kilomètres de littoral, pour une superficie de 593000 kilomètres carrés. Ces chiffres mon-
trent combien peu les côtes sont découpées. 11 ne peut être fait exceplioni que pour la Galice.
Les îles Baléares, à l'est, coin[>renant Majorque, Minorque et Cabrera, ainsi que les Pityuses (Iviça et Fermentera), sont une dépendance du littéral ; en eltet, antre le cap de la Nao et ce groupe insulaire, s'étendent des hauts fonds constituant un plateau sous-marin : cet archipel est donc un appendice détaché de la côte orientale. Les Baléares ont nu sol accidenté, qui continue le relief des provinces de Mui-cie et de Valence. Le point culminant atteint 1 570 mètres dans la chaîne septentrionale de Majorque. Ces iles abritent deux bons ports : Mahon dans l'île Minorque, Pahna à l'ouest de Majorque.
IL — Géographie politique de l'Espagne.
Limites politiques — La péninsule ibérique est divisée entre deux royaumes : l'Espagne qui occupe les 5/6 de la superficie totale, 492000 kilomèlres carrés (497000 avec les Baléares), et le Portug-al (89000 kilomètres cannés).
Le Portug-al couvre un rectangle dont deux côtés sont nettement dessinés par l'Océan, de l'embouchure du Minho au cap Saint-Vincent, et de ce promontoire à l'embouchure du Guadiana. La frontière hispano-portugaise suit au nord le cours inférieur du Minho, et à Test une ligne parallèle au littoral en suivant par moments les gorges du Douro, du Tage et du Guadiana.
Population. — L'Espag-ne compte 18620 000 habitants^ soit 37 individus par kilomètre carré, contre 72 en France et 56 en Portugal.
La répartition est très inégale : les pays humides du Nord-Ouest et lesdistricts irrigués des bords de la Méditerranée sont bien partagés : la Galice nourrit (;.3 habitants par kilomètre carré, et même dépasse dans certaines régions le chitlVe de 1(12; la Catalogne en compte en moyenne i'i, et plus de 110 dans la province de Barcelone ; \aleMce et Alicanle en ont (iO et 72.
Au contraire, sur les plateaux des deux Castilles (exception faite de Madridj, et dans les steppes de l'Aragon, la population loudje à 30 liabilants^ par kilomètre carré (province de Valladolid). à 2;i (Burgos, Léon, Salamanque',, et même à 1» sur les parameras de Soria et dans les steppes de 1» Alan^'hc (provinces de Cuenca, Ciudad-lîeal, Alhacete .
Les principales races qui composent le peuple espagnol sont ainsi distribuées à la sui'l'ace de la péninsule :
Les Basques occupent les vallées pyrénéennes et une partie du versant septentrional des monts Gantabres; on sait qu'ils ont leur langue particulière, qui n'est parente à aucun degré des autres dialectes espagnols.
Les Galiciens occupent Tangle nord-occidental de la péninsule ; ils ont de grands traits de ressemblance avec les Portugais, leurs voisins.
Sur le plateau central s'est développé le peuple des Castillans : ils forment aussi la majorité des habitants de la vallée du Guadalquivir et de la côte méridionale de la Méditerranée.
Les Catalans et les Aragonais occupent la vallée de l'Èbre et la région septentrionale de la province de Valence.
Les Espagnols sont presque tous attachés à la religion catholique.
Formation territoriale. — L'Espagne, à l'oiigine, reçut des populations ibériques et celtiques. Les Pliénicicn'i, les Grecs, les Carlliar/inois visitèrent et exploitèrent successivcineat son versant méditerranéen. Vint ensuite la conquête romaine, consommée en 133. Les Bacbares qui l'occupèrent après la chute de l'empire, les Suèves au nord-ouest, les Vandales au sud et les Visigoths sur toute son étendue, ajoutèrent à la langue des Ibères romanisés nombre de mots germaniques et de sons rudes et aspirés qui distinguent encore l'espagnol des autres langues latines; mais ils n'eurent point une intluence comparable à celle des Arabes, apparus au vu» siècle. On connaît l'éclat de la civilisation musulmane, représentée par les califes de Cordoue du vni<' au xi^ siècle.
Les chrétiens ne reprirent possession de la péninsule qu'après une croisade ininterrompue de six siècles. Laconsiitution physique du pays explique bien les dilTicultés qu'ils éprouvèrent : en etïet , cette massive péninsule comprend un grand nombre de régions naturelles nettement séparées par le relief et parle climat. Los divisions de la nature facilitaient la défense individuelle, pour ainsi dire, des petits États, mais encourageaient aussi à l'isolement et empêchaient la fusion des Étals chrétiens.
Un royaume de Navarre s'établit dans la région de l'Èbre supérieur et les Pyrénées ; le royaume d'Aragon se dessinait également à part sur l'Ebre moyen entre les monts Ibériques et les I^yrénées centrales. D'autres p inces fondèrent la monarchie des Asfuries et le royaume de Le'on, sur le versant nord des raouls Canlabres. Le royaume de Caslille, établi sur les hauts plateaux comme dans la citadelle centrale de la péninsule, commença au xiii« siècle fI230) l'unification des royaumes chrétiens par la réunion des pays de Léon et des Asturies. Par l'adjonction du royaume d'Aragon à celui des Castilles au xv^ siècle (1479), la monarchie espagnole devenait un État de forme compacte. La confiscation de la Navarre et l'expulsion des musulmans dépouillés du pays de Grenade consommèrent l'union. Cela fut l'œuvre double des rois catholiques Ferdinand et Isabelle.
•Mais la réunion du Portugal, occupé par Philippe II en lo80, ne dura pas même un siècle.
L'Espagne devint conquérante au xv* et au xvi* siècle pour décliner au xviii'^.
L'immense empire colonial fondé par les Espagnols dans VAîuérique centrale et dans V Amérique du Sud au
XVI'' siècle, au Mexique^ au Pérou, au Chili, etc., s'affranchit, au commencement du xix^ siècle, du joug- de la métropole. Les États-Unis lui ont enlevé ses dernières possessions des Antilles et des Philippines ; les Carolines ont été vendues à l'Allemagne.
Constitution actuelle. — Le gouvernement de l'Espag-ne est une monarchie constitutionnelle; les ministres, responsables, gouvernent avec le concours du parlement (les Cortès) composé d'une Chambre des députés et d'un Sénat. Le pouvoir est représenté dans chacune des anciennes provinces par un capitaine général; au-dessous de lui, les provinces nouvelles ont chacune leur g-ouverneur (sorte de préfet).
Depuis 1841 les provinces nouvelles, subdivisions des anciennes, sont au nombre de- 49. Sauf dans le pays des Basques, elles portent toutes le nom de leur chef-lieu.
Ijarmée espagnole en temps de paix est forte de 80000 hommes La marine militaire comprend 63 navires, dont 10 cuirassés montés par environ 15 000 hommes.
La dette, en g-rande partie placée à l'étranger, ce q-n en aug-mente la charge, est de 10 milliards et demi.
Les anciennes provinces et les grandes villes. — Tandis que la division administrative en un grand nombre de nouvelles provinces est factice, les anciennes provinces concordaient soit avec des régions délimitées par la nature, soit avec des g-roupements historiques.
Les Asturies, capitale Oriedo, la Galice, capitale La Corogne, et les pays basques {Viscai/a, Guipuscoa), capitale Bilbao, occupent les monts Gantabriques et le littoral de l'Océan; bien arrosées, également aptes aux culturesdiverses et à l'industrie par leurs ressources minérales, pourvues des meilleurs ports de la péninsule, ces provinces comptent parmi les plus riches de -l'Espag-ne. Le centre industriel est lîilbao (83000 habit.). La ville populaire au moyen âg-e, but des pèlerinages, était Santiago (Saint- Jacques de Compostelle).
Les Basques, quoiqu'ils occupent un pays de passage, h l'ouest des Pyrénées, ont g-ardé leur orig-inalité, leur langue et leurs privilèg-es locaux (fucros).
La Navarre, province pyiéiiéennc et continentale, est déjà moins riche; elle a pour capitale Panipelune.
PÉNINSULE IBERIQUE. 263
La vallée de TÈbre comprend encore la capitainerie g'énérale de lAragon, capilale Saragosse ('J9 0U0 h.), pays peu l)euplé, en g-rande partie à Tétat de steppes, et, sur la Méditerranée, la Catalogne, capitale Barcelone (533000 habit.), province mieux arrosée, bien cultivée par ses habitants, les plus actifs des Espag-nols.
Cinq circonscriptions se partagent la Meseta ou plateau central, région de steppes plutôt que de cultures : le pays de Léon, capilale Léon, qui tire son nom d'une légion romaine ; la Vieille-Castille, capitale Burgos; la Nouvelle Castille, capitale Madrid; l'Estremadure, capilale Badajos; la Manche, capitale Ciudad-Uéal.
La Castille tire son nom des nombreuses villes fortes que les chrétiens opposèrent à l'invasion arabe. Pas de demeures isolées dans ce pays dévasté par des siècles de luttes et désolé par la sécheresse ; les habitants sont réunis dans des villes, fières de leurs ég-lises, que la population actuelle no suffit pas à remplir. Telles sont Burgos (30 000 habit.) ; Salamanque 24000 habit.), Université aux perpétuelles vacances ; Valladolid — prononcez Vayadolid — (69000 habit. , Université plus moderne.
Tolède, une des cités les plus prospères de l'Occident au temps des Maures, avec ses métiers, ses lames d'acier, est aujourd'hui réduite à 20000 habitants.
Madrid, capitale et centre géométrique du royaume, n'a jamais pu devenir le vrai centre géographique de l'empire espagnol.
Sa pauvre rivière, le Manzanarès, est k sec en été. Elle réunit 540 000 habitants, à peine plus que Barcelone, et fait un commerce moins actif. Ville moderne et artificielle, elle ne possède ni les grands monuments de l'art arabe qui font la gloire de Cordoue et de Séville, ni les merveilles de l'art gothique comme Burgos. Mais par son musée, un des plus riches du monde, ses établissements d'enseignement, Madrid est vraiment une capitale. Le grand problème pour les habitants est de trouver un peu de fraîcheur; toutes les fenêtres sont garnies de stores rayés de larges bandes bleues et blanches, ou de tapis de sparterie qu'on arrose pour charger d'humidité l'air qui les traverse.
Au sud et au sud-est, la vallée du Guadalquivir et le versant méditerranéen du système d'Andalousie et des montes Universales, forment une région naturelle particulière très chaude, rappelant l'Afrique par le climat et les productions. Trois capitaineries générales se divisent cet espace.
L'Andalousie, capitale Séoille, doit son nom aux Vandales, ses monuments aux Maures, sa richesse aux eaux du Guadalquivir et du Genil. Séville (148000 habit.), la ville lumineuse, Hère de son Alcazar et de sa giralda (campanile surmonté d'une statue pivotante), a donné à TF^spagne ses grands peintres, Velasquez, Murillo.
Cordoue (58 000 habit.), l'un des foyers de la civilisation arabe au moyen âg-e, en possède la merveille, la mosquée aux 800 colonnes de porphyre, de jaspe et de marbres de toutes couleurs.
Cadix (69000 habit.) est le grand port méridional de l'Espag-ne.
Il faut placer à part la province de Grenade. <|ui doit aux réserves de neige de la sierra Nevada la richesse et la variété des cultures de sa vega. Grenade (70000 habit.), dernier rempart des Maures jusqu'en 1492, a g-ardé un monument grandiose, VAl/uimbra, masse rouge, palais et château fort, et ses jardins du Généralife, d'où sortV Acequia (aqueduc) qui fertilise la contrée.
Sur la côte méridionale s'échelonnent les vergers et les ports de Malaga, Âhneria, Carthagène, Alicante.
Les provinces de Murcie et de 'Valence présentent un contraste saisissant entre les rég-ions montag-neuses et les plaines irriguées par les eaux de la Seg'ura et du Guadalaviar, les fertiles liuertas (jardins) dont une culture savante tire les fruits les plus variés.
Les Espag-nols désig-nent sous le nom de las adjacentes (territoires voisins) deux archipels érig'és en capitaineries : les Baléares^ capitale Palma, et, dans l'Atlantique, les Canaries.
Les présides. — Sur la côte du Maroc, l'Espag-ne possède quelques postes fortifiés, les présit/ios, qui pourront prendre une valeur économique nouvelle quand le Maroc sera pacifié et ouvert à l'activité européenne : Ceufa, en face de Gibraltar, Melilla, Penon de Vêlez et les îles Zafnrines.
Colonies. — De son empire colonial, nag-uère le plus vaste du monde, il ne lui reste que des souvenirs; le littoral de Rio Oro, entre le Maroc et le Séni'-g-al, et, dans le g-olfe de Guinée, yln;îo6on,Fernando-Po, Elobey,(^orisco, soit environ 30000 sujets.
PÉNINSULE IBERIQUE. 265
IlL — Géographie économiqoe.
Conditions générales. — Avec un sol favorable à bien des cultures, avec un sous-sol abondamment pourvu de minéraux industriels, avec une situation maritime avantag-euse, l'Espagne ne tient encore qu'un rang- secondaire et peu dig-ne de son passé. Le prodigieux appauvrissement en arg-ent, en population, que lui ont valu de long-ues g-uerres extérieures ou civiles n'est pas encore g-uéri ; toutefois les sig-nes de la renaissance sont visibles dans tous les domaines de la vie économique.
Agriculture. — La vég-étation de l'Espag-ne est variée : elle réunit dans les provinces humides du Nord les forêts de l'Europe centrale et les prairies des pays maritimes de l'Europe occidentale, dans les provinces du Sud la flore africaine, l'oranger, le citronnier, le fig'uier, le palmier même (à Elche), sans compter les agaves et les cactus du Mexique. Mais la richesse est très inég-alement répartie.
Près de la moitié du territoire espagnol (45 pour 100) est très dôniidcc ou très peu productive, soit par la nature du terrain et du relief, soit par l'efTet de la sécheresse : despoblados, dehesas, espmio 'steppes d'alfa), joas/os (pâturages de parcours) occupent ces réj^ions médiocres, principalement dans les deux Castilles, la Manclie, l'Estreniadure et l'Aragon. On connaît le proverbe : « Quand l'alouette veut traverser la Castille, il faut qu'elle emporte son grain ».
45 pour 100 des terres sont cultivées avec rendement variable et parfois médiocre par suite de l'irrégularité du climat et des pluies (terrains secanos, non irrigués). Enfin, 10 pour 100 des terres, bien irriguées [regadios], les huerlas et les vegas, donnent deux récoltes par an et comptent parmi les régions les plus riches de l'Europe. Il faut donc se garder de juger l'Espai^nc par la vue d'une seule province.
Les irrigations dans la huerta de Valence. — « La huerta de Valence proprement dite occupe un espace d'un peu plus de trois lieues carrées : elle a la forme d'un triangle qui aurait la mer iiourbase. Ce sont les Arabes qui ont doté Valence du système d'irrigation, qui subsiste encore tel qu'ils l'ont établi. Les eaux du Guadalaviar, qui se jette dans la mer un peu audessous de Valence, ont été soutenues par une digue à deux lieues envinm de son embouchure; sept coupures principales, dont trois sur une live et quatre siur l'autre, vont distribuer dans la plaine ces eaux qui s'étendent en éventail et fertilisent toute la huerta. Maintenant sur chacune de ces sept artères principales le même système est répété en petit, et une multitude innombrable de veines secondaires viennent prendre l'eau et la porter au pluo humble carré de terre caché au centre de la plaine. Une difficulté
se trouvait dans la nécessité d'observer partout une telle gradation de niveau que tous les terrains sans exception puissent jouir, à leur tour, des bienfaits de l'irrigation. Or la plaine, bien qu'assez égale, ne présentait pas cependant ce nivellement parfaft et géométrique. On y a suppléé par de petits canaux et des ponts-aqueducs. En se promenant dans la plaine, on voit, à chaque instant, de petits canaux qui passent sur les grands, et je ne sais combien d'aqueducs en miniature construils les uns sur les autres pour porter à quelques perches de terre un volume d'eau gros comme la cuisse. Tout ce travail est peu apparent ; la plupart du temps il se caclic sous terre, mais il est plein de détails et de prévoyance.
«Une autre difficulté, c'était de répartir les eaux équitablement, et que chacun pût en jouir à son tour ; car pour faire monter les eaux d'unaceguia (c'est le nom des canaux), il faut presque mettre les autres à sec. Les règlements très judicieux faits par les Arabes subsistent encore : cà chacune des sept branches mères correspond un jour de la semaine; ce jour-là, elle emprunte l'eau de ses voisines pour élever les siennes au niveau voulu, le tout à charge de revanche. Ce jour-là tous les petits filets qui s'alimentent des eaux de la grosse artère sont ouverts l'un après l'autre, en commençant par les champs les plus élevés. Chacun d'eux a son heure dans la journée, comme la branche mère a son jour dans la semaine.... Quand cette lieure arrive, un des colons intéressés défait en trois coups de pioche la digue de gazon qui ferme sa rigole ; l'eau monte, et à mesure qu'elle vient à passer devant chaque pièce de terre, le colon, qui l'attend la pioche à la main, lui donne accès par le même procédé. Le lendemain, les choses se passent de la même manière dans une autre partie de la hucrla, et au bout de la semaine toute la campagne a été imprégnée à son lourde ces eaux fécondes.
« Quelquefois il arrive qu'un propriétaire impatient devance l'heure prescrite, et donne par-ci par-là pemlanl la semaine un coup de pioche dans sa digue au i)réjudice de son voisin. De là des procès. 11 est urgent de les régler sur l'heure, car, pendant que les hommes de loi feraient des écritures, l'eau coulerait et les propriétaires lésés perdraient leur récolte. Aussi dans tous les pays d'irrigation a-t-on établi en Espagne des magistrats connus sous le nom d'alcades de ar/uas, juges des eaux; ils se transportent aussitôt sur les lieux de la contestation, jugent inuncdiatement, et leur sentence est exécutoire à l'instant même, sans opposition ni appel. Afin que nulle procédure ne vienne ralentir cette justice expéditive, la loi (|ui institue les alcades de agi/as leur interdit de se servir, dans leurs fonctions, de papier, d'encre et de plumes. » ^AD.GuEROL'LT, Le lires sur l' Espagne ; Paris, 18:18.)
Grâce à ce système é|)rouvé pai' rexpi''rience, les N'alenciens obtiennent deux récolles par an ; le blé en juin, le maïs fin octol)re. Les cultivateurs de la huerla de Valence donnent encore un exeni|)le de prévoyance dont devraient s'inspirer nos cullivaleuis du Midi : ils évitent avec le plus grand soin de prati(iucr tous à la fois la même culture et d'exposer tous leurs champs à un désastre ou leurs produits à une mévente....
Eu cas (rinsuffisance des eaux, le si/ndic élu par les usagers, cette «commune liyilrauli(pie », proclame en quel(|ue sorte ï « état de .sécheresse » et ordonne de sacrifier certains champs pour réserver l'irrigation aux cultures que l'on a le plus de chances de sauver.
Principales cultures. — Les cr-réalcs donnonl un faible rendement sur le plaleau de Caslille.
Le riz et le maïs croissent dans les provinces chaudes du Sud-Est, dans les huertas de Valence et de Murcie.
Les mêmes provinces de l'Andalousie cultivent ïolivier, Voranger, le citronniei\ le grenadier. La récolte des olives est considérable (2 millions à 2 millions et demi d'hectolitres), mais la préparation de l'huile est souvent défectueuse et nuit à l'exportation. Les orangeries de Valence et de Murcie ont une renommée universelle : Valence produit 85000 tonnes d'oranges, vendues en ^ grande partie en Ang'leterre.
La y/^ne est cultivée dans toutes les provinces sur 2 millions dhectares, particulièrement dans la Catalogne, Valence, l'Andalousie et la Navarre. La récolte varie beaucoup d'une année à l'autre, entre 15 et 25 millions d'hectolitres. On sait la réputation des vins de Malaga, de Xérès., des Canaries., des raisins secs d'Alicante.
Élevage. — Les pâturages et les steppes donnent à l'élevage une gTande surface. Le gros bétail., 2 220000 têtes, qui exige des prés bien arrosés, vit surtout dans les provinces pluvieuses du Nord-Ouest, Galice, Asturies et Léon. Une partie de cet élevage est destinée à fournir les taureaux de combat pour les « coridas » chères au peuple espag-nol.
Les chevaux (400000) sont élevés dans les mêmes provinces, mais plus encore dans l'Andalousie, qui a g-ardéune belle race et en fait un commerce considérable à Séville. Mais la Castille et les pays montagneux élèvent en plus g-rand nombre les mulets et les ânes (1500000), plus endurants et plus sobres.
Les moutons^ bétail caractéristique des pays montagneux et secs de la zone méditerranéenne, sont plus nombreux en Esj agne que les habitants : 16 à 17 millions de moutons occupent ou parcourent les « pastos » de l'Estremadure, des Castilles, de Léon et de l'Aragon. C'est par troupeaux de 15 à 20000 têtes qu'ils traversent les plateaux, « transhumant » d'une saison à l'autre. Les mérinos., si recherchés pour leur laine, sont au nombre de 5 à 6 millions.
Industrie. — Produits minéraux. — L'Espagne est riche en minerais : ses mines dor, d'argent et de cuivre attirèrent dans l'antiquité les Phéniciens et les Romains ; en admettant que les mines superficielles de métaux précieux soient
épuisées, il lui reste encore de précieuses ressources ignorées des anciens : la houille dans les Âsturies (Oviedo), le pays de Léon (Palencia) et TAndalousie (Belmez;; le fer dans la Navarre et le Guipuzcoa est extrait de minerais ■d'exceliente qualité, recherché par les g-randes aciéries européennes. On le travaille à Bilbao et à Trubia, où sont fondus les canons espagnols. Le yv/o/nô argentifère est encore extrait à Oviedo et en Andalousie, à Luiarès. Le cuivre combiné avec le soufre du Rio Tinta et de Tharsis (près de Huclva) fournit plus de 30 000 tonnes. Almaden (nom arabe qui sig-nifie « les mines ») donne encore 2 millions de kilog-rammes de mercure.
Tous ces g-isements feraient la richesse de l'Espagne s'ils •n'étaient exploités par des étrang-ers, comme il en fut dans le passé. Charles-Quint paya son élection à lEmpire d'Allemagne en livrant aux banquiers Fug-ger d'Aug-sbourg- l'exploitation du mercure d'Almaden.
Le rmc, métal inconnu des anciens, car son minerai, la calamine, n'a pas de reflets métalliques, est exploité aujourd'hui dans la sierra Nevada.
Les marbres polychromes abondent dans les Pyrénées et les montag-nes de l'Andalousie.
L'Arag-on et les deux Castilles ont d'épais gisements de mI gemme et de nombreuses sources salées ou sulfureuses, qui, mieux aménag-ées, pouiraient enrichir le pays.
h'iudustrie textile, en retard sur les autres pays, s'est développée surtout en Gatalog-ne, à Barcelone (cotonnades, draps et toiles); on travaille la soie à Grenade, Séville, Barcelone et Madrid. Les autres industries les plus actives sont la fabrication des vins et des alcsols, les manufactures de tabac, la fabrication de la sparlerie avec l'alfa et les plantes fibreuses des steppes.
Voies de communication. — Le commerce souffre, comme l'industrie, du manrpie de bonnes voies de communication. Les roules sont insuftisanles, trop souvent réduites à des chemins muletiers.
Les cotes ferrées n'ont encore qu'une longueur tolale de 13500 kilomètres, moins que le tiers du réseau français. Les communications avec rEurofje sont assurées par deux lig-nes, l'une à l'ouest, de Madrid à Burgos, Saint-Sébastien, Irun, Hendaye et Bayonne; l'autre, à l'est, prolonge la ligne de
PÉNlNSULli IBÉKIQUE. 26»
Valence ù Barcelone, entre en Fi'ance par Port-Vendres; on étudie un projet de tunnel qui joindrait Saragosse et Toulouse.
Les voies navig-ables sont peu nombreuses et médiocres, les fleuves trop accidentés et trop variables, sauf le Guadalquivir, utilisé depuis Cordoue. L'Èbre n'est navigable que grâce au canal Impérial long- de 100 kilomètres.
Marine marchande. — La marine marahande de l'Espag-ne compte environ SOU navires, dont 475 vapeurs, d'u'ne jaug-e totale de 460000 tonneaux. Le port le plus fréquenté est Barcelone (15000 vaisseaux entrés ou sortis), si l'on excepte le grand entrepôt anglais de Gibraltar. Viennent ensuite Malag'a, Cadix, Séville, Huelva le port du cuivre, Santander Qi La Corogîie, ces derniers en prog'rès depuis l'exploitation plus active des mines.
Commerce. — Le commerce extérieur de l'Espagne est descendu, depuis la perte de ses dernières colonies, à 1 milliard 900 millions, dont S8.5 millions à l'importation.
L"Espag'ne vend ses alcools, ses vins, ses minerais de fer,^ cuivre, plomb, mercure, et ses fruits. Elle achète surtout des denrées alimentaires : céréales, sucre, café, morue ; des bois, de la houille, et des machines ou produits manufacturés, tissus de soie, laine ou colon.
La France entretient un commerce des plus actifs avec l'Espagne (300 millions) ; mais ses échanges et surtout ses achats se sont restreints de près de moitié depuis la reconstitution des vignobles français qui a presque annihilé la vente des vins espagnols au nord des Pyrénées. L'Ang'leterre maintient mieux ses échanges (350 à 375 millions;, et l'AUemag-ne augmente les siens (ventes 92 millions, achats 47).
LEspag-ne entretient encore un commerce assez considérable avec ses anciennes colonies d'Amérique et des Antilles où se conserve sa langue.
Conclusion. — L'Espagne a traversé au xix" siècle une série de crises politiques et économiques : elle a perdu son empire ; mais tout annonce aujourd'hui le relèvement économique et intellectuel de ce pays : les rêves faciles d'p]ldorado se sont dissipés; Tadivité se porte maintenant vers
l'exploitation plus rationnelle et plus énergique du sol de la péninsule ; le reflux des capitaux employés autrefois à Cuba est venu féconder lag-riculture et activer l'industrie minière.
RÉPUBLIQUE d'aNDORRE
Au nord, dans la vallée pyrénéenne de la Balira. affluent de droite de la Segre, s'est établie la petite république du Val d'Andorre, indépendante depuis le temps de Cliarlemagne. Couvrant une superficie de 4ô2 kilomètres carrés, elle est peuplée de G 000 âmes. Ses deux protecteurs, la France et Ve'véque d'Urgel, reçoivent chaque année une redevance de9G0et 400 francs. La capitale, Andorre, sur la Balira, compte 2 000 habitants.