PORTUGAL
Géographie politique et économiquk.
Le Portugal est le deuxième État de la péninsule ibérique, dont il n'occupe que la sixième partie, 89 000 kilomètres carrés. On a vu comment il était délimité; ce n'est point une rég-ion uniforme : dans le sud, ÏAlgarve rappelle par son nom arabe comme par sa nature et son aspect le Mag'hreb africain, tandis que V Enti^e-Douro-et-Minho au nord ressemble aux pays verdoyants de Galice et des Asturies. Le Portugal est formé des dernières terrasses et des dernières sierras du plateau central, du cours inférieur des fleuves castillans.
Histoire. — La Lusitanie fut, comme l'ibérie, occupcc par les Romains.
Pendant le moyen .âge, ce fut à un prince français, Henri de Uourf/Of/ne,
arrière-pclit-fils de Hugues Capet, que le royaume de Portugal dut son origine. Ce cadet de grande maison, ayant lutté contre les Infidèles, reçut du roi Alp'.ionse VI de Castillc l'investiture des terres qu'il avait conquise; '.i;r les deux rives du Douro; là fut fondé, avec Porto pour capitale, le couilé de /'o7'/w,7aZ(Portus Galle), noyau du royaume (10%). Cinquante ar.s ajircs, de nouvelles victoires remportées sur ks Maures livraient à Alphousey lils du comte Henri, proclamé roi par ses soldais, la vallée inférieure du Tage : Lisbonne fut prise en 11-47. 11 fallut encore plus d'un siècle do luttes pour joindre à ce domaine la région montagneuse du Sud ou Algarve (12.')0-i2.')3). 11 est à remarquer qu'en Portugal comme en Kspngue la reconquête part du nord pour s'avancer vers le sud : la région entre Uouro
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et Minho a joué ici le moiue rôle que la Galice et les Asturies dans le royaume voisin. Les dernières résistances des Maures ont été vaincues au pied de l'AIgarvc comme en Espagne au pied de la Nevada. — Le Portugal fut sujet de lEspagne à la fin du xvi'= siècle et au commencement du xvii«, de l->80 à IG-40. 11 s'en sépara bientôt et fut reconstitué en royaume par la maison de Bragance.
On sait le rôle brillant que jouèrent les nacir/nteiirs portugais dans la découverte et la conquête du Nouveau Monde, dans les explorations d'Afrique, d'Inde et d'Extrême-Orient. Le Portugal a conservé une parlie de son empire africain, peu prospère d'ailleurs; le Brésil, colonisé h l'origine et aujourd'hui encore par des émigranls portugjiis, s'est constitué en État indépendant (1826).
Population. — Le Poi^tug-al compte 5423 000 habitants, soit en moyenne 56 individus par kilomètre carré. La population est répartie aussi inégalement que les pluies et la fertilité naturelle : au nord, le district de Porto, très riche, nourrit plus de 204 habitants par kilomètre; au contraire, les provinces méiMdionales et les régnons voisines des plateaux castillans ont, comme ceux-ci, une population très clairsemée (moins de 30 par kil. carré).
La population portugaise a beaucoup d'éléments communs avec la population espagnole : ses provinces septentrionales sonti)eui)lées de Galiciejis; celles du centre et du Sud, d'hommes qui ressemblent beaucoup aux Caslillans. On rencontre dans les provinces méridionales des familles dont les faractères physiques rappellent la race maure qui domina si longtemps dans le pays. Entin, il faut mentionner aussi un certain nombre de descendants des Français qui vinrent au xi<= siècle aider les rois de Castille à expulser les conquérants arabes. La langue nationale est un dialecte voisin du castillan mêlé de sons français.
Le Portugal est attaché, comme l'Espagne, à la religion catholique.
Organisation politique et administrative. — Le gouvernement du Portugal est la monarcliic constitutionnelle; une Chambre des pairs, nommés à vie par le roi, et une Chambre des députés élus, constituent les Cortès ou assemblée représentative.
\S armée du Portug-al comprend 33000 hommes en temps de paix; sur le pied de guerre elle en comprendrait 150000 : refTectif des troupes coloniales est de 10000 hommes. La flotte compte 50 navires montés par plus de 5000 marins, mais faiblement armés.
Le royaume est divisé en 8 provinces :
La province de Minho ou K' Entre-Douro-et-Minho est ■composée, au nord, de chaînes articulées comme celles delà -Galice, à Test des dernières teiTasses qui marquent la chute
du plateau de Vieille-Castille, à louest d'un littoral bas et plat. Capitale Braga; mais la ville principale est Porto.
Le Tras-os-Mo7ites, capitale Bragance, comprend la plus grande partie des terrasses par lesquelles s'abaisse le plateau de Vieille-Castille.
La Beira, capitale Coïmbre, comprend à l'est la contrée montagneuse de la sierra da Estrella ou Beira Alta (Haute- Beïra), et à l'ouest la basse vallée du Mondego, la plus arrosée de tout le Portugal par les pluies de l'Océan.
h'Estre?nadu)'e, capitale Lisbonne, occupe la vallée inférieure du Tage et les pentes méridionales de la sierra da Estrella.
h'AlemfeJo, capitale Evora, la plus vaste province du Portugal avec l'Estremadure, comprend le pays montagneux formé par les pentes occidentales du plateau de Nouvelle- Castille : une partie de son territoire est composée de steppes et de landes où poussent des bruyères.
L'A/garvc, ca|)italc Faro, est la région montagneuse qu& couvrent les sierras de Monchique, de Malhào; sui- ses côtes habitent les meilleurs marins du Portugal. Là règne le climat africain comme dans la province espagnole de Grenade.
Aux provinces, il faut ajouter deux groupes de colonies considérées comme parties intégTantes du territoire portugais et possessions immédiates :
1° Les Açores, capitale Angra, îles volcaniques fréquemment ravagées par les éruptions elles tremblements de terre. Très fertiles, elles sont aussi fort peuplées ; sur une superficie de 2400 kilomètres carrés vivent 270000 habitants,, c'est-à-dire 113 par kilomètre carré;
2° Madère., capitale FundiaU encore plus petite et plus peuplée (134000 hab. pour 815 kil. carr., soit 164 par kil. carr.V
Villes. — Les plus grandes villes du Portugal sont Lisbonne (357000 hab.), Porto (172000 luib.), Braga (24000 hab.).
Lisbonne, la capitale du Portugal, est bâtie sur une baie admirable où vient déboucher le Tage et qu'un étroit goulet fait communiquer avec l'Océan.
Lisbonne est aujourd'hui le pjiat Je reiïrhc obligatoire pour tous le navires à dcstinatiou de r.Vfriiiuc owidcntale et de l'AiniTiquc du Sud
D'immenses travaux, d'aménagement font du port de Lisbonne l'un des plus sûrs du monde. La ville est très commerçante; la population bariolée, composée de nègres, de mulâtres, de métis, donne une idée de celle des grandes villes américaines du Sud. Cette capitale a un aspect moderne, tous les monuments anciens ont disparu dans le cataclysme de 1755; en quelques secondes, deux secousses de tremblement de terre renversèrent 3850 édiliceset écrasèrent sous les ruines plus de 15000 habitants. L'incendie dévora le reste, un raz de marée de 11 mèlres de hauteur engloutit la plupart des fugitifs. Seule l'énergie du marquis de Pombal fit renaître Lisbonne.
Porto, comme Lisbonne, est à l'embouchure d'un fleuve, le Douro, qui malheureusement vient déposer là, en une barre g-ênante, l'apport de ses alluvions. La ville n'en est pas moins prospère. Elle est célèbre par les g-rands vins qui mûrissent sur les coteaux environnants. Jadis elle fut la capitale du Portugal.
Coïmbre est une ville universitaire : « Ses mille ou quinze cents collégiens et étudiants, jadis plus nombreux, ses professeurs en soutane, donnent à la ville une physionomie particulière. » (E. Reclus.)
Agriculture. — L'ag-riculture est la principale ressource du Portugal. La qualité des terres, la chaleur, en général plus tempérée qu'en Espag'ne, l'humidité de l'atmosphère, tout contribue à la favoriser.
La récolte des céréales est évaluée à environ 12 millions d'hectolitres (dont 7 de mais). Les cultures maraîchères sont développées autour des villes.
La principale richesse du Portugal est la vigne. Les vignobles s'étendent aujourd'hui sur 204 000 hectares et donnent une récolte de 6 millions d'hectolitres. La vallée supérieure du Douro est la région la plus riche en vignes. C'est là que se font les vins si célèbres sous le nom de Porto (3 millions d'hectolitres), qu'achètent presque exclusivement l'Angleterre et le Brésil. — Sétubal produit des muscats estimés. Madère actuellement a la plupart de ses vignes attaquées par l'oidium et le phylloxéra . Les Anglais sont devenus propriétaires d'une partie notable des vignes à Porto; ils ont pour ainsi dire fait leur cellier du Portugal.
La culture de Volivier est très répandue.
Les oranges et les citrons de la Lusitanie étaient renommés dès la plus haute antiquité, et inspirèrent la légende du Jardin des Hespérides.
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U élevage est peu développé, malgré les conditions très favorables que présentent les provinces du Nord. Le bœuf (500000) et Tàne (140 000) sont employés aux travaux agricoles avec le mulet (40000); les chevaux sont rares, sauf dans les steppes de TAlemlejo (70000).
La pèche est une ressource importante des populations côtières du Portugal : il est peu de parages aussi poissonneux que la baie de Sétubal.
Industrie. — L'industrie manufacturière est peu active; le sous-sol du Portugal est pauvre en combustible minéral. Les métaux sont travailles dans les usines de Lisbonne et de Porto. Dans les deux mêmes villes et à Goïmbre sont les principales manufactures de tissus àe coton, laine et soie. Il faut ajouter à ces industries celles du verre et de la porcelaine. Le Portugal exploite les marais salants qui sont disposés et entretenus sur ses côtes avec un art merveilleux (plus de 320 000 tonnes de sel excellent vendu par bateaux entiers à nos pêcheurs d'Islande et de Terre-Neuve".
Voies de communication. — Les voies de coinmunication sont encore défectueuses en Portugal : on n'y compte que 23G0 kilomètres de chemins de fer. La navigation fluviale est gênée par des rapides ou par des bancs de sable.
La marine ynarchande comprend 600 navires au long cours ou de grand cabotage, dont 08 vapeurs; leur jauge atteint 118000 tonnes.
Le commerce extérieur du Portugal, en rapide diminution depuis une quinzaine d'années, est tombé à 400 millions dont 275 mWWon's^Vimportations. Les Portugais achètent des céréales, des tissus, cotonnades et soieries, des machines, et au Brésil des denrées coloniales ; ils exportent surtout des y?ns, des oranr/es, de% citrons, des huiles. Porto est le port des vins ; son commerce est comme ses vignobles en grande partie aux mains des Anglais qui entrent pour un tiers dans les échanges de ce pays.
Au second rang vient le Brésil, qui reste lié au Portugal par la communauté de langue, puis les Étals-Unis d'Amérique et la France.
Sur tous ces marchés, le Portugal voit diminuer ses ventes, par suite de l'extension des vignobles nouveaux et de la reconstitution des anciens vignobles français.
Colonies. - Le domaine colonial du Portugal, dont le Brésil s'est détaché au début du xix" siècle, comprend encore 3 groupes considérables.
1° En Afrique : les îles du Cap-Vert^ les établissements de Sénégambie et de Guinée^ les îles de San-Thotné et du Prince; enfin les vastes établissements d'^n^/o/a et de Mozambique, séparés par les possessions anglaises de la Rhodesia. La superficie totale de ce domaine africain ég-ale vingt fois celle du territoire portugais (2100000 kil. carr.); mais la population est peu en rapport avec cette étendue (8000000 d'hab. environ), et Tautoritô de la mère patrie est loin de s'exercer partout réellement. En outre, les parties les plus prospères et les plus riches de ce domaine sont l'objet des convoitises de l'Angleterre;
2*' En Asie: Goa et Diu dans les Indes, Macao sur la •côte de Chine ;
3" Timor appartient au groupe des îles de !a Sonde, •en Océanie.
Conclusion. — Le Portugal n'occupe plus dans le monde politique et économique le rang que lui avaient donné au XV* et au xTr" siècle ses grands navigateurs et conquéi-ants, les Vasco de Gama elles Alàuquerque. L'épopée maritime des Lnsiades, chantée par Camoens, est close ; mais les Portugais pourraient encore trouver dans leur situation océanique, dajis la richesse de leur sol plus favorisé par le climat que la Gastille, les éléments d'activité et de prospérité.
Lectures. — E. REctus, Géographie unîbersèlleir 1. 1, p. 689'-1041. — Vidal-Lablache, États et nations de l'Europe ; la Péninsrde ibérique. -=- WiLLKOMM, Die pyrenàische Hatbinsel. — Anonyme, L'orographie de l'Espagne [Revue française, janv. 1892). — J. Brlînhes, L'irrigation dans la Péninsule ibérique et dans l'Afrique du Nord. — Resena géografica y estadistica> de Espana, pof la Direccion gênerai det Irtstituto gec^afico.