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II. — Géographie politique

Race, religion. — On divise la Belgique en deux groupes ethnographiques, Flamands et Wallons. Les Flamands se rattachent aux races germaniques ; les Wallons (= Gaulois) aux populations françaises.

La Belgique est un pays catholique; on n'y compte guère que 15 000 protestants et 4000 Israélites. L'organisation du culte catholique y comprend un arxhevêché à Matines et cinq évechés.

La langue française, qui est la langue officielle, est parlée par environ 2 800 000 individus dans le pays de Liège, le Luxembourg belge, la province de Namur, le Hainaut et le Brabant. — Le flamand est parlé par 3 millions d'habitants dans les provinces de l'Ouest et du Nord ; — 800000 personnes savent à la fois le flamand et le français

Formation territoriale. — Le royaume de Belgique n'existe, comme État souverain, que depuis 1830. A l'origine, la Belgique était considérée comme une partie de la Gaule. Puis, les Francs l'occupèrent, et elle fit partie du royaume des Mérovingiens et des Carolingiens. Lors du démembrement de l'empire de Charleraagne, son territoire fut partagé; en vertu du traité de Verdun (8i3), les régions situées à l'est de l'Escaut devinrent la part de Lothaire ; les contrées occidentales furent au contraire annexées au royaume de France. Dans la suite, ces deux régions se trouvèrent réunies sous le sceptre de la maison de Bourgogne. La mort de Charles le Téméraire fit passer tous les Pays-Bas au pouvoir de la maison d'Autriche; Charles-Quint en fut maître. Quand les Provinces-Unies des Pays-Bas protestants se furent affranchies, l'Espagne conserva les provinces cathoHques, qui prirent le nom de Pays-Bas espagnols. L'Autriche en redevint maîtresse (1713) par le trarté d'Utrccht; mais les guerres de la Révolution en firent

des 1 rovinces françaises di^ 1"92 <à 1815. Les traités (jui marquèrent alors l'abaissement de la France réunirent la Belgique à la Hollande, malgré les diirérences de langue et de religion. Mais, eu 1830, les Belges se soulevèrent et, avec l'aide d'une armée française qui prit Anvers, expulsèrent les Hollandais. La Hollande ne reconnut l'indépendance de la Belgique qu'en

Géographie politique et statistique. — Le royaume de Belg-ique compte G800000 habitants, soit 231 en moyenne par kilomètre carré ; on sait que cette région est la plus peuplée du monde.

Le gouvernement de la Belgique est la monarchie constitutionnelle ; le roi g-ouverne avec un Sénat élu pour huit ans, et une Chambre des représentants élue pour quatre ans. Le budget est d'environ 400 millions.

h'armée compte à peu près -'lOOOO hommes; les bourgeois forment une garde civique. Bien que privilégiée par son titre d'État neutre, la Belgique a dû prévoir le cas où sa neutralité serait violée, et des fortifications coûteuses ont été consti^uites autour de Namur et de Liège pour défendre la route naturelle de Paris à Cologne et Berlin. Anvers est entouré d'une ceinture de forts qui en font un vaste camp retranché.

Divisions administratives. — La Belgique est divisée «n 9 provinces, dont 3 dans la région montagneuse des Ardennes ; ce sont le Luxembourg belge, ch.-l. Arlon; la province de Namur ; la province de Liège ;

Et 6 dans la plaine : le Brabant, ch.-l. Bruxelles ; le Hainaut, ch.-l. Mons\ le Limbourg, ch.-l. ffasselt; la province d'Anvers ; la Flandre orientale, ch.-l. Gand ; la Flandre occidentale, ch.-l. Bruges.

Villes. — La Belgique, et particuliërement la Flandre, €ut dès le moyen âge nombre de villes prospères, grands centres d'industrie, de commerce et d'art: Gand, Ypres. Bruges, Anvers. Au xvir" siècle, elle se couvrit de places fortes, qui furent les pièces de l'échiquier européen. Aujourd'hui, UiUe cité llamande, jadis glorieuse de ses métiers et de sa richesse, comme Bruges, est une ville morte ; mais l'industrie moderne se prépare h la faire revivre h l'activité maritime, de même qu'elle a ranimé le grand port de rKs«aut> Anvers.

Quatre oilles en Belgique ont une population supérieure à 100000 habitants;

Bruxelles (200000 hab., mais près de G25000 avec les faubourg-s), capitale du royaume, est aussi une g-rande ville d'industrie et de commerce. C'est le centre du réseau des chemins de fer belg'es, et des canaux la mettent en communication avec les grandes voies navigables.

Anvers ,304 000 hab.) est la plus grande place de commerce et le port est le plus actif de la Belgique ; l'Escaut a fait sa fortune, du jour où les Hollandais n'ont plus eu le pouvoir d'en interdire la navigation.

Liège (172 000 hab.), la grande ville wallonne, située au ])oinl où la Meuse va déboucher définitivement en plaine, près du confluent de i'Ourthe, doit sa prospérité à l'industrie métallurgique. Les hauts fourneaux Tentourent de lueurs flamboyantes.

Gand (163 000 hab.) est situé dans une position très favorable, au confluent de l'Escaut et de la Lys ^ en outre, ses canaux lui donnent accès sur la mer.

Fig. 32. — Plan des ports et du canal maritime.

m. — Géographie économique.

Conditions générales. — La Belgique est une des régions les plus favorisées de l'Europe au point de vue économique. Son sol donne de grandes richesses agricoles et recèle aussi des trésors minéraux.

Productions agricoles. — La richesse agricole de la Belgique est très inégale suivant les régions : les Ardennes,

terres hautes, froides, en majeure partie schisteuses et imperméables, sont restées un pays de forêts et, par endroits, de marais. Une des forêts les plus étendues est celle de Saint- Hubert dans le Luxembourg-, pays de chasse et de légendes. — Dans la basse Belgique, la Campine avec ses landes sablonneuses est encore moins productive. — Au contraire, les pays ondulés de la Hesbaye, du Brabant, et les g-rasses plaines de Flandre comptent parmi les terres les mieux cultivées de l'Europe.

Parmi les cultures alimentaires, les céréales sont au premier rang'; elles occupent 30 pour 100 du territoire.

Le blé, cultivé surtout dans la Hesbaye et le Brabant, donne, comme dans notre département du Nord, un produit d'environ 25 hectolitres <à l'hectare. Il va sans dire que ces territoires, si fertiles qu'ils soient, ne sauraient nourrir une population aussi dense que celle de la Belgique. La récolte moyenne du blé n'atteint pas 5 millions d'hectolitres ; ici, comme dans toute l'Europe occidentale, la concurrence des blés d'Amérique réduit chaque année l'étendue des champs emblavés.

Le seigle, ciTéale des terrains médiocres, est surtout semé dans les champs sablonneux des Flandres; il y donne une récolte supérieure en quantité à celle du froment. A Vorge, au contraire, conviennent les riches terres des polders ; sa culture se développe rapidement dans un iia3's qui consomme beaucoup de bière. Vavoine est la culture caraclérislique de lArdenne.

Les pommes de terre suppléent à l'insuffisance du froment dans un pays surpeuplé. C'est surtout la Flandre sablonneuse qui en fournit d'abondantesrécolles.

Les arbres fruitiers de nos provinces du Nord, pommiers, poiriers, pruniers, sont cultivés dans le Hainaut, le Brabant, une partie des Flandres. Mais le sillon profondément encaissé de la vallée de la Meuse est le plus favorisé à cet égard.

hes cultures industrielles sont importantes en Belg^ique : le lin des Flandres est réputé depuis le moyen âge et recherché pour la fabrication des fines toiles ; la betterave h sucre et la betterave fourrag-ère occupent une place croissante dans le Brabant et le Hainaut. Le houblon, culture caractéristique des pays consommateurs de bière, est récolté dans les mêmes régions et dans quelques districts de la Flandre.

L'élevage. — La Belg-iquc est un pays de grand élevage,. comme iiotre Flandre et notre Picardie.

Les prairies nahirelles dans les polders du littoral et les terres savamment irriguces des Flandres, les prairies artificielles, luzernières et champs de trèfle dans le Hainaut, le Brabant et la vallée de la Meuse, nourrissent 1 788 000 bêtes à coi^nes. Les vaches de race flamande ou de race hollandaise, excellentes laitières, suffisent à une consommation considérable de lait, beurre et fromage. Les fermes élèvent en outre plus d'un million de porcs et beaucoup de volailles. Les moutons (235000) vivent principalement dans les pays pauvres de TArdenne.

Les chevaux flamands (2'45000), race vigoureuse de g-ros trait, sont élevés en moins grand nombre depuis la vulgarisation des automobiles.

Industrie. — La houille et les métaux. ^ Riche par l'ag-riculture, la Belgique se distingue encore plus par son activité industrielle, qui trouve son aliment naturel dans de magnifiques gisements de charbon.

Le terrain carbonifère occupe dans les provinces de Liège, de Namur et du Hainaut près de 100 000 hectares et forme une longue bande de 200 kilomètres de longueur et d'une largeur moyenne de 10 kilomètres, entre les houillères françaises de Valenciennes et celles de la Prusse rhénane. On distingue deux bassins, celui de Liège dans la vallée de la Meuse, et celui de Gharleroi et de Mons à l'ouest, le long de la Sambre et de la Haine.

Dans ce dernier centre, le Borinage, tout le sol est creusé de puits et de galeries qui atteignent, dans les mines de Flenu, jusqu'à 1000 mètres de profondeur. De nouveaux gisements ont été découverts sous le sol ingrat de la Campine.

La Belgique possède toutes les variétés de charbons gras ou maigres, propres aux fonderies, au chaufïage des chaudières ou à l'usage domestique. La production totale atteint 23 millions et demi de tonnes ; les deux tiers sont consommés dans le pays, le reste est vendu à la France et à la Hollande.

Les minerais de fer^ très abondants aussi, sont exploités dans les mêmes régions et surtout dans les provinces de Liège, de Namur et du Luxembourg. La production totale atteint 1 million de tonnes.

Le zinc, une des richesses principales de la Belgique, est extrait du pays limitrophe de rAUemagne et du territoire neutre de Moresnet : le gisement de la Vieille-3/on-

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tarpie est un des plus importants du monde et fom^nit 80 000 tonnes par an.

Le plomh et le cuivre sont extraits, mais en quantité iioaui^oup moindre, des provinces de Liège et de Nannir.

Les carrières ont moins de valeur. Cependant la pierre de taille de Sùignics dans le Ilainaut, les mar]>res noirs de Dinant, les marbres noirs et rouges, les ardoisières du Luxembourg sont activement exploités.

Les eaux minérales de Spa attirent de nombreux visiteurs.

D'une manière générale, on peut dire que l'industrie minière occupe en Belgique le plus grand nombre de bras, de capitaux et d'intelligences. L'aptitude des jeunes ingénieurs belges, formés par l'école des mines de Liège, se manifeste au loin par les nombreuses entreprises qu'ils dirigent, concurremment avec les ingénieurs français, en Russie et jusqu'en Cbine.

Industrie métallurgique. — La Belgique dispute ég-alement le premier rang" aux grands Etats pour l'industrie métallurgique. Une centaine de hauts fourneaux, dans les provinces de Liège et du Hainaut, transforment le minerai de fer en fonle et en acier; de puissantes usines à Liége^ Verviers et surtout les grands établissements Cokerill, à Serai?ig, où travaillent 10000 ouvriers, rivalisent avec le Creuset et avec l'usine Krupp d'Essen pour la fabrication des machines, des rails, des moteurs électriques et des canons. Liège a d'importantes manufactures à.'armes et d'outils. Namur et Dinant travaillent le cuivre et la chaudronnerie.

La verrerie, la céramique, les usines de produits cbimiques sont prospères à Liège, Namur, Charleroi et Bruxelles.

Les résidus des industries minérales sont transformés en engrais et enrichissent i'agrii'ulture.

Industries textiles. — Tandis que la métallurgie assure la prospérité de la vallée de la Meuse et de la Sambre, la lilature et le tissage, industries ti^aditionnelles de la Flandre, occupent plus de 250 000 ouvriers dans les villes (le l'Ouest : Gand, Courtrai, Tournai, Alost, T3ruxellcs.

(Umrtrai^ pour la labricatioM des fines toiles, rivalise avec la Hollande ; (iand, le Mamhesler belg'e, fabrique les colonnades avec les cotons importés par Anvers.

Louvahi et Malines ont gardé loin' industrie d'art, la dentelle.

Au contraire, l'indusliit; do la In'nio^ jadis spéciale à la Flandre, s'est déplacée vers les .\rdcnnes, pays des moutons : Verviers^ qui en est le principal centre, utilise les eaux de l'énorme réservoir do la Gileppe.

Industries alimentaires. — La fabrication du sucre de lictlerave, de la liirre et de r^ilrnnl i. ■cuiie iiii grand nombre de raffineries et de l)rasseries dans le Ilaiuaul et le Brabant.

Voies de communication. — La Belgique est un des pa5^s les mieux poarvns de voies de conimnnication. Elle utilise 2200 kilomètres de voies »avi(jables, fleuves ou canaux. Auvers, débouché de l'Escaut, est en relation avec les houillères de la Sambre et du Borinage par les canaux, de Wilh'broeck (entre le cours du llupel et Bruxelles) et de Charleroi. Le caual de la Campinc unit Anvers avec la Meuse hollandaise à Maestricht. Gand commuuiipie par canal avec Bruges et Oslende et avec Terneuze sur rembouchure de l'Escaut. Un canal traverse le Borinage, de Mons à Coudé ol :'i Antoing.

La Belgique est avec l'Angleterre un des premiers pays qui ont adopté les chenntis de fer : elle en possède aujourd'hui 4G00 kilomètres, en majeure partie propriété de l'État. C'est un des réseaux les plus denses de l'Europe, particulièrement autour de Mons et de Charleroi, où les voies ferrées sont aussi nombreuses que dans maint autre pays les chemins vicinaux. Seule l'Angleterre, la Prusse rhénane, la Saxe et le nord de la France présentent une pareille complicalion. La voie la plus importante pour le transit international est celle qui suit la vallée de la Sambre et de la Meuse par Charleroi, Namur et Liège ; c'est un des tronçons de la grande ligne européenne de Paris-Cologne-Berlin-Saint-Pétersbourg.

Trafic maritime. — La Belgique est au contraire en retard sur ses voisins, particulièrement sur les Pays-Bas, pour l'armement des navires de commerce. Elle ne compte encore que Tî navires, presque tous à vapeur, il est vrai (OU), d'une jauge totale de 110 000 tonneaux. C'est peu pour un pays si avantageusement situé et si bien jiourvu de houille et de fer.

Le mouvement des ports belges (IG millions de tonnes) est considérable sans doute. Anvers attire même une partie des produits de la France du Nord, et expédie vers les mêmes régions le coton, le café, etc. ; mais la majeure partie de ce trafic maritime se fait sous pavillon étranger, anglais, allemand, américain.

Commerce. — La Belgique, grâce à sa situation au carrefour des grands États de l'Europe occidentale, et g-râce à son industrie et à son ag-riculture, est un pays de commerce très actif. — Le commerce extérieur de la Belg-ique a plus que décuplé depuis 1810, et atteint en 1906 le chiffre de (')milliai^ds ^100 millions, dont 3450 millions à rimi)ortation et 2800 millions à l'exportation. — Les Belges achètent les produits alimentaires nécessaires à leur nombreuse ]iopulation : céréales, animaux, denrées coloniales, café, boissons, et les matières premières utiles à leur industrie: coton, laine, bois et peaux. — Ils vendent au contraire leurs minerais et leurs produits manufacturés, fer, acier, machines, filés, tissus, verrerie, oie

Les meilleurs clienls de In lJcl-ii|tio sont ses voisins, la

France et l'Allemagne, l'Ang-leterre, les Pays-Bas. — Les deux Amériques lui fournissent le coton, la laine, les cuirs, le pétrole; la Russie, le bois, le lin, les céréales.

Conclusion. — L'exemple de la Relgique montre que la valeur économique d'un État tient moins à son étendue qu'à l'activité agricole et indusrielle de ses habitants. La prospérité de la Belgique est l'effet de deux séries de causes, les unes durables, les autres sujettes à varier :

1" La situation géographique, la richesse de son sol en mines, l'aptitude au travail de ses habitants ;

2" Les avantages de la neutralité politique, qui lui a évité les grandes guerres et les lourdes charges de la paix armée ; de ce fait l'industrie belge bénéficie d'une véritable prime. Mais cette situation peut se modifier; une question se posera bientôt : la Belgique pourra-t-elle concilier ses devoirs d'État neutre avec les ambitions de puissance coloniale africaine que son roi lui inspire?

Lectures. — E. Reclcs, L'Europe du Nord- Ouest, p. 45-184. — Vidal-Lablache : États et nations de l'Europe; Autour de la Finance. — lo.. Tableau géographique de la France. — Houzeau : Essai d'une géographie physique de la Belgique. — La Nature, ISO'Î, 2« sem., p. 70. — Les grandes profondeurs des mines {Id., p. 159). Le port d'Anvers.

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