‹ EuropeChapitre 64 sur 113 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Sommaire. — Superficie : 29 457 kilomètres carrés.

Formation du sol et relief. — Trois régions différentes d'aspect et de valeur: P au sud est le plateau sciiisteux. et Ijoisé des Ardennes {altitude 300 à C50 ni.), coupé par les sillons profonds de la Meuse et de ses affluents de droite; 2o les terrains caybonifèves qui s'étendent sur 120 kilomètres de longueur dans le Hainaut et le ion;,' de la Sainbre et de la Meuse Ces terrains du Borinage, de Charleroi et de Liège font la richesse industrielle de la Belgique; 3° les plaines tertiaires du Brahant analogues aux terres variées de l'Ile-de-France, et les plaines d'alluvion de la Flandre (moeres et polders). Une région contraste avec la précédente par sa pauvreté, les landes de la Campine.

Fleuves. — La Meuse, vallée étroite et sinueuse d* Dinant à Namur, plus ouverte de Namur à Liège; ses aflluents : à gau!:lie la Sambre; à droite les Ardennes lui envoient la Semoy, l'Ourllic, l'Amblève et la Vesdre.

L'Escaut, fleuve de plaines, traverse la Flandre et se jette après Anvers dans la mer du Nord, par deux bras dont les rives appartiennent à la Hollande. 11 reçoit à gauche la Lys, qui conflue à Gand; à droite la Haine, la Dender et le Rupel formé de la Sei^ne, de la Dyle et des den\Nèflies.

Le littoral bas, sablonneux, bordé de dunes, forme des plages [Ostende et Blankenberghe) plutôt que de bons ports; mais la Belgique possède sur l'Escaut Anvers, un des meilleurs ports d'estuaire de l'Kurope.

Géographie politique. — Population très dense (7 288 000 hab. ; 24G par kil. carr.). Gouvernement: monarchie constitutionnelle. État neutre.

Neuf provinces : le Luxembourg, ch.-l. Arlon ; la province de Namur; la prov. de Liège; le Brabant, ch.-l. Bruxelles; le L/mbourg, cli.-l. Hasselt; Anvers; le Hainaut, ch.-l. Mons ; la Flandre occidentale, ch.-l. Bruges; la Flandre orientale, ch.-l. Gand.

Villes. — Bruxelles (Ô230ÛOhab. avec les faubourgs) ; Anvers (3O'tO0Ohab.) ; Liège (172000 hab.) ; Gand (IG:!O()0 hab.).

Productions agricoles. — Forêts dans l'Ardenne ; céréales et pommes de terre dans le Brabant et les Flandres. Cultures industrielles: betteraves, houblon et lin. — Élevage : 1 788* 00 bêtes à cornes.

Industrie. — La Bdgique est l'un des pays les plus riches en houille et. par suite, un des plus industriels de l'Europe. Le charbon et le fer du Borinage, de Charleroi et de Liège, le cuivre de Namur, le zinc delà Vieille-Montagne alimentent les nombreuses usines métallurgiques de Mons, Liège et Seraing. Tissage de la laine à Veruiers, des toiles et du coton à Gand.

Voies de communication. — 2 2U0 kilomètres de canaux et de rivières navigables; 4 030 kilomètres de voies ferrées.

Commerce : plus de G milliards 200 millions.

VElal libre du Congo, légué par le roi des Belges, vient d'être transformé en colonie belge.

280 DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES ÉTATS EUROPÉENS. I. — Géographie physique.

Situation et dimensions. — Le royaume de Belg-ique, situé au nord-ouest de l'Europe, couvre une superficie de 29457 kilomètres carrés, c'est-à-dire dix-huit fois moindre que la France. C'est un des pays les plus petits de l'Europe par l'étendue, mais un des plus importants par la situation, par la richesse de son sol et de ses mines, la densité de sa population et sa prodigieuse activité industrielle et commerciale.

Ses limites sont marquées d'un côté par la mer du Nord ; les États limitrophes sur le continent sont : au nord et à l'est les Pays-Bas de Hollande et la Prusse, au sudest le grand-duché de Luxembourg, à l'ouest et au sudouest la France. Aucune barrière naturelle ne sépare la Belgique de ces divers pays. Les frontières sont toutes formées par des lignes purement conventionnelles.

Formation du sol. — La Belgique comprend deux régions de nature très dilférente : au sud-est un plateau de schiste et de calcaire métamorphique, l'Ardenne ; à l'ouest et au nord des plaines d'ulluvions, la Flandre.

Entre ces deux régions opposées la transition est marquée par une longue bande de terrain carbonifère, qui remplit la vallée de la Sambre et de la Meuse entre Gharleroi et Liège ainsi que la vallée de la Haine, affluent de l'Escaut. Cette région houillère, qui s'étend sur 120 kilomètres de longueur et 12 de largeur et se continue en France dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, est la plus riche de l'Europe. Elle compte par endroits jusqu'à 116 couches de houille intercalées entre le calcaire ou le grès. Ces couches s'inclinent jusqu'à des profondeurs voisines de 1 000 mètres aux environs de Liège.

Au nord de la bande carbonifère, le terrain tertiaire a complété la transition en formant dans la Hesbaye et le Brabant des collines et des plaines ondulées dont l'aspect et la fertilité rappellent les meilleures terres de l'Ile-de- France, la Brie et la Beauce.

Relief. — Le système montagneux f|ui couvre la Belgique du sud-est, VArdenne^ ne lui appartient pas en propre, Ce plateau, qui s'étend également en France, dans le Luxembourg et la Prusse rhénane, n'est lui-même qu'une

partie d'un ensemble beaucoup plus étendu, le système du Rhin. En etlet, Ardennes, Eifel, Westerwald, Hunsrlick, Taunus, forment un tout géolog'ique et orog-raphique, une région de plateaux schisteux plus ou moins élevés, entaillés par de profondes fissures où coulent en de nombreux méandres le Rhin, la Moselle, la Meuse et leurs affluents.

Les Ardennes sont la terminaison de ce système vers le nord-ouest et n'en sont pas la partie la plus haute. C'est une surface assez uniforme de plateaux boisés dont l'altitude moyenne est comprise entre 300 et 500 mètres. Ils s'abaissent vers le nord-ouest, et bordent la Meuse d'une série de collines qui dominent le fleuve d'environ 200 mètres. A mesure qu'on s'éloigne de la Meuse pour se rapprocher des territoires rhénans, le plateau s'élève et devient moins fertile.

Les roches calcaires disparaissent, et le sol formé de schiste ne porte que des forêts ou de maigres pâturages fréquentés par les moutons. L'eau ne peut pénétrer ce sol imperméable et séjourne dans les cavités en formant des tourbières et des marais boueux, appelés dans le pays du nom significatif de « fanges », ou encore « fagnes », « veen «.

Cette région pauvre, un « petit désert au milieu des pays les plus peuplés de l'Europe », ne serait même pas pittoresque et paraîtrait monotone, tant les sommets dominent peu le plateau, sans les vallées qui coupent cette masse schisteuse et la traversent en d'étroits et profonds couloirs bordés de chaque côté par des escarpements couronnés de forêts. Ce sont ces vallées, la Meuse, la Semoy, TAmblève, qui forment les principaux accidents du système. Leur profondeur, comparée à l'altitude du plateau, atteint parfois 200 et 250 mètres, alors que les points culminants dépassent rarement de plus de 100 mètres le niveau des terres qui les environnent.

Les Belges distinguent dans l'Ardenne dilférentes parties d'après l'altitude et la fertilité relative. Au sud de la Meuse, entre Namur et Liège, s'étend le Condros, pays d'altitude encore médiocre, environ 300 mèti^es, et assez fertile grâce aux roches calcaires qui se mêlent aux bandes de terrain siluinen ; les pâturag-es et les bois se partagent cette région ainsi que le plateau de Hervé.

Entre Sambre et Meuse s'étend la Fagne, qui n'est pas plus élevée, tandis qu'à l'est le Ho/ie Venu annonce déjà le système plus montagneux de l'Eifel et porte le point culminant de la Belgique, la Baraque Michel (674 m.), à l'est de Verviers.

Au sud du Condroz s'étend la Famenne, déjà plus haute et moins fertile, puis la partie la plus morne et la plus

pauvre des Ardennes, les Hautes- Fagnes, dont la hauteur est presque partout supérieure à 450 mètres.

Enfin au sud l'Ardenne s'abaisse et s'articule de nouveau dans les vallées de la Semoy et de TAlzette, qu'occupent le g-rand-duché de Luxembourg- et le Luxembourg belge. Abritées contre les vents du nord, ces vallées ont un climat beaucoup moins rude et des terres plus fertiles.

La région moyenne de la Belgique, celle des collines et des hautes plaines qui s'étendent au nord de la Meuse et de laSambre dans le Hainaut et le Brabant,est la continuation du Hainaut français. Le sol, formé de terrains tertiaires et de débris arrachésà l'Ardenne pendant la période diluviale, rappelle le lœss d'Alsace. C'est le limon hesbayen ; grâce à un heureux mélange de silice et de calcaire, il se prête à toutes les cultures. Les accidents de terrains y sont médiocres et déterminés surtout par les vallées des rivières qui ont creusé leur lit dans ce sol meuble. Bruxelles et Louvain marquent au nord la fin de ces ondulations.

Au delà, les collines font place à une plaine basse et uniforme : la F/a?}drc h l'ouest, la Campine au nord. Mais, s'il y a peu de différence au point de vue du relief entre la Flandre et la Campine, il y en a de très sensibles dans l'aspect et la valeur des pays.

La Flandre, plaine déprimée et en certains points audessous du niveau de la mer, abondamment arrosée par des rivières qui coulent à pleins bords, coupée en tous sens de canaux qui drainent les eaux et en dévei'sent l'excès à la mer aux heures de marée basse, est devenue, grâce à .\\n ti-avail séculaire, une des terres les plus fertiles de l'Europe. Les marais (moeres) ont été transformés par l'habileté et la patience des Flamands en polders, où s'engraissent de nombreux bestiaux. Les sables ont été amendés et fertilisés: Les polders lentement conquis sur les marais ou sur la mer elle-même sont défendus contre le retour des eaux par de puissantes digues soigneusement entretenues, larges de 20 à 30 mètres et hautes de 8 à 10 mètres au-dessus des flots.

A côté des riches prairies flamandes, la Campine fait un singulier contraste. Elle est restée une grande plaine de sable et de gravier inculte que le vent amoncelle en dunes mobiles comme celles de la côte.

Climat. — La plaine belge est soumise au régime du climat océanique : ainsi Bruxelles reçoit des pluies assez abondantes ((im.Gô par an), et jouit dune température moyenne assez douce en hiver (4-2"; et en été (+ 18°). Les contrastes sont plus marqués, le climat plus rude dans la région des Ardennes.

Fleuves. — La Belgique est arrosée par deux fleuves très diflerents : la Meuse et l'Escaut, qu'elle partage avec la France et les Pays-Bas.

La Meuse est presque un fleuve de montagnes si on la compare à l'Escaut. Elle entre en Belgique en aval de Givet, après un parcours de 180 kilomètres en territoire français. Jusqu'à Dinant elle coule dans un étroit couloir bordé des deux côtés de brusques escarpements de schiste et de marbre qui laissent à peine place pour la route et la voie ferrée qui suivent la vallée. De Dinant à Namur, la Meuse est encore accompagnée par les hauteurs, mais la vallée est déjà plus large. A partir de Namur, le fleuve change de direction et suit jusqu'à Liég-e la ligne de son affluent la Sambre. La Meuse entre enfin dans une plaine de plus en plus uniforme sur le territoire hollandais.

Le principal affluent de g-auche de la Meuse, la Sumhre, lui vient de la même région de sources que l'Escaut, TOise et la Somme en France, et traverse le district houiller de Charleroi.

A droite la Meuse s'enrichit de plusieurs rivières qui lui apportent les eaux des Ardennes. Avant même d'entrer en Belgique, elle reçoit la Semoy, qui arrose le Luxembourgbelge ; c'est la rivière la plus caractéristique des Ardennes par la profondeur de sa vallée comme par les nombreux méandres qui allongent démesurément son cours. Un peu avant Dinant, la Meuse se grossit de la Lesse, dont leseaux traversent les grottes calcaires de Han. Enfin à Liège vient confluei" VOurthe, qui naît dans la plus haute région des Ardennes, et coule dans un lit étroit, entre des rives souvent boisées, ainsi que lAmblève et la Vesdre.

Toutes ces rivières ont leurs crues les plus fortes au printemps, lorsque les premières chaleurs viennent fondre les neiges de l'Ardenne ; mais elles sont aussi exposées aux crues d'été par suite de la prépondérance marquée des pluies estivales dans les hauteurs du système rhénan.

h'Escaut a un tout autre caractère : c'est le type des fleuves de plaine et l'un des plus utiles au commerce.

Né en France, au pied du plateau de Saint-Quentin, à 90 mètres d'altitude seulement, il est navigable à quelques kilomètres de sa source. Il entre en Belgique après un parcours en France de 120 kilomètres. Il longe les dernières collines qui terminent le relief de la Belgique à l'ouest, jusque vers Oiidenardc; puis il entre définitivement en pays plat, dans les Flandres, fait un coude brusque près de Gand, pour se détourner vers le nord-est et s'étaler au-dessous d'Anvers dans un double estuaire dont les rives appartiennent à la Hollande, et dont un seul bras, le Hont ou Escaut occidental, est utilisé aujourd'hui par la navigation maritime. Bien qu'il soit bordé de terres basses et s'ouvre dans une mer peu profonde, l'estuaire de l'Escaut est un des meilleurs de l'Europe, et le port d'Anvers est le port naturel le plus avantagé du continent. L'Escaut à Anvers mesure 500 mètres de largeur et près de 15 mètres de profondeur à marée haute.

Anvers ne concentre pas seul toute la navigation maritime de l'Escaut; nombre de cargo-boats de moyen tonnage remontent jusqu'à Gand, et dans tout son cours en Belgique l'Escaut est fréquenté par une batellerie très active. Ses affluents ramifiés en tous sens en font d'ailleurs la principale artère de la Belgique.

A gauche il reçoit la Lys, venue des collines d'Artois et qui draine la majeure partie de la Flandre. Elle arrose Gourtray et Gand, la grande ville industrielle de la Flandre ; puis conflue avec l'Escaut, tandis qu'un canal la réunit d'autre part avec Bruges et la mer du Nor-d.

A droite l'Escaut reçoit la Ilaino^wox canal encombré de houille ; la Dender^ qui aboutit à Dendermonde, et surtout le Jîupel, qui lui apporte par ses affluents les eaux du Brabant et du Limbourg. Il est formé en effet de la Senne qui traverse Bruxelles, de la Di/ le qui baigne Louvnin et Malines, et des deux Nèthes qui drainent imparfaitement la Gampine. Quelques ingénieurs belges ont proposé de transformer le Rupel et la Senne en un canal maritime qui ferait do Bruxelles un port de mer.

Littoral. — Bien pourvue de rivières abondantes, régulières cl facilement navigables, la Belgique serait au contraire peu favorisée du côté de la mer si Anvers ne compensait pour elle la médiocre articulation de son littoral.

La côte belg-e de la mer du Nord se développe sur une étendue d'environ 70 kilomètres. C'est presque une ligne droite orientée du sud-ouest au nord-est. Cette côte est basse, sablonneuse et garnie de rangées de dunes. Des plages presque horizontales et de nombreux bancs de sable découverts à marée basse prolongent la terre ferme sous les eaux peu profondes de la mer du Nord.

Aucun golfe ne pénètre ce littoral, sauf sur l'extrême frontière orientale, à la limite des côtes belge et hollandaise; les points où se sontétablis les ports, comme Blankenberghe et Ostende, ne marquent pas de notables enfoncements, et ces abris n'ont été créés ou maintenus qu'à force de travail.

Page 1