FUSTACHE
sans pouvoir articuler un son ni faire un mouvement. ( Pourtant les cris d’allégresse et les acclamations € bruyantes des légionnaires l2 tirèrent de sa somno- û Jence léthargique. Aussitôt qu’elle eut repris ses sens, j sa première pensée fut de se faire reconnaître de ses | d deux fils ; mais elle hésita à la vue de cetle troupe de ï q soldats qui étaient comme ivres de joie, pensant qu'il | a ne convenait pas à une femme d'aller se mêler à ces à a militaires, et se demandant à elle-même + quoi cela e servirait, si ses fils, enivrés de bonheur et de gloire, p ne rougiraient pas de ceconnaître leur mère dans une ei pauvre et misérable es: live, {* Et quard ils n’auraient d point honte de moi, car inc cœur me le dit, me rt croiront-ils sur parole ? Cenment lenr prouver qu’ils si sont mes enfants? Leur roñirai-je ce qu'ils viennent la de raconter eux-mêmes ? Mais ils penseront que c’est P l’imposture d'une esclave qui veut se soustraire à É l'esclavage, et il me faudra supporter l’indignation m
des officiers et essuyer les railleries et les insultes de leurs soldats. Puisque mon fils Agapius demeure avec (2 mci dans cette maison, je le suivrai dans sa chambre — lorsqu'il rentrera, et là nous serons seuls, je serai A plus calme peut-être, et je réussirai mieux à le con- sa vaincre que je suis sa mère, Dès que mon Agapius m m'aura reconnue, il persuadera facilement Théo- pa phytus, et alors nous serons heureux.” vo Île revint à la maison d’un pas encore chancelant ar et alla s’enfermer seule dans la mansarde qui lui Je: servait de chambre ; là elle tomba à genoux, et, don- Al nant un libre cours à ses larmes, elle remercia Dieu la par de ferventes prières de lui avoir rendu ses chers n” enfants. | | Elle resta longtemps agenouillée et plongée dans pr une méditation profonde ; puis revenant à elle tout à Ve coup : “ Où est, dit-elle, le père de mes fils? Est-il de: lui aussi, esclave comme moi ? a-t-il cessé de vivre ? po Oh ! non, dit-elle en portant la main à son cœur, je me
sens là qu’il vit encore ! O Dieu hon qui l’as conservé, à tu achèveras l’œuvre en ren: leur père à ces ï pi enfants que tu as déjà réunie. |
Théophyta se leva alors plus résignée, et s’appro-
ouvement, clamations sa somnois ses sens, ître de ses 8 troupe de nsant qu'il nêler à ces : quoi cela de gloire, e dans une n'auraient le dit, me iver qu’ils s viennent t que c’est ustraire à idignation nsultes de eure avec chambre , je serai à le con- Agapius nt Théo-
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chant de la fenêtre qui donnait sur le jardin, elle considérait avec émotion dans ces nobles et beaux capitaines }es deux enfants qu’elle avait perdus si jeunes. Elie cherchait dans son imagination un moyen de se faire reconnaître d'eux, lorsqu'elle s’aperçut que les soldats et les officiers s'étaient retirés les uns après les autres et avaient laissé ses fils tout seuls assis sur le banc. “ Voici un moment propice, ditelle ; Dieu, soutiens-moi et donne-moi les paroles qui persuadent, pour les convaincre de la vérité.” Puis éssuyant ses yeux, ui étaient encore rouges, elle descendit vite au jardin, et elle était déjà près du ruisseau, lorsque ses fils, se levant pour s’en aller, suivirent une allée du bosquet au lieu de revenir à la maison. Théophyta avait une résolution forte, elle pri un détour, et vint au-devant d'eux; son cœur
altait avec violence et elle tremblait de tous ses membres,
‘* Nobles et jeunes guerriers, oserai-je, leur ditelle d’une voix entrecoupée, vous adresser une prière ? —Ne craignez rien et ne tremblez pas ainsi, dit Agapius en fixant des yeux pleins de compassion sur sa figure pâle où l’on voyait encore la trace des larmes ; rassurez-vous et parlez avec confiance : si nous pouvons quelque chose pour vous, nous le ferons bien volontiers. —Je suis Romaine, continua-t-elle, j'ai été arrachée à mon mari et à mes enfants par une violence injuste, et j'ai été vendue comme esclave. — Alors, dit Agapius, vous voulez sans doute recouvrer la liberté ; mais cela n’est pas en notre pouvoir, il n'y a que le général en chef qui en ait l'autorité.
—Je le sais, reprit-elle; cependant, je vous en prie, laissez-moi d’abord achever le récit de ma vie. Vous serez convaincus, je l’espère, que je suis d’une des plus nobles familles romaines, que je suis l’épouse SA LA ae inconnu fout aujourd'hui, mais qui jadis s’acquit une belle renommée.
—Le général en jugera mieux que nous, dit Agapius; nous sommes étrangers à Rome, nous avons été élevés sur les frontières de l'empire, et nous ne connaissons pas la noblesse romaine, Mais votre mari
De rc ro eme
mm À PS
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ne doit pas être inconnu à notre général, c’est donc à lui qu'il faut adresser vos supplications.
—Mais comment parvenir jusqu'au général? dit
Théophyta ; voudra-t-il s’abaisser jusqu'à donner audience à une esclave ?
—Nous pouvons vous y conduire, reprit Théophytus, le plus jeune ; le général est ‘bon et affable, vous paraissez dire la vérité, et il fera droit assuré: ment à votre demande, Nous nous rendons en cet instant auprès de lui pour prendre ses ordres, venez avec nous.”
Cette proposition inattendue était bien contraire à ses espérances : elle s’arrêla indécise. Cette mère, qui voulait se faire reconnaître à ses fils dans une conversation an n'était nullement disposée à découvrir les plaies de son cœur à un général victorieux et plein de gloire, qu'elle croyait tout à fait étranger à ses peines.
“ Pourquoi hésitez-vous? lui dirent ensemble les deux officiers; il ne faut pas perdre courage. Le temps nous presse, et nous sommes déjà en retard, avec nous sans plus tarder, vous n’aurez pas de sitôt une occasion aussi favorable de demander justice. Croyez-nous sur parole, vous passerez à travers les gardes sans être arrêtée, et vous verrez librement notre grand général, qui ne vous renverra point sans secours et consolations.
—Eh bien ! dit Théophyta, prenant une résolution subite, j'accepte votre offre avec reconnaissance, et j'irai avec vous.” Les deux capitaines se mirent alors à mârcher assez vite, et Théophyta, pleine d'inquiétude, les suivait par derrière,
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EUSFAGHE
CITAPITRE XII!
Théophyta retrouve son époux, —Le général a peine o il à la reconnaitre.
Les jeunes officiers allèrent au palais où le comwaudant en chef avait établi son quartier général, | Les hautes colonnes du portique étaient encore ornées À de branches de laurier et de guirlandes de fleurs. 1 | Les gardes s’avancèrent au-devant des capitaines et a {es saluèrent avec les honneurs militaires.
Théophyta éprouvait en ce moment un doux plaisir de mère ; elle suivit ses fils dans les escaliers de marbre jusqu’à une antichambre à la voûte élevée, Là Agapius lui dit d'attendre un instant ; il entra respectueusement dans la salle où était le général, en revint aussitôt et lui fit signe d'entrer, :
L’esclave tremblante entra dans cet appartement, décoré avec une magnificence impériale, Les parois resplendissaient d’or et de marbre, et le parquet était couvert de superbes tapis. Eustache, en ri” costume de général romain, se tenait debout à l’embrasure d’une fenêtre à travers laquelle pénétraient les rayons du soleil couchant, qui rehausaient encore sa taille noble et fière. A côté de lui on voyait briller, sur une fable recouverte de pourpre, son casque tout brillant d’or et orné d’un magnifique panache, le bâton d’ivoire à pomme d’or de généralissime, et son épée à la poignée d’or massif.
Théophyta s'arrêta dans une atiütude suppliante et se tenait comme les esclaves tout près de la porte, Déjà elle ouvrait la bouche pour raconter ses mal-
76 EUSTACHF heurs à ce général, lorsque soud”; 1 vile reconnut en lui son Eustache. Élle fit un mouvement involontaire de surprise, et elle resta iramobile, la bouche béante, sans pouvoir proférer une seule parole. Oh! : vadbfs joie délirante s'était emparée de la pauvre esclave ! Qui n’a pas ressenti de ces joies subites et sui: à ne comprendre jamais la souffrance du bonheur que Théophyta ressentait en cet instant, Revenue un peu de son premier transport et s’abandonnant tout entière à la pensée de son bonheur, elle se précipita vers Eustache les bras tendus comme pour l’embrasser. Mais l'œil sévère du général l’avait arrêtée au milieu de la salle; et la pauvre esclave, passant tout à coup du délire de ia joie à la plus poignante des douleurs, laissa tomber ses bras de surprise; un tremblement convulsif s'empara de tous ses membres et elle ne put prononcer que ces mots : ‘ Mon Eustaclie ne me reconnaît pas l” Le général la regardait avec étonnement, et son regard sévère paraissait demander ce
ue cela signifiait et si cette esclave était folle. Car il s'était depuis tant d’années habitué à la pensée que sa femme était morte, qu'il ne lui vint point à l'esprit que cette esclave pût être sa chère Théophyta. Cependant il s’approcha d’elle avec quelque pitié pour mieux s'assurer de la triste position dans laquelle il croyait sa raison.
‘ Ah ! noble et excellent ‘:oux, lui dit-e }, ainsi tu ne me reconnais plus! mais je ne dois pas m’en étonner, car le temps, les chagrins et les souffrances doivent avoir bien changé mon visage. Mais vous m'entendrez avant de me renvoyer comme une inconnue. Refuserez-vous de me reconnaître si je vous rappelle des événements secrets qui ne peuvent être connus que de nous deux ?”
Alors elle se mit à lui raconter les roc adr circonstances de leur vie privée depuis sa vi:.10n céleste au milieu de la forêt jusqu’à l’affreux moment de leur séparation sur le vaisseau du Maure ; elle ajouta en finissant: “ Reconnais enfin une épouse fidèle qui te pleure depuis tant d'années ; est-ce donc ma misérable condition qui révolte l’orgueil d’un général
luor pleu heu:
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econnut en volontaire he béante, )h! quelle e esclave !