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]N" ous avons été malheureusement interrompus dans notre dernier entretien.
Il semble que le ciel ait voulu m’en dédommager par le songe le plus ravissant dont le charme ait jamais rempli mon imagination.
Et vous voudrez bien en faire part à.
votre ami?
Sans doute. N’est-ce pas à lui que je le dois ? Écoutez. J’ai cru voir ma chambre éclairée tout-à-coup par la plus douce lumière. Au même instant m’est apparue une figure céleste. Ses traits, que l’éclat dont elle étoit environnée m’empêchoit de reconnoître distinctement , sembloient pourtant me rappeler ceux de ma sœur, de notre chere et belle Emilie. Elle s’est
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approchée de moi cette figure céleste. Il m’a semblé qu’elle me parloit, mais je ne pouvois la comprendre. Son regard seul exprimant tout à la fois la plus vive confiance et la plus tendre pitié , m’a bientôt rassuré. Je me suis écriée : Estu mon ange libérateur? — Oui, je le suis... Et par je ne sais quel mouvement inexplicable j’ai cru sentir dénouer sans peine et sans douleur le foible lien qui me retenoit encore sous les débris de cette prison mortelle. Je n’étois plus qu’une substance aérienne. La foiblesse et la pesanteur dont je me sentois accablée l’instant d’auparavant avoit entièrement disparu. Mon ange libérateur me tendoit une main tutélaire: je l’ai saisie sans effort , et je me suis élancée dans ses bras. Nos deux êtres ont été confondus quelques instants sous le charme de l'union la plus intime et la plus sainte. A travers des régions dont l’aspect tout
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nouveau pour moi ne cessoit d’enchanter mes regards , je me suis sentie transportée avec mon guide sous les ombrages mystérieux d’un vallon dont je nesaurois vous dépeindre la beauté, quand même je rassembler ois ici tout ce que les poètes et les voyageurs ont laissé dans mon souvenir d’images douces et brillantes.
L’air que je respirois étoit vif et pur comme le cours facile de mes sentiments et de mes pensées. Mes sensations n’étoient plus altérées par aucun mélange d’efforts ou d’embarras ; elles n’étoient plus en rapport qu’avec des objets d’une nature idéale , et cependant aussi vraie, aussi sensible que l’est celle des objets de nos plus vives affections sur la terre. Tout mon être se sentoit souple et léger , léger comme ces éclats d’une nuée de roses qu’a près le coucher du soleil on voit errer encore quelquefois dans le vague immense de l’azur le plus serein. Il
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me sembloit que je me désaltérois aux sources les plus fraîches et les plus limpides. L’atmospliere où je respirois étoit imprégnée des plus doux parfums, et le calme heureux d’une si douce atmosphère n’étoit interrompu que par le concert des sons les plus mélodieux , qui tour-à-tour paroissoit ou s’approcher ou s’éloigner de moi, mais toujours avec un charme plus touchant. Je jouissois d’un bonheur ineffable, et j’en jouissois sans crainte. La source des jouissances de mon nouvel être me sembloit devoir être inépuisable comme l'idée de l’éternité , comme celle de Dieu même. Où la reconnoissance , l’amour et l’admiration trouveroient-elles un terme , lorsque leur objet est l’immensité de l’univers , l’éternelle immensité des créations d’une bonté, d’une sagesse , d’une miséricorde infinie? Voilà ce que me disoit mon ange , et voilà ce qu’en ce moment je croyois com-
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prendre... Au milieu de tant de félicités, peut-être me le pardonnerez-vous encore moins que je ne puis me le pardonner moi-même, je me suis avisée de demander à mon guide si vous ne tarderiez pas à venir nous joindre. A cette question , trop indiscrète sans doute , je me suis réveillée ; et voilà mes sublimes visions qui se sont aussitôt évanouies.
Combien j’en ai de regret! Mais il faut bien s’en consoler puisque ce n’est qu’à ce prix que j’en puis partager l’heureux souvenir. Ne vous avois-je pas prédit depuis long-temps que vous seriez tout étonnée de vous réveiller quelque jour avec des ailes d’ange?... A présent ditesmoi, mon adorable amie, à quelle impression de nos sens , à quelle combinaison des éléments de la matière la plus subtile notre pensée pourroit-elle rapporter de si divins présages, ou, si l’on veut même né leur donner que ce nom ,
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de si sublimes rêveries. Le caractère de ces nobles images , de ces pressentiments vraiment célestes ne s’éleve-t-il pas fort au-dessus du cercle borné de nos destinées actuelles ? n’en faut-il pas chercher l’origine dans une nature absolument différente de celle que peut analyser notre foible intelligence, dans une nature d’un ordre supérieur, d’un ordre que ne peut atteindre, que ne peut suivre du moins tout l’effort de nos raisonnements.
Vous voyez bien qu’où je ne puis arriver par mes raisons ou par les vôtres je ne demande pas mieux que d’être conduite par mes songes, et je me sais encore en ce moment fort mauvais gré de m’être éveillée si mal-à-propos; car il y auroit, en vérité, trop d’ingratitude à m’en prendre à vous...
C’est sans me croire plus superstitieux qu’il ne convient de l’être que je me
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plais, mon amie-, à regarder de pareils songes comme de véritables inspirations , et sur-tout lorsqu’ils se trouvent si bien d’accord avec ces révélations écrites , qui dans leur admirable simplicité portent tant d’augustes caractères d’une empreinte divine , et dont la tendance générale semble également propre à nous consoler de la vie comme à nous consoler de la mort, à nous rendre tout à la fois plus sages et plus heureux.
Et plus aimants aussi ?
Plus aimants , sans doute, puisque cette sainte religion est toute espérance et tout amour. C’est à ces sentiments qu’elle doit son origine au moins pour nous. Ce sont ces sentiments qu’elle épure , et c’est encore à ces mêmes sentiments épurés par elle que sa douce influence ramene sans cesse nos vœux et nos pensées...
Peu d’heures après cet entretien , vers
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la chute du jour, où la fievre lente qui la consumoit depuis plusieurs mois se faisoit sentir d’ordinaire avec un redoublement très marqué, elle tomba tout-àcoup dans une foiblesse extrême, mais sfins angoisse et sans douleur. Je crus qu’elle alloit s’assoupir. Elle me dit avec beaucoup de calme , et le sourire encore sur les levres : Mes yeux verront-ils bientôt plus clair? je les sens se fermer malgré moi. . . toucherois-je bientôt à l’accomplissement de ce doux rêve? Elle me tendit le bras: son pouls étoit presque insensible, et quelquefois tout-à-fait intermittent. Cependant elle pressa vivement encore ma main dans la sienne :
Au revoir, le plus fidele des amis ! Je détournai ma tête pour lui cacher mes larmes: après quelques moments elle fit un léger effort pour se relever, comme voulant voir si j’étois encore auprès d’elle. Je me retournai dans le même instant