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hypothèse l’état de Famé , après sa séparation de ce corps mortel , doit être une conséquence immédiate de son état précédent, parceque tout se suit dans la nature , parceque tout se trouve lié par une chaîne non interrompue , mais dont les anneaux sont souvent fort difficiles à saisir.
C’est donc en raison de nos goûts , de nos vœux , du degré de nos lumières , et de nos connoissances , que nous occuperons telle ou telle place , tel ou tel rang, plutôt qu’un autre. Les fleuristes s’occuperont de fleurs , les musiciens , de sons et d’accords , les peintres , de formes et de couleurs , les mathématiciens , de nombres, les politiques, de guerre et de constitution , les poètes , d’illusions , de sentiments et d’images... et vous, de vos amies et de vos abstractions.
L’une de ces deux parts auroit pu me suffire ; mais toutes deux ensemble m’oc-
Iio SEPTIEME
cuperont fort bien, je crois, jusqu’à la fin des siècles.
Et vous flattez-vous que dans cette nouvelle maniéré d’être nous pourrions encore entretenir quelques rapports avec ceux qui nous survivront?
Je l’ignore ; mais la chose en ellemême ne me paroît pas impossible, du moins sous certaines conditions et dans certaines circonstances. Qui peut répondre que le mouvement intérieur par lequel un homme prêt à commettre une mauvaise action , à prononcer un arrêt injuste, à suivre un projet funeste, se trouve arrêté tout-à-coup, et se déter-> mine subitement à prendre un parti plus sage ou plus humain, qui peut répondre que ce mouvement intérieur ne soit l’inspiration de quelque ombre vertueuse qui dans ce moment erre autour de lui, le dirige ou le retient? Si ce que j’ai pu vous dire jusqu’à présent n’a pas encore
ENTRETIEN
assez frappé votre esprit pour vous faire partager rues espérances , qui sait si demain , si dans cet instant même l’ombre de quelque ami qui vous aime encore comme moi , ne me dictera pas justement la raison, -1e motif, le mot le plus propre tà vous persuader , et que sans lui je n’eusse jamais trouvé.
Combien je me reprocherois et mon ingratitude et mon insensibilité, si le beau ciel que nous avons vu ce soir, et tout l’intérêt de votre amitié ne me donnoient pas au moins le plus vif désir d’être tôt ou tard une de ces ombres heureuses auxquelles vous donnez de si doux emplois !
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