‹ EuthanasieChapitre 18 sur 30 · SUR LA SPIRITUALITÉ DE L’AME · texte numérisé non relu

SUR LA SPIRITUALITÉ DE L’AME

K KOwiEDGE is as food , and needs no less Her tempérance over appetite , to know In measure what the mind naay well contain ; Oppresses else with surfeit , and soon turns Wisdom to folly, as nourishment to wind.

Miltok.

De même que le corps l’ame a sa nourriture;

Mais dans leurs aliments tous deux ont leur mesure ; L’usage est salutaire , et l’abus dangereux.

Delille.

Si la nature même de l’objet, ou la portée de nos ressources nous permettoit l’espoir d’acquérir sur la spiritualité de l’ame quelques lumières nouvelles , ce seroit, je crois, par une observation

1J2 APPERÇUS SUR LA SPIRITUALITE suivie des phénomènes singuliers de l’empire qu’exerce notre volonté sur tout notre être , mais plus particulièrement sans doute sur nos affections et sur nos pensées. N’est-il pas fort remarquable que l’homme ait plus de puissance pour influer sur le moral que sur le physique, qu’il n’influe même sur le physique qu’au moyen de l’influence qu’il peut avoir sur le moral , et que très évidemment il dépend beaucoup moins de lui de perfectionner les dispositions de son corps que celles de son ame ? A force d’étude et d’application, que d’idées n’ajoutera-t-il pas au petit nombre de celles qui lui viennent sans travail et sans effort, tandis qu’il ne peut pas augmenter à volonté d’un molécule toute la masse de son corps , ni faire renaître, à sa fantaisie, un seul cheveu de sa tête P L’industrie de notre intelligence et de nos arts est parvenue à décomposer la matière , à lui donner beau-

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coup de formes et beaucoup de modifications différentes ; mais cette substance par elle-même est toujours d’une nature fort réfractaire, et la seule espece de perfectibilité dont elle est susceptible se trouve resserrée dans des bornes rigoureusement circonscrites. La carrière que parcourt l’activité de la pensée est bien plus vaste , grâce à l’inconcevable expansibilité de sa nature, et, quelque sujette qu’elle soit à s’égarer dans l’immense étendue qu’elle ose parcourir, on sent qu’il seroit également injuste et téméraire de prétendre fixer, sans un motif de la plus haute importance morale ou politique, la derniere limite où doit s’arrêter son essor.

Les mouvements spontanées de l’ame , la prodigieuse impulsion 1 qu’elle peut

(i) Par quel autre mot exprimer une action aussi puissante , aussi prompte , aussi immédiate, que celle que l’ame exerce sur les ressorts

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donner d’abord aux forces de son propre corps , ensuite par le moyen de ses observations, de son expérience, de ses combinaisons à une foule de corps étrangers, quelquefois même simultanément, quelquefois même à de longues distances de temps et de lieux, toute cette merveilleuse influence d’une seule pensée, d’une seule volonté de l’ame , n’est - elle pas évidemment l’attribut d’une nature fort supérieure aux substances corporelles ; n’atteste-t-elle pas d’une maniéré frappante la sublimité de son origine , ses rapports intimes avec les intelligences célestes , avec le souffle divin par qui tout fut créé , par qui tout respire ?

La matière paroît essentiellement pas-

les plus cachés de l’organisation physique , quoiqu’elle ignore parfaitement elle-même et les moyens et les procédés de cette action tout à la fois si simple et si merveilleusement combinée ?

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sive ; l’ame paroît essentiellement active ; et sans un esprit qui l’anime, comment expliquer le premier mouvement de toute substance matérielle, comment en concevoir seulement la possibilité ?

On peut distinguer , ce me semble , dans la nature trois especes de mouvement très différentes : le mouvement donné par un corps à un autre au moyen de l’impulsion proprement dite ; c’est un phénomène physique que nos yeux peuvent appercevoir sans peine ; l’effet produit sur nos yeux par ce phénomène et l’impression qu’en reçoit notre sens intérieur , sont des mouvements que nous avons beaucoup plus de peine à comprendre, mais dont la réalité n’est pas moins évidente pour nous. Un autre mouvement enfin dont nous avons également la conviction la plus intime , mais dont le procédé sans doute est encore infiniment plus étonnant et plus mystérieux,

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c’est celui qu’aucune force physique, au» cune affection de nos sens ou de notre cœur , mais la seule détermination de notre pensée , une abstraction toute pure obtient immédiatement des ressorts visibles et cachés de notre propre organisation ou de celle de nos semblables.

S’il est un fait à la portée de notre connoissance qui puisse nous donner l’idée de cette parole divine qui , suivant les saintes Ecritures , fit sortir du néant toutes les merveilles de l’univers, c’est un miracle qui se renouvelle , pour ainsi dire , en nous-mêmes à chaque instant.

A côté de tant de puissance, que d’obstacles insurmontables , que de pitoyables foiblesses ! Un léger engourdissement , une accélération imprévue dans le mouvement habituel du sang , un peu de pituite suffit pour déranger , pour

1)E l’ami. i5^

arrêter, pour briser tous les ressorts de cet auguste empire :

Ad summum , sapiens uno minor est Jove , dives. Liber , honoratus, pulcher, rex denique regum , Præcipue sanus , nisi cùm pituita molesta est.

Horat.

Le cultivateur remue la terre avec le soc de sa charrue, y passe la herse, et jette dans les sillons de son champ ainsi préparé la semence qui ne paroît encore alors qu’un amas de molécules parfaite- * ment inertes. Après ce soin , qui ne semble, pour ainsi dire, qu’un hommage de sa confiance aux incompréhensibles bontés de la nature et de la Providence , que peut-il faire de plus pour favoriser ou pour hâter la germination des semailles , pour les faire lever , pour les garantir de l’intempérie des saisons , pour en obtenir le fruit dont la seve dévelop-

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pée et nourrie par les sucs de la terre , par les vapeurs de l’air, agitée par les vents, et mûrie par les chaleurs du soleil, forme enfin le principal et le plus doux aliment de la vie. Tout pénible qu’est son travail , ne voit-il pas évidemment combien il seroit inutile sans la faveur des circonstances très indépendantes de ses efforts, sans le secours d’une puissance invisible qu’il ne peut concevoir , mais qu’il ne sauroit méconnoître, et dont il doit aimer sans doute à bénir les bienfaits 1 ?

Le philosophe , l’artiste , le poète , connoît-il beaucoup mieux le mystère de ses plus sublimes ou de ses plus heureuses conceptions que le laboureur ce-

(i) C’est d’après ces rapports qu’en morale une intention vive et sincere semble tenir lieu de l’action même. L’intention paroît être en effet ce qui , dans le foible ressort de l’activité de l’homme , doit être regardé comme sa part la plus réelle , son titre le plus incontestable.

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lui des produits de son travail? Sa mémoire est le champ qu’il cultive, ses méthodes, ses études sont la herse et sa charrue; les impressions et les observations qu’il a recueillies sont les semences qui doivent y fructifier : mais pourra-t-il jamais se rendre compte à lui-même de la première origine de ses pensées, des secrets de leur développement successif, des circonstances et des efforts qui contribueront le plus à les porter au point de maturité qu’elles doivent atteindre ?

Comment déterminer seulement le véritable mode suivant lequel une impression particulière se généralise dans notre tête, le véritable mode suivant lequel une idée générale devient à son tour le germe de plusieurs impressions particulières. Newton lui-même nous auroit-il expliqué dans quel moment et par quel procédé son génie conçut le projet d’analyser le mouvement et la lumière ? Ra-

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cine, comment son imagination enfanta le caractère de Pheclre ou le plan d’Iphigénie? L’auteur de l’Apollon du belvédère, par quelle magie il évoqua le dieu dont la présence, grâce à son ciseau, frappe encore aujourd’hui nos yeux étonnés de respect et d’admiration ?

Il paroît évident que l’homme est composé de forces et de facultés qui participent de deux natures fort différentes , et dont l’une est infiniment supérieure à l’autre, quoiqu’à beaucoup d’égards elle-même ignore également et son pouvoir et ses limites , quoiqu’il semble du moins qu’elle ne puisse jamais agir

sans le secours de l’autre , et que , malgré

son infériorité, celle-ci ne prenne encore trop souvent sur elle l’ascendant le plus impérieux et le plus pénible.

L’existence de ces deux pouvoirs de nature si différente, et leur lutte perpétuelle a sans doute été reconnue et con-

Dli L’AME.

statée par les expériences les plus simples et les plus sensibles, long -temps avant d’avoir passé dans nos systèmes de métaphysique et de théologie; et c’est indépendamment de ces systèmes qu’il faudroit encore tâcher de l’observer aujourd’hui pour en tirer de nouvelles lumières et de nouveaux résultats.

Il seroit encore plus vrai qu’il ne l’est que toutes nos idées viennent de nos sens; où trouver dans ce système l’explication de la faculté secrete qui les réconcilie, qui les combine, qui les analyse, qui les recrée, qui parvient à former un ensemble dont le modèle n’exista jamais hors de noti’e pensée. Entre l’impression la plus compliquée et l’abstraction la plus simple ne reste-t-il pas une distance inappréciable qu’aucune de nos hypothèses philosophiques n’a pu ni détermi ner , ni franchir?

Te conserve un souvenir très vif des

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