DU DOCTEUR GARE
semble être en effet le dépôt mystérieux de nos impressions , de nos idées , de nos sentiments, des signes abrégés par lesquels nous sommes convenus d’exprimer ces sentiments, ces idées, ces impressions , peut-on se dispenser d’admettre un ordre quelconque suivant lequel une si grande multitude d’objets divers se trouve rangée dans un si petit espace , et classée de maniéré à pouvoir se retrouver facilement, se diviser et se réunir, paroître et disparoître, s’endormir et se réveiller en quelque sorte au gré de notre volonté, mais toujours cependant d’après certaines réglés , d’après certaines lois , que cette volonté se trouve forcée de respecter pour être sûre de se voir obéir P
Il est un état de notre existence actuelle qui m’a toujours paru singulièrement propre à nous faire observer les mouvements les plus secrets et les plus
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involontaires de l’organisation intérieure de l’homme ; c’est, cette espece de demiveille qui suit ou qui précédé le sommeil. Je l’ai déjà dit ailleurs ; mais je ne crains point de répéter une remarque à laquelle, toute simple qu’elle est, on pourroit devoir encore d’assez importantes découvertes en psycologie comme en physiologie. Dans cet état de demi-veille, nous voyons les différentes facultés, les différentes affections, dont se compose notre être, comme abandonnées à ellesmêmes, les unes complètement engourdies , d’autres encore très actives , l’être même quelquefois avec plus d’énergie et plus de liberté qu’en aucune autre circonstance. C’est alors que certaines idées , certaines impressions, certaines images, se réveillent, pour ainsi dire, isolément et d’un mouvement spontanée, viennent s’offrir à notre pensée , la troublent , l’assiegent, la tiennent en quelque sorte cap-
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tive, et résistent puissamment à l’intention qui voudroit les repousser et n’en a plus la force. Les différentes facultés de notre organisation rappellent alors le trouble et le désordre d’une république fédérée , qui n’a plus de centre commun , ou dont le pouvoir central n’est plus en équilibre avec les résistances qu’il éprouve , et qu’en conséquence il n’a plus le moyen de réprimer ou de contenir.
En considérant notre organisation in-
térieure aux époques assez fréquentes d’une crise de ce genre , il semble en effet qu’elle soit plutôt un aggrégat de différentes facultés qu’une seule et unique substance douée de plusieurs facultés toujours subordonnées au même principe , quoique susceptibles de modifications fort diverses et souvent fort discordantes, Mais avant d’oser décider laquelle de ces deux hypothèses est non seulement la plus vraisemblable , mais
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encore la mieux fondée , nous nous bornerons à recueillir encore quelques expériences qui pourront servir peut-être dans la suite à faciliter la solution du problème.
Dans l’état de demi-veille dont nous venons de parler , on a pu souvent obseï’ver que c’est le genre de pouvoir ou de faculté qu’on avoit exercé durant l’état, de veille avec le plus d’intérêt, de suite ou d’application, qui d’ordinaire se réveille le plutôt, ou reste le plus longtemps en activité. On diroit que c’est la corde de l’instrument touchée le plus fréquemment, avec le plus d’énergie, le plus de chaleur, le plus de vivacité, qui se trouve aussi la plus disposée à continuer , pour ainsi dire , d’elle-même les différentes vibrations qu’en avoit su tirer la fantaisie de l’artiste par qui cette corde avoit été mise d’abord en mouvement.
L’impulsion donnée à la fibre orga-