PREMIÈRE PARTIE
Il faut pourvoir à leurs besoins temporels, en les assistant dans leur pressante nécessité. Sans cela ils doivent tomber dans une extrême misère. Car ils n'ont plus les secours qu'ils avaient dans l'Eglise prolestante , et qui les faisaient subsister.
Si donc ils ne reçoivent encore de nous aucune assistance, où en serontils ? quelle honte sera-ce pour le service de Dieu et pour son Eglise?
Leur nombre est trop grand , diton : mais le peut-il être trop? Il n'est trop grand que parce que plusieurs ne veulent en rien contribuer, ou ne veulent pas assez contribuer.
On ne peut non plus s'excuser sur le
malheur des temps , et il n'y a qu'à se consulter soi-même de bonne foi , pour découvrir l'illusion de ce prétexte.
SECONDE PARTIE
Il faut pourvoir à leur salut éternel , en les confirmant dans la foi et en achevant leur conversion , qui n'est encore qu'imparfaite et qu'ébauchée. Il s'agit pour cela de gagner leur esprit et leur cœur : leur esprit, en leur persuadant toujours de plus en plus la vérité de notre religion ; leur cœur, en les y affectionnant et la leur faisant aimer. Or, jamais nous ne leur ferons mieux connaître la vérité de notre religion, que par la charité qui s'y pratique et dont ils ressentiront les effets ; ni jamais nous ne les affectionnerons plus à cette même religion que par le zèle que nous témoignerons pour leur soulagement.
De là concluons que nous y sommes très-étroitement obligés : car si nous devons assister nos frères dans les besoins du corps, à plus forte raison le devons-nous dans les besoins de l'âme.
Pax fralribus , et chantas eum flde.
Que la paix soit sur nos fieros , avec la charité et la foi.
(Ephbs., ch. 6.)
VOICI , Mesdames , une nouvelle charge pour vous : mais ce serait, j'ose le dire, vous rendre indignes du nom de chrétiennes que vous portez , si vous la regardiez comme une charge, et si vous ne bénissiez mille fois le ciel de vous avoir ainsi réduites à l'heureuse nécessité de redoubler vos soins et vos aumônes. Vous comprenez qu'il s'agit de nouveaux catholiques, ou de ceux qui sont dans la disposition de le devenir, et qui n'attendent peut-être plus pour cela que votre secours. Ils sont répandus dans toute la France, répandus dans tous les quartiers de cette ville capitale : mais par une Providence particulière , nulle autre paroisse n'en est plus abondamment pourvue que celle-ci , et ne doit plus s'employer à leur soulagement. Encore une fois , Mesdames , ne
48 EXHORTA J lUiN
VOUS en plaignez point; et bien loin de vous en plaindre, remerciez Dieu de ce qu'il vous donne, contre toute espérance, ces nouveaux sujets d'exercer voire zèle. Confiez-vous en lui, et ne doutez point qu'il ne vous donne en même temps de nouveaux moyens pour subvenir atout, et pour remplir dans toute son étendue l'obligation qu'il vous impose. Soyez-lui fidèles, en faisant des efforts extraordinaires pour répondre aux desseins de sa miséricorde : et il vous sera fidèle , en vous faisant trouver les fonds nécessaires, et en secondant les pieuses intentions de votre charité. Telle est la préparation d'esprit où vous devez être, et que je vous demande en faveur de nos frères que le malheur de la naissance et de l'éducation a tenus si longtemps séparés de nous. Que la paix soit sur eux avec la foi , et cela par la charité que vous pratiquerez envers eux : Par, fratribus , et charitas cum fide. En deux mots qui vont partager cet entretien , il faut pourvoir tout à la fois, et à leurs besoins temporels, et à leur salut éternel; à leurs besoins temporels, en les assistant dans leur pressante nécessité ; à leur salut éternel , en les confirmant dans la foi , et en achevant leur conversion qui n'est encore qu'imparfaite et qu'ébauchée. La charité fera l'un et l'autre, et c'est aussi à l'un et à l'autre que je viens vous exhorter.