‹ Œeuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 27 sur 92 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Dans la profession religieuse nous ne pouvons , sans l'observance de nos règles , conserver la paix avec le prochain, c'est-à-dire, avec nos supérieurs et avec nos frères. Qu'est-ce , dans une communauté religieuse , que le supérieur? c'est le protecteur et le tuteur de la règle. Le moyen donc de la violer, et d'être en paix avec lui? Il est obligé d'agir contre les transgresseurs , et d'en venir à des punitions. Ces punitions aigrissent les esprits, et de là les mécontentements mutuels et les divisions.

Une sainte régularité entretiendrait entre le chef et les membres une parfaite intelligence.

La paix même ne peut longtemps subsister entre les inférieurs et les particuliers qui composent une maison , dès que la règle n'y est pas gardée. Il n'y a plus d'ordre alors ; et sans l'ordre, tout est en trouble.

Vérité qui n'est coQÛrmée que par trop d'exemples.

Et quicumque hane régulant seeuti fuerint , pax super illos et misericordla.

Paix et miséricorde it tous ceux qui observeront cette règle. (Aux Galates , ch. 6.)

C'est la promesse que l'apôtre saint Paul faisait aux Galates, en leur proposant l'excellente règle du renouvellement intérieur qu'ils devaient faire d'eux-mêmes en Jésus-Christ, et sans quoi il leur déclarait que toutes les observances et toutes les cérémonies de la loi leur étaient absolument inutiles. Je me sers aujourd'hui des mêmes paroles, mes très-chères Sœurs, et à l'occasion du saint renouvellement de vos vœux, auquel vous vous préparez suivant l'usage de cette communauté , je ne crois pas pouvoir vous entretenir d'une matière plus importante que de l'observation de vos règles. 11 y a deux choses à maintenir dans la religion : le vœu et la règle. L'un et l'autre sont sujets à déchoir; et par là même, nous devons, autant qu'il nous est possible, nous renouveler dans la pratique de l'un et de l'autre. Le vœu est comme le corps de cette forteresse mystérieuse où nous nous sommes retranchés en quittant le monde : Urbs fortitudinis nostrœ (Is. 26) ; et la règle lui tient lieu de rempart, de défense, de dehors : Ponetur in ed murus et aniemurale (Is. 26). Je ne vous parlerai point ici du vœu. Je ne puis douter que parmi des âmes si religieuses , il ne se soit toujours conservé et ne se conserve dans toute son intégrité ; mais à l'égard delà règle, nous confessons tous, chacun dans notre état, que comme elle est plus exposée aux atteintes de notre faiblesse naturelle, il nous est beaucoup plus commun aussi d'y faire des brèches d'une conséquence même dangereuse, et qui demandent tous nos soins pour les réparer, si nous voulons être fidèles à la grâce de notre vocation. Saint Paul assurait les premiers chrétiens, que quiconque suivrait exactement la même règle que lui, faisant profession du christianisme, jouirait d'une heureuse paix : Et quicumque hanc regulam seeuti fuerint, pax super illos; et moi , réduisant la proposition de ce maître des Gentils à la règle particulière que nous avons embrassée en entrant dans l'état religieux (car ceci me regarde aussi bien que vous, mes chères Sœurs), je dis, par une juste opposition, que si nous venons à nous relâcher dans l'accomplissement de nos règles, à les négliger, à en secouer le joug et à nous faire une criminelle habitude de les violer, nous ne pouvons alors conserver la paix, ni avec Dieu, ni avec nousmêmes, ni avec le prochain, c'est-à-dire, avec nos supérieurs et toutes les personnes qui vivent sous le même habit et dans la même maison que nous : ni avec Dieu , qui nous en demandera compte; ni avec nous-mêmes, qui sans cesse en ressentirons au fond de nos consciences le reproche ; ni avec le prochain , puisque le lien qui nous unit tous dans une parfaite société, c'est la règle, et que ce lien se trouve rompu par le désordre d'une vie peu exacte et peu régulière. Trois points auxquels je me borne, et qui feront le sujet de votre attention.

Page 1