‹ Œeuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 31 sur 92 · SL'R LE RENOUVELLEMENT DES VOEUX DE RELIGION · texte numérisé non relu

SL'R LE RENOUVELLEMENT DES VOEUX DE RELIGION

(Ephes. 4). Je suis dans les liens, mais j'y suis en Jésus-Christ, pour Jésus-Chri?t , avec Jésus-Christ. Car voilà ce qui est renfermé dans cette protestation publique et solennelle, que vous venez ici renouveler en sa présence. D'où il vous est aisé de conclure combien elle lui doit être glorieuse.

En effet, c'est par là que vous justiGez pleinement ce qu'il a dit dans son Evangile, que son joug est doux, et que son fardeau est léger : Jugum meum suave est , et onus meum levé (Mallh. 11); parla que vous lui servez dans le monde d'une preuve sensible, que c'est un Dieu sage et infaillible dans toutes ses paroles, puisque la parole de son Evangile la plus incroyable, selon les apparences, se vérifie parfaitement en vous : Jugum meum suave est. Car il n'y a point de servitude qui ne devienne , du moins avec le temps , onéreuse et fatigante. Il n'y a que celle de Jésus-Christ qui soit toujours également agréable , où l'on trouve toujours le même goût, dont on ressente toujours la douceur; et n'est-ce pas ce que vous donnez hautement à entendre, en vous y engageant plus que jamais, et serrant encore, pour ainsi dire, les nœuds qui vous y attachent?

C'est par là que vous faites connaître combien Dieu est un bon maître, et qu'il est même de tous les maîtres le meilleur et le plus digne d'être servi. Or, est-il rien pour lui de plus glorieux que d'être reconnu tel? Est-il rien pour lui de plus honorable que de voir des âmes qui renoncent sans cesse à elles-mêmes, afin de se consacrer tout entières à lui; qui se fassent une béatitude d'être à lui , et de n'être qu'à lui , de ne vivre que pour lui, de ne dépendre que de lui? On sait assez combien, à l'égard des hommes , il est naturel de haïr la dépendance et de la fuir. Quels moyens n'imagine-t-on pas pour cela? de quelles violences n'use-t-on pas? à quelles révoltes et à quels excès n'en vient-on pas? Mais cette dépendance si odieuse et si peu supportable par rapport aux hommes, vous est plus chère à l'égard de votre Dieu, que toute la liberté où vous étiez nées, et dont vous auriez pu jouir dans le monde. Vous ne croyez pas devoir être jamais plus libres que lorsque vous serez plus étroitement liées à ses ordres, et plus constamment dévouées à son souverain empire.

C'est par là que vous reconnaissez combien il est fidèle dans ses promesses et magnifique dans ses récompenses; que ce centuple qu'il a promis à ceux qui le suivent, n'est point un bien imaginaire, puisque déjà vous le possédez; que ce n'est point un bien de peu de valeur, et incapable de vous contenter, puisque dès maintenant vous y trouvez votre félicité; que dans l'attente des biens éternels où vous aspirez, et qu'il vous destine, vous vous estimez dès à présent heureuses et abondamment dédommagées de tout ce que vous avez quitté, et que vous ne voyez rien à quoi vous nv. préfériez le saint engagement que vous avez contracté avec lui. Engagement qui vous lient lieu de toutes choses, et qno vous mettez en ce monde au-dessus de toutes choses; engagement qui vous détache de toutes les grandeurs, de tous les établissements, de toutes les fortunes du siècle. Engagement au prix duquel vous ne considérez, aussi bien que le m.ître des Gentils, et selon son expression , tous

les trésors de la terre que comme de la boue, et en vertu duquel vous n'enviez rien aux mondains de toutes leurs prospérités ni de tous leurs plaisirs. Engagement donc, qui, dès celte vie, est pour vous le vrai centuple, et où vous fixez toutes vos prétentions. Or quel honneur doit revenir à Dieu de cette préférence que vous lui marquez, et du temps même où vous la lui marquez?

Je dis du temps où vous la lui marquez, et observez bien ceci, mes chères Sœurs. Quand , pour la première fois, vous fîtes la profession de vos vœux, vous n'étiez pas encore en état de rendre à Dieu de si glorieux témoignages, parce que vous n'aviez presque nulle expérience de la vie religieuse. Vous suiviez la voix de Dieu qui vous appelait, vous vous abandonniez à lui avec une foi pleine de mérite, avec une confiance généreuse, avec un amour ardent; mais après tout vous ne pouviez encore, ni vous répondre à vousmêmes, ni servir aux autres de témoins des avantages inestimables de la religion, et des miséricordes infinies du Seigneur qui vous y appelait. On vous en faisait des peintures qui vous touchaient, on vous en disait des choses dont vous étiez édifiées, dont vous étiez pénétrées , dont vous étiez charmées. Tout cela était vrai , et vous vous en laissiez aisément persuader : Gloriosa dicta sunt de te , civitas Dei (Psal. 86). Mais aujourd'hui, que vous renouvelez la cérémonie de votre première consécration, vous n'y êles plus attirées par ce qu'on vous dit, mais par ce que vous avez vu, par ce que vous avez connu , par ce que vous avez vous-mêmes éprouvé et senti : Niinc cognovi (Exod. 18). Ahl Seigneur, ceux qui nous parlaient en votre nom ne nous ont point trompées, et vous ne nons avez point trompées vous-même. On ne nous a rien fait espérer que nous n'ayons trouvé, et l'efi'et répond pleinement à notre attente. Oui, mon Dieu, le plus doux repos d'une âme est en vous; son bonheur le plus solide est de s'attacher à vous. Or, il faut, pour votre gloire, que le monde en soit instruit; et c'est pour cela qu'a la vue du monde nous venons ici le publier. On peut bien nous en croire, Seigneur, puisque nous ne nous en expliquons qu'avec la plus parfaite connaissance; et notre témoignage aura d'autant plus d'efficace, qu'il est fondé sur une expérience personnelle. Puissionsnous engager ainsi le monde à vous bénir comme nous, et puisset-il apprendre de nous à vous connaître et à vous glorifier!

II. Ce n'est pas là, mes chères Sœurs, le seul avantage du renouvellement de vos vœux; et s'il honore Dieu, il n'est pas moins propre, ni ne contribue pas moins à vous sanctifier. En voici la preuve : c'est que par ce renouvellement, de la manière que vous le pratiquez, vous entretenez dans vous le salutaire et précieux souvenir de vos obligations. Au lieu que les chrétiens du siècle, dissi|)és et emportés par le torrent du monde , vivent dans un profond oubli de ce qu'ils doivent à Dieu comme chrétiens; au lieu qu'ils n'y pensent que très-rarement et que très-superficiellement, votre occupation continuelle, surtout aux approches de ce saint jour, est de rappeler dans vos esprits ce que vous devez à votre Dieu comme religieuses, de le repasser, de l'étudier, de le considérer, de vous en rafraîchir la mémoire, afin d'en remplir vos

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